La Chine importe 28,2 % de GNL russe en plus en huit mois
La Chine a acheté 5,15 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié russe entre janvier et août 2026, et 77,65 millions de tonnes de pétrole, selon l'Administration générale des douanes de la République populaire de Chine. La Russie est désormais le premier fournisseur de brut du pays, et son GNL progresse pendant que celui du Qatar s'effondre. Bruxelles a pourtant inscrit l'interdiction du GNL russe dans son dix-neuvième paquet de sanctions.

La Chine a importé 5,15 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié russe entre janvier et août 2026, soit 28,2 % de plus que sur la même période de 2025. Les chiffres ont été publiés le 20 septembre par l'Administration générale des douanes de la République populaire de Chine. La facture, elle, atteint 2,66 milliards de dollars, en hausse de 13,2 % seulement : le volume progresse deux fois plus vite que la valeur, autrement dit la tonne livrée coûte à l'acheteur chinois moins cher qu'il y a un an.
Le pétrole raconte l'inverse. Les livraisons russes ont atteint 77,65 millions de tonnes, en progression de 18,1 %, pour 44,84 milliards de dollars, soit un tiers de plus en valeur (+33,3 %) — l'écart mesure la remontée du baril davantage que celle des volumes. La Russie est le premier fournisseur de pétrole de la Chine.
Le mois d'août a servi de démonstration : 951 150 tonnes de GNL russe débarquées en un seul mois, 53,1 % de plus qu'en juillet, pour 529,2 millions de dollars. Sur ce marché-là, Moscou reste troisième, derrière l'Australie (13,21 millions de tonnes, en recul de 2 %) et la Malaisie (5,38 millions de tonnes, +23,6 %). L'écart avec la deuxième place se compte désormais en dizaines de milliers de tonnes.
Le Qatar a perdu près des deux tiers de ses livraisons
Car la place s'est libérée. Les expéditions qataries vers la Chine sont tombées à 4,88 millions de tonnes, en chute de 61,6 %. La cause est connue : la fermeture du détroit d'Ormuz fin février 2026, puis la frappe iranienne du 18 mars sur le complexe gazier de Ras Laffan, qui ont amputé d'environ 17 % la capacité d'exportation de GNL de l'émirat — pour trois à cinq ans selon des estimations de presse, que QatarEnergy n'a pas confirmées. La compagnie avait déclaré la force majeure dès le 2 mars et prolongeait fin août ses annulations de cargaisons jusqu'en novembre.
Le prix a suivi. Le Brent est passé d'environ 80 dollars début mars à un pic de 118 dollars fin mars, puis 109 dollars début septembre, tandis que les prix spot asiatiques du GNL plus que doublaient. Le méthane russe réorienté vers l'Asie arrive donc sur un marché où l'offre concurrente a disparu et où l'acheteur paie cher tout ce qui n'est pas russe.
L'Europe interdit ce que la Chine achète, et en achète davantage
Bruxelles a choisi le chemin exactement opposé. Le dix-neuvième paquet de sanctions, adopté le 23 octobre 2025, prohibe l'achat et l'importation de GNL russe dans l'Union à compter du 25 avril 2026 pour les contrats courts, et du 1er janvier 2027 pour les contrats de long terme signés avant le 17 juin 2025. Le même texte vise Rosneft et Gazprom Neft, ajoute 117 navires à la liste des bâtiments sanctionnés et frappe des entités établies en Chine et à Hong Kong pour leur rôle dans le commerce énergétique russe.
Les résultats ne suivent pas l'intention. Selon une étude de l'Institut norvégien des affaires internationales (NUPI), relayée le 8 septembre 2026 par le Handelsblatt, la part du GNL russe dans les importations européennes est passée de 16 % au premier semestre 2025 à 19 % au premier semestre 2026 ; celle du GNL américain, de 57 % à 62 %. Deux fournisseurs pèsent donc plus de huit dixièmes du gaz liquéfié entrant dans l'Union : la diversification annoncée a produit une concentration. Pour qui veut comprendre le pays d'où part ce gaz, deux repères existent par ailleurs sur nos sites : le niveau de russe qui suffit vraiment au quotidien et le dossier de visa touristique pièce par pièce.
À Berlin, l'AfD réclame la levée des restrictions énergétiques
La facture allemande a rouvert le débat au Bundestag. Le groupe AfD y a déposé le 10 septembre 2026 une motion (Drucksache 21/7951) demandant au gouvernement fédéral de lever l'ensemble des sanctions, embargos et restrictions touchant l'énergie, au motif des prix élevés, du recul de la production dans les branches énergo-intensives et des pertes d'emplois. Le 16 septembre, le même groupe déposait une question écrite (Drucksache 21/8039) sur les conséquences des restrictions de navigation par Ormuz pour l'approvisionnement et l'économie du pays. Le député Matthias Moosdorf résumait début septembre la position de sa formation : l'Allemagne a renoncé au gaz russe par gazoduc pour racheter le même gaz par des intermédiaires, et bien plus cher.
La démarche est allée plus loin qu'un texte parlementaire. Markus Frohnmaier, responsable de la politique étrangère du groupe, a évoqué avec le président du directoire de Gazprom Alexeï Miller une reprise des livraisons vers l'Allemagne, des discussions plus larges étant envisagées pour mars 2027, rapportait Reuters le 18 septembre. Beatrix von Storch, vice-présidente du groupe, déclarait de son côté qu'il était de l'intérêt allemand de recevoir aussi des livraisons russes. Ce sont des positions d'opposition, portées par un groupe parlementaire et non par le gouvernement fédéral.
Le gazoduc stagne, le méthanier gagne
Une ligne des statistiques chinoises échappe à la hausse générale : le gaz acheminé par tuyau, dont la valeur s'établit à 6,53 milliards de dollars sur huit mois, en progression de 0,5 % à peine. La Russie y demeure le premier fournisseur, devant le Turkménistan (5,51 milliards de dollars, en baisse de 3,5 %), mais la croissance s'est déplacée vers les cargaisons maritimes, plus souples et plus faciles à réorienter d'un continent à l'autre.
C'est là que se joue la suite. Au rythme du mois d'août, la deuxième place du GNL en Chine est à portée des livraisons russes avant la fin de l'année, au moment précis où l'Union européenne s'apprête à fermer sa porte aux contrats de long terme.