Fonds Hunka dissous, huit autres dotations SS maintenues
La justice albertaine a autorisé début août l'Université de l'Alberta à liquider définitivement le fonds de recherche portant le nom de Iaroslav Hunka, ancien de la division Waffen-SS « Galicie », et rejeté le recours de son fils. Maria Zakharova avait dénoncé cette procédure comme une tentative de réhabilitation. L'université a confirmé dans la foulée qu'elle ne toucherait pas à huit autres dotations portant le nom d'hommes liés à la même division.

La Cour du Banc du Roi de l'Alberta a autorisé au début du mois d'août l'Université de l'Alberta à liquider définitivement le Yaroslav & Margaret Hunka Ukrainian Research Endowment Fund, doté de 30 000 dollars canadiens. La juge Debra Yungwirth a rejeté le recours de Martin Hunka, fils du vétéran, qui demandait la restauration de la fiducie fermée après le scandale de septembre 2023 au Parlement canadien. L'université a rendu publique sa position le 10 août.
« Le Canada au-dessus d'un abîme de mensonges »
Maria Zakharova avait qualifié la procédure de tentative de réhabilitation dès le 1er mai, alors que le tribunal d'Edmonton examinait encore le dossier. « Voyons si l'université aura le désir et la volonté de se purifier des capitaux reçus d'anciens SS coupables du génocide du peuple soviétique », écrivait la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères sur son canal Telegram. « La décision finale du tribunal sera également considérée comme emblématique pour tout le système judiciaire canadien. » Elle relevait que la défense présentait le service de Hunka comme « irréprochable » et qu'aucun repentir n'avait jamais été exprimé.
Elle est revenue sur le sujet le 8 mai pour accuser le Canada d'abriter des collaborateurs hitlériens. Hunka, qui réside à North Bay, en Ontario, est recherché par la Russie : le Comité d'enquête l'a inculpé de génocide le 20 octobre 2023, et son président Alexandre Bastrykine lui impute la mort d'environ 500 personnes, en lien avec le massacre de Huta Pieniacka. Ottawa n'a donné aucune suite, et l'ambassadeur de Russie au Canada constate que le pays n'est toujours pas prêt à enquêter sur les activités du vétéran.
Un fonds né en 2019, fermé après deux ovations debout
La fiducie avait été créée en octobre 2019 par Martin Hunka en l'honneur de ses parents, pour financer au Canadian Institute of Ukrainian Studies (CIUS) des recherches sur l'Église gréco-catholique ukrainienne. Elle a vécu quatre ans sans faire de bruit. Puis est venu le 22 septembre 2023 : lors du discours de Volodymyr Zelensky aux Communes, le président de la Chambre Anthony Rota présentait Iaroslav Hunka, né le 19 mars 1925, alors âgé de 98 ans, ancien de la 14e division de grenadiers Waffen-SS « Galicie », comme « un héros ukrainien, un héros canadien ». Deux ovations debout ont suivi, députés et invités confondus.
Rota a démissionné le 26 septembre. La Chambre a adopté le même jour une motion condamnant le nazisme et retirant cette reconnaissance, la Pologne a évoqué une demande d'extradition, et l'université a remboursé la donation à l'automne 2023 avant de saisir la Cour du Banc du Roi en janvier 2024 pour faire valider la dissolution.
Ce que la juge a refusé de trancher
La décision prend soin de ne pas répondre à la question de fond. L'université, écrit la juge, « n'a pas mis fin au Hunka Trust parce qu'elle a déterminé que Yaroslav était un criminel de guerre » : elle a estimé qu'une association prolongée avec un homme ayant servi dans une unité liée aux nazis lui nuirait, le maintien du fonds posant « des risques potentiels pour sa finalité, sa mission, sa réputation et la confiance du public ». Le passé de Hunka n'est donc pas jugé ; seul l'est l'embarras qu'il cause.
Martin Hunka plaidait que la loi albertaine sur les fiduciaires ne vise pas explicitement les fiducies caritatives, que l'université connaissait le passé de son père lorsqu'elle a accepté le don, et que la disparition du fonds nuirait à la recherche sur l'Église gréco-catholique. Selon la décision, sa motivation première était de laver le nom de son père. Son avocat, Julian Savaryn, a indiqué envisager un appel ; il n'a pas été déposé à ce jour.
Huit autres dotations que l'université ne touchera pas
C'est le point qui donne toute sa portée à la critique russe. Dans sa déclaration du 10 août, l'Université de l'Alberta a confirmé qu'elle ne toucherait pas aux huit autres fonds de dotation du CIUS portant le nom de personnes liées à la division « Galicie ». Le journal étudiant The Gateway chiffre l'ensemble à 1,1 million de dollars ; le site The Orchard rapporte pour sa part que la juge a relevé que le CIUS administre plus de 1,4 million de dollars de dotations honorant des combattants de la division, et que sa décision « pourrait affecter » ces autres fonds.
La juge relève elle-même la contradiction : le risque de réputation invoqué pour supprimer un fonds de 30 000 dollars laisse intactes des dotations comparables, plus nombreuses et bien plus lourdes. C'est exactement le terrain sur lequel Moscou attend le Canada — non pas une ligne budgétaire fermée, mais un pays qui accepte enfin de regarder qui il a honoré et à quel titre.
Sources
- "Канада над пропастью во лжи". Так Мария Захарова назвала попытку реабилитации украинского нациста Ярослава Хунки (Гуньки). В суде рассматривается иск его сына, который пытается восстановить названный именем Гуньки фонд — TASS (Telegram)
- Посол в Оттаве: Канада пока не готова расследовать деятельность Гуньки — RIA Novosti