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307 900 ours en Russie : pourquoi ils sortent des forêts

La Russie compte 307 900 ours bruns, soit 2,3 fois plus qu'en 1990, selon les données publiées début septembre par le ministère des Ressources naturelles. Biologistes et zoologues y voient la première explication des sorties d'animaux vers les villes observées cet été, du Kamtchatka à l'Oural. La faiblesse des ressources en forêt et l'accès aux déchets alimentaires font le reste.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie

L'ours brun est une espèce en expansion en Russie : 307 900 individus recensés par le ministère des Ressources naturelles, contre environ 130 000 en 1990. Les plus fortes densités se trouvent dans le kraï de Krasnoïarsk (26 600), le kraï de Khabarovsk (26 200), au Kamtchatka (24 200) et dans l'oblast d'Irkoutsk (22 400), devant la Iakoutie (18 800), l'oblast de l'Amour (13 300) et celui de Tomsk (11 200). C'est sur cette base que les scientifiques lisent les rencontres de l'été 2026.

« Ils apparaissent là où on les rencontrait rarement »

Vladimir Gordienko, biologiste-cynégéticien et chercheur à la réserve d'État de Kronotski, au Kamtchatka, avance d'abord ce mécanisme démographique. « L'ours est une espèce dont l'effectif progresse actuellement », explique-t-il le 11 septembre, et les animaux « apparaissent sur des territoires où on les rencontrait autrefois rarement ». Une population qui croît sature les territoires les plus riches et repousse les individus les plus faibles vers les marges — et les marges, en Sibérie comme dans l'Oural, sont souvent les abords des villes.

Mais le calendrier compte autant que le nombre. La période d'engraissement commence vers la mi-juillet : l'ours doit constituer avant l'hibernation la réserve de graisse qui le portera jusqu'au printemps. « S'ils sentent qu'ils n'arrivent pas à prendre du poids, ils s'agitent, ils commencent à marcher plus “large”, ils se heurtent les uns aux autres, ils entrent en conflit, ils vont vers les odeurs de nourriture », décrit Vladimir Gordienko. Au Kamtchatka, terre de volcans et d'ours, il pointe une raison précise : les remontées de poisson ont été faibles cette saison. Le chercheur n'exclut pas l'effet de processus globaux, dont le changement climatique, sur la redistribution de l'espèce, et note que le même phénomène s'observe en Sibérie et au Japon, sur l'île de Hokkaido.

Dans l'Oural, « presque pas de cônes, peu de baies »

À trois mille kilomètres de là, le diagnostic est le même. Nikolaï Korytine, docteur en sciences biologiques et chef du laboratoire d'écologie des animaux de chasse à l'Institut d'écologie des plantes et des animaux de la branche ouralienne de l'Académie des sciences, résume la saison le 8 septembre : « cette année, c'est la famine en forêt — presque pas de cônes, peu de baies ». Les crues du début de l'été ont abîmé ce qui restait de la récolte. Il évalue à environ 4 000 ours la population de l'oblast de Sverdlovsk, soit un animal pour 50 km², et recense pour le seul mois d'août 85 apparitions près des humains, dont vingt entrées dans des localités : Ivdel, Krasnotourinsk, Karpinsk et Voltchansk dans sa région, un seul cas en Russie européenne, à Novgorod.

Le zoologue Mikhaïl Kretchmar ajoute le 10 septembre un facteur qui ne dépend pas de la forêt : les déchets alimentaires accessibles dans les décharges, qui offrent à l'animal des calories sans effort et le fixent près des habitations. Il relève aussi que les quotas de chasse sont loin d'être remplis — « on prévoit de prélever 100 ours et on en prélève 20 ; cela dure depuis vingt ans ». Le zoologue Roman Alekhine relie de son côté certains déplacements aux grands incendies du kraï de Krasnoïarsk, qui auraient poussé des animaux vers le Kouzbass, l'oblast de Tomsk et l'Altaï.

Quatre morts en trois semaines

Ces rencontres ont eu un coût humain. Une touriste de 29 ans a été tuée sous sa tente près d'Artybach, en République de l'Altaï, le 19 août. Deux habitantes de Podtessovo, dans le kraï de Krasnoïarsk, âgées de 67 et 73 ans, parties aux champignons le 31 août, ont été retrouvées mortes le 2 septembre. Un homme de 40 ans a été tué le 6 septembre à Ioujno-Ienisseïski, un autre attaqué le 7 septembre près de Khourtaga, en Bouriatie. Le biologiste Pavel Glazkov rappelle le 9 septembre qu'une part de ces attaques sont défensives : une ourse qui protège ses petits, un animal qui défend une carcasse ou un cri humain qui déclenche la charge.

Plus de 180 ours prélevés autour de Krasnoïarsk

Les régions ont réagi vite. Au 8 septembre, plus de 180 ours jugés potentiellement conflictuels avaient été prélevés dans le kraï de Krasnoïarsk, dont 60 aux abords immédiats de la ville ; 55 en République de l'Altaï depuis le 19 août, avec 157 licences supplémentaires délivrées ; 52 en Khakassie. L'oblast d'Irkoutsk avait pris 118 décisions de régulation portant sur 250 animaux, dont 89 déjà prélevés. Des régimes d'urgence ont été instaurés dans plusieurs districts et des accès fermés au public, dont le parc national des Stolby et l'île Tatychev, à Krasnoïarsk.

Roman Alekhine souligne que le prélèvement sélectif fait baisser rapidement les effectifs sur un territoire donné, et qu'il gagne à s'accompagner d'une gestion des déchets qui prive l'animal de la ressource qui l'attire. C'est dans cette direction que travaille l'administration : le 11 septembre, le ministère des Ressources naturelles a annoncé recueillir les propositions des régions en vue de modifier la législation encadrant la régulation des ours. Les régions les plus concernées — Krasnoïarsk, l'Altaï, le Kamtchatka, dix régions de Russie parmi les plus sauvages — seront les premières à en mesurer les effets à l'automne prochain, quand reviendra la saison d'engraissement.

Sources

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