Soyouzmoultfilm vend l'animation russe dans plus de 100 pays
Les films du studio Soyouzmoultfilm sont vendus dans plus de 100 pays, a déclaré Iouliana Slachtcheva, présidente de son conseil d'administration, malgré les restrictions qui lui ferment les marchés anglo-saxons. À 90 ans, la maison de « Winnie l'ourson » et d'« Oumka » trouve ses acheteurs au Moyen-Orient et en Chine, et l'Europe recommence à lui acheter des films.

Les dessins animés russes n'ont plus accès aux grands marchés anglo-saxons. Ils se vendent pourtant sur tous les autres continents. « Malgré les restrictions importantes qui pèsent aujourd'hui sur les marchés anglo-saxons, Soyouzmoultfilm vend de l'animation dans plus de 100 pays, où les enfants la regardent avec grand plaisir », a déclaré Iouliana Slachtcheva, qui dirige les studios Gorki et préside le conseil d'administration de Soyouzmoultfilm.
Elle avait avancé ce chiffre dès septembre 2024, au XIIe Forum international des cultures unies de Saint-Pétersbourg. Elle y défendait une idée qui sert encore de ligne commerciale au studio : l'animation russe est « centre-européenne », sans marqueurs nationaux appuyés, et elle constitue une « langue universelle » pour parler aux enfants du monde entier. Un ourson, un petit garçon, une histoire sans sous-entendu local : ces films n'ont pas besoin d'être adaptés pour être compris.
Plus de 50 films vendus en une seule année
Ce pari se lit dans les comptes. Selon le service de presse du studio, des partenaires étrangers ont acheté en 2024 les droits de plus de 50 films. Les recettes tirées de la vente de courts métrages à l'étranger ont progressé de plus de 50 % en deux ans. « Le langage de l'animation est vraiment universel », résume Iouliana Slachtcheva.
Cette croissance ne doit rien aux anciens clients. Elle vient des pays qui n'ont pas fermé leurs portes aux productions russes, et d'abord de deux régions.
Le Golfe et la Chine en tête des acheteurs
D'après les chiffres communiqués en juin 2026 au public chinois, le Moyen-Orient représente 25 % des ventes internationales du studio, avec l'Arabie saoudite, le Qatar et Oman parmi les acheteurs. La Chine arrive au deuxième rang, et c'est avec elle que la relation va le plus loin : Soyouzmoultfilm « discute de possibles coproductions » avec des partenaires chinois, a indiqué Iouliana Slachtcheva.
Le studio y est déjà installé. Ses séries sont proposées sur les trois grandes plateformes du pays, Tencent Video, iQIYI et Youku. En août 2025, « Oumka », rebaptisé « Omka et moi » pour le public chinois, a été diffusé sur CCTV-14, la principale chaîne jeunesse de Chine. Le quotidien The Paper a aussi relevé la présence du studio au 22e Festival international de la bande dessinée et de l'animation de Hangzhou, du 15 au 19 juin 2026, placée sous le signe de ses 90 ans : Soyouzmoultfilm a été fondé le 10 juin 1936, et son catalogue couvre toute l'histoire de l'animation soviétique puis russe.
L'Europe rachète « Winnie l'ourson »
L'Europe, qui avait fermé ses écrans, en rouvre une partie. Au premier semestre 2026, le studio a signé quatre accords pour montrer 14 films dans dix pays européens.
Le public francophone est directement concerné. En France, en Belgique et en Suisse romande, les accords portent sur la trilogie « Winnie l'ourson », classique signé Fiodor Khitrouk, sur « Sur Vova Sidorov » et sur des courts métrages réunis en programmes pour enfants. En Espagne et en Andorre, cinq films sont prévus en salles, en ligne et dans des programmes éducatifs.
Sept territoires germanophones recevront trois films sans dialogues, destinés à la télévision et aux plateformes numériques. Le choix n'est pas anodin : dans une Allemagne où la présence culturelle russe est sous pression — l'ambassadeur de Russie à Berlin espère encore éviter la fermeture de la Maison russe —, des films sans paroles franchissent la frontière sans traduction ni débat.
Des ventes aux coproductions
Pendant des décennies, Soyouzmoultfilm a vendu un patrimoine, c'est-à-dire des films déjà faits que les diffuseurs étrangers achetaient. Les discussions avec la Chine ouvrent une autre étape : concevoir des films à plusieurs, pour des publics qui n'ont jamais connu l'animation soviétique. Pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, le studio cherche donc moins à exporter son passé qu'à trouver, hors du monde anglo-saxon, les partenaires de ses prochains films.