Charbon à coke : la Chine achète 16 % de plus à la Russie
Les livraisons de charbon métallurgique russe vers la Chine ont atteint 17,3 millions de tonnes au premier semestre 2026, en hausse de 16 % sur un an. Avec la baisse de la production chinoise, la demande indienne et les aléas australiens, les prix du charbon à coke pourraient encore gagner 20 à 30 % d'ici 2029, selon le cabinet NEFT Research. Tout dépend désormais de la capacité à acheminer ce charbon vers l'est.

Les aciéristes chinois se tournent vers le charbon russe. De janvier à juin 2026, les livraisons de charbon métallurgique russe vers la Chine ont augmenté de 16 % sur un an, à 17,3 millions de tonnes, selon les données de l'agence de prix Argus. Le basculement est net : pour la première fois, le charbon à coke, celui qui sert à fabriquer l'acier, dépasse dans les exportations russes vers la Chine le charbon énergétique, anthracite exclu. Et cela alors même que la sidérurgie chinoise stagne.
Trois causes à la hausse des prix
Si la Chine achète davantage, c'est d'abord qu'elle produit moins. Après l'accident survenu fin mai dans la mine de Liushenyu, les autorités chinoises ont durci les contrôles environnementaux dans les mines, ce qui a ralenti l'extraction. S'y ajoute une forte demande indienne. Il faut enfin compter avec l'Australie, où les grands exportateurs peinent à produire : pendant la saison des pluies, de novembre à février, la moindre dégradation de la météo y fait dérailler les livraisons.
Les acheteurs chinois en tirent les conséquences et signent des contrats avec la Russie. Une transaction donne le niveau des prix : 40 000 tonnes de charbon russe de qualité K, vendues 267 dollars la tonne CFR Chine, c'est-à-dire livrées au port de destination, pour un embarquement en octobre.
Jusqu'à 30 % de hausse d'ici 2029
Cette tension ne devrait pas retomber. Alexandre Kotov, associé chargé du conseil chez NEFT Research, prévoit une hausse de 20 à 30 % des prix des qualités de charbon à coke les plus recherchées d'ici 2029, par rapport aux niveaux actuels. Selon lui, le marché va se restructurer en profondeur au cours des trois prochaines années, parce que la géographie de la demande change en Asie.
La Chine pèse déjà plus de 60 % des exportations russes de charbon à coke, selon Alexandre Kotov. Pour l'ensemble de 2026, les volumes de charbon métallurgique russe livrés à la Chine devraient atteindre 32 à 34 millions de tonnes. Le total des exportations de charbon russe de toutes catégories vers ce pays pourrait en revanche reculer à 80 à 85 millions de tonnes, puisque les livraisons de charbon énergétique diminuent.
L'Inde forme le deuxième pilier. Après 76 millions de tonnes de charbon métallurgique achetées l'an dernier, elle devrait monter à 89 millions de tonnes en 2027, puis à 104 millions en 2030. La production russe suit : l'extraction de charbon à coke a progressé de 3,6 % en juin.
La Iakoutie du Sud en première ligne
Pourtant, la demande ne profite pas à tous les producteurs de la même manière. Au premier trimestre 2026, les exportations russes de charbon à coke ont augmenté de 9 %. Mais ce qui fait la différence, c'est la demande combinée à l'accès logistique. Pour les gisements de l'Extrême-Orient et du sud de la Iakoutie, le marché chinois est le plus attractif, parce que la distance jusqu'aux ports du Pacifique et aux points de passage terrestres est courte.
Le gisement d'Elga, dans le sud de la Iakoutie, en est l'exemple. Doté de sa propre voie ferrée et de son propre port, et tourné principalement vers les pays d'Asie-Pacifique, il est passé de 4 millions de tonnes extraites en 2020 à 35,1 millions en 2025. Ses expéditions doivent atteindre 50 millions de tonnes par an en 2027. Cette infrastructure appartient toutefois à une seule entreprise, et ne vaut pas pour toute la filière.
Le Kouzbass, cœur du charbon à coke, face à la distance
Le Kouzbass, en Sibérie occidentale, concentre environ 80 % de la production russe de charbon à coke et 110 000 emplois. Pour ses producteurs, trois paramètres décident de tout : le tarif ferroviaire, le coût du transbordement et les prix mondiaux. Beaucoup de destinations sont à la limite de la rentabilité.
Les exportations augmentent malgré tout : en avril, le Kouzbass a expédié 10 millions de tonnes, soit 23,4 % de plus qu'un an plus tôt. La production régionale, elle, a reculé de 6,6 % de janvier à avril, à 62,1 millions de tonnes.
Pour faciliter l'acheminement vers la Chine, les Chemins de fer russes (RJD) accordent depuis août 2026, et jusqu'à fin juillet 2027, une remise de 13,2 % sur le transport de charbon du Kouzbass en conteneurs. Cette mesure ciblée s'applique à un itinéraire précis, de la gare de Birioulinskaïa, au Kouzbass, à celle de Kamychovaïa, au poste-frontière avec la Chine. Elle ne concerne que les conteneurs de 20 pieds à toit ouvert.
Le gros des volumes dépend donc de l'accord conclu au début de 2026 entre le Kouzbass et RJD. Il prévoit l'expédition de 60 millions de tonnes de charbon vers l'est : 55 millions garantis et 5 millions supplémentaires. En 2025, 54,1 millions de tonnes avaient été acheminées, si bien que le volume garanti progresse de moins d'un million de tonnes, soit environ 1,7 %.
L'Inde doit dépasser les 100 millions de tonnes d'achats d'ici 2030, et la Chine se fournit de plus en plus en Russie. La part que le charbon russe prendra au marché asiatique se jouera donc sur les axes vers l'est : l'objectif de 50 millions de tonnes d'Elga pour 2027 et les volumes que le Kouzbass pourra faire passer vers le Pacifique et la frontière chinoise.
Sources
- Дефицит угля в Азии повышает спрос на российское сырье — Rossiïskaïa Gazeta