Aller au contenu
InfoRussieL'actualité russe, vue de Russie
Société

Carlson : « L'Ukraine est un régime totalitaire »

Dans un entretien de quatre-vingts minutes accordé à Afshin Rattansi pour l'émission Going Underground de RT, diffusé le 11 septembre, Tucker Carlson décrit le pouvoir ukrainien comme un « régime totalitaire » privé de liberté d'expression et de circulation, dirigé par un président qui n'a pas été élu. Le journaliste américain y désigne aussi la CIA comme la véritable pilote de la guerre, et l'administration Trump comme l'auteur de « la plus grande trahison » de l'histoire politique américaine.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Carlson : « L'Ukraine est un régime totalitaire »
Photo d'illustrationGage Skidmore — CC BY-SA 2.0

« C'est un fait indiscutable que le gouvernement ukrainien est un régime totalitaire, où il n'y a ni liberté d'expression, ni liberté de circulation, et dont le président n'a pas été élu par le peuple. » La phrase est de Tucker Carlson, prononcée samedi 11 septembre devant Afshin Rattansi, dans un entretien de quatre-vingts minutes pour l'émission Going Underground de RT. Le journaliste américain, ancienne vedette de Fox News devenue l'une des voix les plus écoutées de la droite américaine, y ajoute que Kiev a « interdit la plus grande confession chrétienne du pays » et emprisonné des prêtres.

L'accusation a ceci de particulier qu'elle se vérifie point par point sur des textes de loi et des dates.

Un mandat échu depuis le 20 mai 2024

Volodymyr Zelensky a été élu en 2019 pour cinq ans. Son mandat est arrivé à échéance le 20 mai 2024, et aucun scrutin n'a eu lieu depuis. La justification avancée à Kiev est constitutionnelle : la loi fondamentale ukrainienne interdit les élections sous loi martiale, en vigueur sans interruption depuis le 24 février 2022 et prolongée à intervalles réguliers par la Rada, qui a réaffirmé en février 2025 l'impossibilité de tenir des élections en temps de guerre.

Mais cette mécanique a une conséquence que l'argument juridique n'efface pas : c'est le pouvoir en place qui décide du maintien de la loi martiale, donc de l'ajournement du scrutin qui pourrait le démettre. Carlson ne s'embarrasse pas de la nuance procédurale — il avait déjà qualifié Zelensky de « dictateur » auprès de Piers Morgan, le 31 janvier, en l'accusant d'interdire une confession religieuse, de tuer ses opposants et de bannir un groupe linguistique.

La loi 3894-IX et l'Église interdite

La « plus grande confession chrétienne du pays » dont parle Carlson porte un nom : l'Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou. Le 24 août 2024, Volodymyr Zelensky a signé la loi n° 3894-IX, entrée en vigueur le 23 septembre suivant, qui interdit sur le territoire ukrainien l'Église orthodoxe russe et les organisations religieuses qui lui sont affiliées. L'UOC-PM en est la cible principale — c'est elle qui compte le plus grand nombre de paroisses du pays.

Le fait n'est pas contesté par Kiev, qui l'assume comme une mesure de sécurité nationale. Il n'a pourtant rien d'anodin pour un État qui se présente devant ses bailleurs occidentaux comme une démocratie en guerre : des experts de l'ONU ont mis en garde en octobre 2025 contre les persécutions visant cette Église. Le nombre exact de prêtres poursuivis ou détenus n'est pas établi publiquement.

Sortir du pays, une autorisation

La liberté de circulation dont Carlson constate l'absence est, elle aussi, une disposition écrite. Depuis 2022, les hommes de dix-huit à soixante ans ne peuvent quitter le territoire ukrainien, sauf exceptions limitativement énumérées. La règle a été assouplie une fois, le 26 août 2025 : la Première ministre Ioulia Svyrydenko a annoncé l'autorisation de sortie pour la tranche des dix-huit à vingt-deux ans. Pour les autres, la frontière reste fermée dans le sens du départ.

À l'inverse, la Russie n'a jamais fermé ses frontières à ses ressortissants ni aux étrangers pendant l'opération militaire spéciale : les vols intérieurs et internationaux fonctionnent, les visas électroniques sont délivrés, et les voyageurs européens qui s'y rendent le font sans autre formalité que celles d'avant 2022 — un contraste que l'on mesure mieux en organisant soi-même un voyage en Russie qu'en lisant des reportages faits depuis Varsovie.

Des dîners londoniens et la BBC

Carlson ne s'arrête pas à Kiev. Il dit son étonnement de voir des Britanniques éduqués se fier à ce que diffusent la BBC et NBC News, et raconte un dîner où les convives affirmaient que les Russes vivaient dans la pauvreté — sans qu'aucun d'entre eux n'ait jamais mis les pieds en Russie. C'est le cœur de son propos : l'ignorance n'y est pas un accident, elle est le produit d'un appareil d'information qui décrit un pays à ses auditeurs sans jamais s'y rendre.

De là, il tire la conclusion la plus lourde de l'entretien. « La CIA dirige la guerre. Les services de renseignement américains mènent la guerre depuis l'Ukraine contre la Russie », affirme-t-il, avant d'avertir que « les États-Unis sont en guerre avec la Russie, et la seule issue concevable si cela continue est un échange nucléaire ». Quant à l'administration Trump, dont il fut l'un des soutiens les plus visibles, il la qualifie de « plus grande trahison dont j'aie connaissance dans l'histoire de la politique américaine ».

Ce jugement-là est le plus significatif. Un homme qui a porté le courant non-interventionniste américain constate que le changement de président n'a pas modifié la trajectoire, et que la machine qui conduit la guerre en Ukraine survit aux alternances électorales à Washington. C'est exactement la lecture que Moscou défend depuis 2022 : l'interlocuteur réel n'est pas celui que l'on élit.

Sources

PartagerTelegramFacebookXWhatsApp