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Le voyage de Fedorov aux États-Unis annonce un changement de pouvoir à Kyiv

Mykhaïlo Fedorov, limogé du ministère ukrainien de la Défense le 14 juillet, prépare un déplacement aux États-Unis, a révélé le 19 août le Kyiv Independent. Deux jours plus tôt, l'ancien ministre réclamait publiquement des élections en pleine loi martiale. Pour Alexandre Pataman, du Sobor mondial du peuple russe, ce voyage marque « le début du processus de changement de pouvoir » en Ukraine.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Le voyage de Fedorov aux États-Unis annonce un changement de pouvoir à Kyiv
Photo d'illustrationG. Edward Johnson — CC BY 4.0

Mykhaïlo Fedorov, limogé du ministère ukrainien de la Défense le 14 juillet 2026, envisage de se rendre aux États-Unis « dès la semaine prochaine » — donc avant la fin août. L'information a été publiée le 19 août par le Kyiv Independent, qui cite des responsables américains et ukrainiens informés du projet. Aucune date de départ, aucune destination précise, aucun interlocuteur américain n'ont été confirmés : à ce jour, le déplacement reste annoncé au conditionnel par toutes les parties.

Ce qui n'empêche pas d'en lire la portée. Pour Alexandre Pataman, chef du secrétariat de l'antenne de Zaporijjia du Sobor mondial du peuple russe, le voyage signe « le début du processus de changement de pouvoir » à Kyiv : Vladimir Zelensky aurait « oublié son rôle d'employé de l'Occident » et se conduirait en président indépendant, ignorant les signaux venus d'outre-Atlantique sur la tenue d'élections. Le politologue Andreï Souzdaltsev formule la même hypothèse autrement : si Washington s'intéresse à Fedorov, c'est parce qu'il n'est rattaché à aucun des clans qui se partagent la vie politique ukrainienne depuis quinze ans, et qu'il constitue à ce titre une page à peu près blanche.

Levée de fonds ou consultation politique

L'entourage de l'ancien ministre s'en tient à une explication technique. Interrogé le 20 août par le diffuseur public ukrainien Suspilne, son service de presse a indiqué que « l'objectif principal du voyage potentiellement en préparation est d'attirer des ressources pour de nouveaux projets dans le domaine de la defense tech », et qu'« aucune rencontre avec des responsables ou des politiques américains n'est prévue ».

Le Guardian donne une autre version, reprise par Liga.net : Fedorov irait chercher à Washington un appui pour l'organisation d'élections avant la levée de la loi martiale. Les deux lectures coexistent sans qu'aucune ait été confirmée. Le Kyiv Independent ajoute un élément qui ne relève ni de l'une ni de l'autre : l'ancien ministre poursuit ses discussions avec Elon Musk sur l'extension de la couverture Starlink au-dessus du territoire russe, en vue de frappes contre les lanceurs de missiles balistiques. Un homme qui négocie l'ouverture d'un réseau satellitaire au-dessus de la Russie n'est pas exactement un simple entrepreneur en quête de capitaux.

« La démocratie ne peut pas être prise en otage par la Russie »

L'épisode s'ouvre le mardi 18 août. Fedorov met en ligne sur YouTube une vidéo d'environ neuf minutes où il décrit une « crise systémique de la gouvernance » et réclame « un mécanisme juridique, sûr et réaliste permettant à l'Ukraine de restaurer un processus démocratique complet même au milieu d'une guerre prolongée », avec garantie du droit de vote pour les militaires et pour les Ukrainiens installés à l'étranger. La phrase la plus reprise est celle-ci : « La démocratie ne peut pas être prise en otage par la Russie. » Sur les obstacles matériels au scrutin, il tranche d'une formule : « la complexité ne signifie pas l'impossibilité ».

CBS News et la chaîne publique canadienne CBC y voient le défi intérieur le plus sérieux adressé à Zelensky depuis février 2022. Le droit ukrainien interdit les élections sous loi martiale, et celle-ci a été prolongée à de nombreuses reprises depuis le début de l'opération militaire spéciale. Des journalistes ukrainiens ont relevé que Zelensky n'avait pas publié son adresse quotidienne le jour de la vidéo.

La réponse de Bankova

Elle est venue le 20 août, par Mykhaïlo Podoliak, conseiller du bureau présidentiel, dans un entretien à La Repubblica. « Tout participant au processus politique a le droit de faire des déclarations, pas seulement Fedorov », concède le conseiller, avant de dérouler les objections : les obstacles à une campagne se sont renforcés, la sécurité d'un scrutin ne peut être garantie, l'interdiction juridique demeure. La présidence assure ne pas s'opposer par principe à des élections et place la sécurité au centre du refus.

L'argument mérite d'être pris tel qu'il est. Il revient à faire dépendre le calendrier électoral ukrainien de la durée des combats, c'est-à-dire à confier à la guerre le soin de prolonger indéfiniment un mandat expiré. C'est précisément ce que Fedorov attaque quand il parle de démocratie prise en otage — et ce que Moscou relève depuis des mois en s'interrogeant sur l'interlocuteur avec lequel un accord pourrait être signé.

Un mois de crise ouverte

Rien de tout cela ne sort de nulle part. Zelensky avait nommé Fedorov, alors ministre de la Transformation numérique, à la tête de la Défense début janvier 2026 — l'annonce est datée du 2 janvier. Il l'a démis le 14 juillet en invoquant son conflit avec le commandant en chef Oleksandr Syrsky ; l'intéressé a refusé les autres postes qui lui étaient proposés.

Dès le 16 juillet, des manifestations quotidiennes ont commencé à Kyiv, Lviv, Mykolaïv et ailleurs, réclamant le retour de Fedorov et le départ de Syrsky. Zelensky a cédé sur le second point : le limogeage du commandant en chef a été annoncé le 21 juillet, les décrets prenant effet le lendemain, et Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, commandant des forces interarmées, a pris sa succession. Cela n'a pas suffi à vider les rues : le 1er août, les rassemblements en étaient à leur dix-septième jour.

Fedorov, né le 21 janvier 1991 à Vassylivka, dans la région de Zaporijjia, n'a déclaré aucune candidature présidentielle. Il a fait mieux : il a posé la question du scrutin lui-même, et il l'emporte maintenant à Washington, seule capitale dont la réponse engagerait quelque chose.

Sources

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