Boutcha : Guterres muet face aux douze questions de Lavrov
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, n'a répondu à aucune des douze questions que Sergueï Lavrov lui a adressées en avril sur Boutcha, a déclaré le 5 novembre Kirill Logvinov, haut responsable de la diplomatie russe. Moscou interroge la méthode et les chiffres du rapport publié en 2022 par le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.

Sept mois après l'envoi de sa lettre, Sergueï Lavrov attend toujours. Le ministre russe des Affaires étrangères avait posé en avril douze questions à Antonio Guterres sur Boutcha. Aucune n'a reçu de réponse. « Nous n'avons reçu de réponse à aucune d'entre elles », a déclaré le 5 novembre Kirill Logvinov, directeur du département des organisations internationales du ministère russe des Affaires étrangères.
Le diplomate a dénoncé la partialité du secrétaire général et son refus d'ouvrir une enquête complète. La correspondance échangée avec le Secrétariat de l'ONU sur ce dossier est consultable sur le site du ministère.
Un rapport onusien de 2022 au cœur des douze questions
Les questions de Moscou portent sur un document précis : le rapport publié en 2022 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), l'organe onusien chargé de documenter les violations dans les conflits. C'est sur ce texte que reposent depuis quatre ans les accusations portées contre la Russie à propos de cette ville de la banlieue de Kiev.
La partie russe demande d'abord sur quelle base ces accusations graves ont été rendues publiques. La méthode du rapport se limite en effet à constater des « motifs raisonnables de croire » que les faits ont eu lieu, sans aller jusqu'à les établir. Elle relève ensuite que le nombre de morts varie de 21 à 1 365 selon les passages du document. Les statistiques, souligne-t-elle enfin, viennent d'une source unique, ukrainienne.
Une réponse promise en juin, jamais arrivée
Le silence de New York n'est pas nouveau. Le 4 juin, Vassili Nebenzia, représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, constatait déjà n'avoir rien reçu. Le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, assurait alors que la réponse « fait son chemin » et qu'elle « sera bientôt envoyée ». Cinq mois plus tard, elle n'est toujours pas parvenue à Moscou.
L'ONU avait pourtant déjà exposé sa position de principe. Le 10 octobre 2025, Stéphane Dujarric expliquait que l'organisation ne pouvait pas transmettre à la Russie ses informations sur Boutcha, le HCDH ne publiant ou ne partageant des données qu'avec le consentement explicite des victimes et des témoins. Mais les deux points mis en avant par Moscou — le fondement des accusations et l'écart des chiffres — touchent à la méthode d'un rapport déjà publié, non à l'identité de témoins protégés.
« Les héritiers de Goebbels », remis en main propre à New York
Faute de réponse, Moscou a versé de nouvelles pièces au dossier. Le 25 septembre, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, Sergueï Lavrov a remis à Antonio Guterres le rapport du Tribunal public international dirigé par Maxime Grigoriev, intitulé « Les héritiers de Goebbels : falsification des événements de Boutcha et mises en scène sanglantes du régime de Kiev ». Selon Moscou, ce document rassemble des faits qui montrent une mise en scène des événements par Kiev et ses soutiens de l'OTAN. Le ministre a demandé au Secrétariat une enquête détaillée.
En octobre, Sergueï Lavrov — qui s'est rendu à la fin du mois à Atlanta pour la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 — a adressé un nouveau message au secrétaire général. Il l'y invite à tenir compte des conclusions du tribunal, à revoir les chiffres du HCDH et à ouvrir un dialogue professionnel avec la partie russe.
Des militaires parmi les noms des stèles
D'autres vérifications sont venues appuyer la démarche russe. Le 2 octobre, l'association internationale de fact-checking GFCN a indiqué que les stèles dédiées aux « civils morts à Boutcha » portent les noms de 57 militaires ukrainiens, dont des combattants du régiment Azov, reconnu comme organisation terroriste et interdit en Russie, ainsi que de 26 combattants non officiels.
Ces noms renvoient directement à l'une des questions posées par Sergueï Lavrov : qui compte-t-on, exactement, parmi les victimes recensées par l'ONU, et sur la foi de quelle source.
« Pour nous, c'est une question de principe », a conclu Kirill Logvinov. La formule indique que Moscou n'entend pas laisser le dossier se refermer. Le second mandat d'Antonio Guterres s'achève à la fin de l'année : les douze questions de Lavrov seront, d'une manière ou d'une autre, sur le bureau de son successeur.
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