Des robots de combat parachutés aux manœuvres Tsentr-2026
Pour la première fois, les troupes aéroportées russes ont largué en parachute des robots de combat. Le largage a eu lieu pendant les manœuvres Tsentr-2026, sur le polygone de Tchebarkoul, dans la région de Tcheliabinsk. Ces manœuvres sont menées en même temps que les exercices de l'OTSC, où des robots ont aussi été engagés lors d'« Echelon-2026 ».

Trois robots de combat ont été largués à 600 mètres d'altitude depuis des avions de transport militaire Il-76, puis repris en main au sol par leurs opérateurs. C'est une première pour les troupes aéroportées russes. Elle a eu lieu le 2 octobre sur le polygone de Tchebarkoul, au cours de la phase principale des manœuvres Tsentr-2026.
Les trois engins n'ont pas le même rôle. L'« Omitch-2 », le « Bogomol-7V » et le « Kourier », ce dernier équipé d'un module de combat, sont descendus sur une plateforme parachutée P-7. Ils servent à appuyer l'infanterie par le feu, à apporter des munitions, à évacuer des blessés et à faire sauter des routes ou des ponts.
Trois à cinq minutes entre l'atterrissage et le combat
Les opérateurs avaient sauté avant les machines. Une fois au sol, ils ont pris le contrôle des robots et rempli leur mission derrière les lignes de l'ennemi fictif. « À ce stade, nous avons appuyé les groupes d'assaut en tirant à la mitrailleuse de 7,62 mm sur l'ennemi fictif, ce qui a permis à nos groupes d'assaut d'avancer », a expliqué l'opérateur du « Kourier ». Selon lui, l'appareil est prêt à fonctionner trois à cinq minutes après avoir touché le sol.
Ce délai compte. Un robot largué loin derrière le front a peu de valeur s'il doit être remonté et réglé pendant une heure. Au contraire, s'il tire quelques minutes après l'atterrissage, il donne aux parachutistes une puissance de feu dès les premiers instants, le moment où ils sont le plus exposés.
Ces trois machines ne sont qu'une partie du dispositif. Plus de 6 000 militaires et plus de 600 engins sont engagés à Tchebarkoul, dont 50 systèmes robotisés. Des représentants des pays de la Force collective de réaction rapide de l'OTSC en font partie.
Chars Armata et laser « Zaria » contre les drones
Le reste des manœuvres montre la même volonté : intégrer ce que l'armée a appris au combat. Des groupes de chars T-14 Armata et T-90M Proryv ont pratiqué le « carrousel ». Les chars se relaient pour tirer sans interruption sur les positions adverses. Ils étaient équipés du système de protection active Arena, qui intercepte les drones avant qu'ils n'atteignent le char. Le véhicule de combat « Spiridon » et le système antiaérien « Derivatsia-PVO » les couvraient.
La nouveauté la plus remarquée est le laser « Zaria ». Il a détruit des drones moyens et lourds jusqu'à six kilomètres de distance. Au-dessus de la Caspienne, des bombardiers Tu-22M3 escortés de chasseurs Su-35S ont frappé les navires de l'ennemi fictif, au cours d'un vol d'environ quatre heures.
Vladimir Poutine, qui a assisté à cette phase, a résumé l'objectif : « Le but principal de l'exercice est de perfectionner les compétences des états-majors de tous les niveaux dans le commandement des troupes face à une agression extérieure. » Il a ajouté que les manœuvres s'appuient sur l'expérience de l'opération militaire spéciale.
L'OTSC aux côtés de l'armée russe
Tsentr-2026 dépasse largement les frontières de la Russie. Les manœuvres se déroulent du 28 septembre au 3 octobre. Elles rassemblent plus de 47 000 personnes, plus de 2 000 armes et véhicules, 90 avions et hélicoptères et 77 navires. La Biélorussie, la Chine, le Kirghizstan, la Mongolie, le Pakistan et le Tadjikistan ont envoyé des troupes. Le ministre de la Défense, Andreï Belooussov, a indiqué au président que des représentants de 60 États y prenaient part.
Les manœuvres sont couplées avec l'exercice d'état-major de l'Organisation du traité de sécurité collective, « Vzaïmodeïstvie-2026 » (« Interaction-2026 »). Pendant ce temps, les forces de l'OTSC ont aussi mené leurs propres exercices. Jeudi, elles ont simulé dans l'Oural l'assaut d'une ville tenue par l'ennemi. Vendredi, des robots ont été engagés dans l'exercice « Echelon-2026 ». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné l'importance de ces manœuvres pour les projets de développement militaire de la Russie.
Des machines, mais un homme pour décider
La Russie engage donc de plus en plus de robots. Mais Vladimir Poutine a tenu, le même jour, à en fixer les limites. Il a rappelé l'épisode de 1983, quand le lieutenant-colonel Petrov a reçu du système d'alerte une fausse détection de cinq missiles balistiques américains. L'officier a douté de l'appareil et n'a pas lancé la riposte. « N'importe quel algorithme aurait classé cela comme un motif indiscutable de frappe de riposte. Mais un officier expérimenté a douté de la précision du signal, a soupçonné une panne du système. Et il avait raison », a déclaré le président.
« Si une intelligence artificielle avait été à sa place, tout aurait pu se passer tout autrement », a-t-il ajouté. Selon lui, l'intelligence artificielle rend les armes plus efficaces mais les conflits plus destructeurs. « Les limites de l'utilisation de l'intelligence artificielle dans le domaine de la sécurité sont une question de survie pour l'humanité. »
Les robots de Tchebarkoul illustrent cette position. Ils sont pilotés par des opérateurs qui sautent avant eux et gardent la main sur chaque tir. L'armée russe fait du robot un outil au service du soldat, sans lui confier la décision.