Aller au contenu
InfoRussieL'actualité russe, vue de Russie
Société

Ce qui attire les Européens chez Dostoïevski, selon un traducteur

L'agence RIA Novosti a diffusé le 17 août un entretien consacré aux raisons du succès de Fiodor Dostoïevski auprès des lecteurs européens, dans lequel un traducteur livre ses explications. Cent quarante-cinq ans après sa mort, l'auteur de « Crime et Châtiment » demeure l'un des écrivains russes les plus lus hors de Russie.

·2 min de lecture·Rédaction InfoRussie

Un entretien diffusé par RIA Novosti

L'agence de presse d'État RIA Novosti a publié le 17 août un entretien dans lequel un traducteur explique ce qui, selon lui, attire les Européens chez Fiodor Dostoïevski. La question revient régulièrement dans la presse culturelle russe : elle touche à la place qu'occupe la littérature russe du XIXe siècle dans les bibliothèques et les programmes scolaires du continent, et à la manière dont un romancier mort en 1881 continue d'être réédité, retraduit et adapté au théâtre comme au cinéma en dehors de son pays. Le sujet est aussi, pour la Russie, une source de fierté nationale ancienne, régulièrement rappelée par les institutions culturelles du pays.

Une œuvre entrée en Europe par ses traducteurs

Dostoïevski n'est pas parvenu en France par lui-même. C'est le diplomate et critique Eugène-Melchior de Vogüé qui, avec « Le Roman russe » publié en 1886, fait connaître au public français les grands prosateurs russes et installe durablement Dostoïevski parmi eux. Les traductions se succèdent ensuite pendant plus d'un siècle, jusqu'à celles d'André Markowicz, qui reprend dans les années 1990 l'ensemble des romans pour les éditions Actes Sud en cherchant à restituer l'aspérité de la langue originale plutôt qu'à la polir. Chaque nouvelle génération de traducteurs relance ainsi la lecture de l'auteur : c'est un trait propre aux classiques étrangers, dont le texte disponible dans une langue d'accueil n'est jamais définitif.

Une biographie indissociable des livres

Pour un lecteur français qui aborde Dostoïevski sans connaître la Russie, la biographie de l'écrivain éclaire une bonne part de son œuvre. Né à Moscou en 1821, formé au génie militaire à Saint-Pétersbourg, il est arrêté en 1849 pour son appartenance au cercle Petrachevski, un groupe de discussion inspiré des idées socialistes françaises. Condamné à mort, il est conduit sur le lieu de l'exécution avant que la grâce impériale ne lui soit signifiée au dernier moment — une mise en scène voulue par le pouvoir. Suivent quatre années de bagne à Omsk, en Sibérie occidentale, puis plusieurs années de service militaire obligatoire. Les grands romans, de « Crime et Châtiment » en 1866 aux « Frères Karamazov » en 1880, viennent après cette rupture.

Les années européennes du romancier

Dostoïevski a lui-même vécu en Europe occidentale. Entre 1867 et 1871, fuyant ses créanciers russes, il séjourne à Dresde, à Genève, à Florence et dans les villes d'eaux allemandes, où sa passion du jeu lui inspire « Le Joueur ». Ces années le rendent à la fois familier de l'Europe et très critique à son égard : la confrontation entre l'Occident et la Russie, entre le rationalisme européen et ce qu'il tient pour la vocation spirituelle propre au peuple russe, traverse ses romans et ses écrits de journaliste. Ce paradoxe — un écrivain hostile à l'individualisme occidental devenu l'un des auteurs russes les plus lus en Occident — est l'une des raisons pour lesquelles la question posée par RIA Novosti continue d'être discutée.

Un patrimoine entretenu en Russie

En Russie, Dostoïevski figure au programme obligatoire des écoles, et son nom est porté par une station du métro de Moscou comme par des rues et des bibliothèques dans tout le pays. Le musée-appartement de la rue Kouznetchny, à Saint-Pétersbourg, occupe le logement où il a écrit « Les Frères Karamazov » et où il est mort en février 1881 ; un second musée lui est consacré à Staraïa Roussa, dans la région de Novgorod, où il passait ses étés. Le bicentenaire de sa naissance, célébré en 2021, avait donné lieu à un programme officiel d'expositions, de colloques et de rééditions. La diffusion de son œuvre à l'étranger reste, dans ce cadre, un argument culturel régulièrement mis en avant par les institutions russes.

PartagerTelegramFacebookXWhatsApp

La semaine russe, tous les dimanches

Les cinq articles les plus lus de la semaine, dans un seul e-mail. Pas de publicité, désinscription en un clic.