Bichkek et Moscou veulent produire ensemble, plus que commercer
Le vice-président du cabinet des ministres kirghiz Erlis Akounbekov et le vice-président du gouvernement russe Dmitri Patrouchev ont discuté à Saint-Pétersbourg de la création d'entreprises communes de transformation agroalimentaire. Les échanges de produits agricoles et transformés entre les deux pays ont atteint 652,3 millions de dollars en 2025. Le seul engagement ferme issu de la rencontre porte sur la pêche.

Passer « du commerce à la production » : c'est la formule qu'ont retenue les deux parties lors de la rencontre entre Erlis Akounbekov, vice-président du cabinet des ministres du Kirghizstan, et Dmitri Patrouchev, vice-président du gouvernement russe, tenue à Saint-Pétersbourg et rapportée le 19 septembre par Interfax. Derrière l'expression, un constat simple : vendre des pommes, de la viande ou du poisson d'un pays à l'autre rapporte moins que les transformer ensemble, et laisse la valeur ajoutée à celui qui met le produit en boîte.
Trois priorités ont été citées. La création d'entreprises de transformation communes, d'abord. Le développement des infrastructures logistiques et d'entreposage ensuite — les entrepôts frigorifiques et les chaînes du froid sont le goulot d'étranglement classique d'un pays enclavé comme le Kirghizstan, séparé de la Russie par le Kazakhstan. Et enfin la production d'emballages conformes aux normes internationales, condition d'accès aux rayons des grandes enseignes.
La pêche, seul dossier qui sort avec une feuille de route
Akounbekov, qui cumule sa fonction de vice-Premier ministre avec le portefeuille des Ressources en eau, de l'Agriculture et de l'Industrie de transformation, a proposé d'élaborer, selon la formulation retenue par Interfax, « de nouveaux projets bilatéraux communs de coopération globale dans le domaine de la pêche et de la transformation des produits agricoles », ainsi que d'élargir les exportations kirghizes vers le marché russe. Dmitri Patrouchev s'est dit prêt à une mise en œuvre pratique de ces initiatives.
Mais c'est sur la pêche que la rencontre débouche sur un engagement daté : les deux pays ont convenu d'élaborer des feuilles de route conjointes pour des projets dans ce secteur, indique le service de presse du cabinet des ministres kirghiz, relayé par Tazabek. Le choix du lieu l'explique en partie. L'entretien s'est tenu en marge du XIe Forum international de l'industrie de la pêche, organisé du 16 au 18 septembre à Saint-Pétersbourg avec le salon Seafood Expo Russia 2026, où des pavillons nationaux indien, iranien, chinois, kirghiz et russe étaient installés.
Un pays sans mer qui exporte du poisson
Le Kirghizstan n'a pas de littoral, mais il a des lacs de montagne et une aquaculture en croissance rapide. Entre janvier et juillet 2026, il a exporté 746,7 tonnes de produits de la pêche, soit 87 % de son volume annuel de 2025, la Russie et le Kazakhstan restant ses principaux débouchés, rapporte le média kirghiz Economist.kg. D'où la demande formulée par Bichkek en août : obtenir chaque année de Moscou des quotas de capture dans la zone économique exclusive russe, afin d'alimenter sa propre transformation et son aquaculture. Un pays sans mer qui pêche dans les eaux d'un partenaire, puis transforme le poisson chez lui avant de le revendre en partie à ce même partenaire — c'est exactement le genre de chaîne que la formule « du commerce à la production » désigne.
652,3 millions de dollars, et une progression de 15,7 %
Le chiffre qui donne la mesure du dossier est concordant dans toutes les sources : les échanges de produits agricoles et transformés entre le Kirghizstan et la Russie se sont élevés à 652,3 millions de dollars en 2025, soit 88,5 millions de plus qu'en 2024 — une progression qu'Economist.kg chiffre à environ 15,7 %. Sur un marché agroalimentaire de cette taille, un point de croissance supplémentaire se compte en dizaines de millions.
Une séquence engagée depuis le printemps
La rencontre de Saint-Pétersbourg prolonge un travail commencé plus tôt dans l'année. Le 4 avril 2026, à Moscou, Erlis Akounbekov s'était entretenu avec la ministre russe de l'Agriculture Oksana Lout et le chef du Rosselkhoznadzor — le service fédéral de surveillance vétérinaire et phytosanitaire, qui délivre les autorisations sans lesquelles aucun produit d'origine animale n'entre en Russie — Sergueï Dankvert. Le Kirghizstan y plaidait déjà pour élargir ses exportations de viande, de produits laitiers, de produits transformés et de poisson. Les deux pays s'étaient alors entendus sur la mise en œuvre d'un plan d'action signé en décembre 2025, sur l'augmentation des livraisons de bovins reproducteurs russes vers le Kirghizstan, sur la coopération vétérinaire et sur la fourniture de vaccins, selon l'agence kirghize 24.kg.
Les deux pays appartiennent à la même Union économique eurasiatique, ce qui supprime l'essentiel des barrières tarifaires entre eux : ce qui bloque n'est plus le droit de douane, mais l'usine, l'entrepôt frigorifique et le certificat vétérinaire. C'est précisément la liste des trois priorités énoncées à Saint-Pétersbourg. Les feuilles de route sur la pêche diront, dans les mois qui viennent, à quelle vitesse la coopération quitte le registre des intentions pour celui des chantiers.
La Russie qui s'ouvre à ses voisins d'Asie centrale est aussi celle que découvrent les voyageurs français : nos voyages en Russie réalisés depuis 2024 et le budget réel d'un circuit en 2026 donnent une idée concrète de ce que le pays offre aujourd'hui.