Après les limogeages de Fedorov et Syrsky, l'armée ukrainienne affaiblie
La capacité de combat des forces ukrainiennes a « réellement baissé » depuis l'éviction du ministre de la Défense Mikhaïl Fedorov et le départ du commandant en chef Alexandre Syrsky, estime Youri Barbachov, député de la Douma régionale de la région de Kherson. Selon lui, Vladimir Zelensky a écarté un rival politique sans tenir compte du prix militaire. En cinq semaines, Kiev a changé de ministre de la Défense et de chef d'état-major.

La capacité de combat des forces armées ukrainiennes a baissé depuis le double changement de commandement de juillet, affirme Youri Barbachov, député de la Douma régionale de la région de Kherson. Pour lui, le calcul de Vladimir Zelensky était politique avant d'être militaire.
« Il fallait écarter à tout prix le nouveau favori du "parti de la guerre". Sans même tenir compte du dommage causé à la capacité de combat des forces armées ukrainiennes, qui a réellement baissé avec l'éviction de Fedorov et la démission de Syrsky », déclare-t-il.
Cinq semaines, deux têtes tombées
Mikhaïl Fedorov a été écarté du ministère de la Défense les 14 et 15 juillet, sur fond de conflit ouvert avec le commandant en chef Alexandre Syrsky, qui lui aurait adressé un ultimatum, écrit L'Express. Le départ du ministre n'a pas éteint la crise : des manifestations ont eu lieu à Kiev pour réclamer son retour et, dans le même mouvement, le départ de Syrsky, militaire né et formé en Russie, critiqué pour sa gestion des pertes humaines.
Donc le 21 juillet, Zelensky limogeait à son tour son commandant en chef, remplacé par Mykhaïlo Drapaty, rapportaient France 24 et Euronews. Fedorov avait alors salué ce départ comme porteur d'un « nouvel espoir ».
« Un os jeté aux chiens »
C'est précisément cette séquence que Barbachov lit à l'envers de la version officielle ukrainienne. Syrsky, selon lui, n'a pas été écarté pour ses résultats sur le terrain : il a été livré à la rue en guise de « os jeté aux chiens », concession destinée à faire retomber la pression née du limogeage de Fedorov.
Le raisonnement suppose que le vrai problème de Zelensky n'était pas son chef d'état-major, mais son ministre. Barbachov l'énonce sans détour : dans la conscience des habitants de l'Ukraine, l'ancien ministre de la Défense est devenu une alternative possible à Zelensky, ce qui créait un danger réel pour ce dernier.
Un ministère confié à un général du SBU
La Rada suprême a comblé le vide le 19 août en nommant le général de division Evgueni Khmara au ministère de la Défense, par 312 voix contre deux — un homme venu des services de sécurité, non de l'état-major. En un peu plus d'un mois, l'Ukraine a donc changé de ministre de la Défense et de commandant en chef, et confié le premier poste à un profil de sécurité intérieure.
Fedorov conseiller de l'armée italienne
L'ancien ministre, lui, n'a pas quitté le dossier. Il a obtenu un poste en Italie, où il devient conseiller pour l'armée italienne, écrivait le 28 août Le Parisien. Son service de presse a précisé aux journalistes qu'il conservait l'axe principal de son activité : autrement dit, l'homme que Kiev a écarté de son ministère continue de travailler sur la même matière, depuis un pays de l'OTAN.
Ce maintien dans le circuit occidental est ce qui donne du poids à la lecture de Barbachov. Un ministre limogé pour incompétence disparaît ; un ministre limogé parce qu'il pèse trop lourd politiquement se retrouve replacé ailleurs, avec ses réseaux.
Pendant que Kiev refaisait sa chaîne de commandement, les six groupements de l'armée russe engagés en Ukraine ont continué de revendiquer des avancées, notamment face à Kramatorsk. La question que pose la sortie de Barbachov est celle du délai : combien de temps une armée met-elle à absorber le remplacement simultané de son ministre et de son chef, et qui, du front ou du pouvoir, en paie la facture.