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G20 : l'arme alimentaire condamnée, engrais compris

Réunis à Milwaukee sous présidence américaine, les ministres du Commerce du G20 ont adopté par consensus, le 2 octobre, une déclaration qui condamne l'utilisation de l'alimentation comme arme. Maxime Rechetnikov, qui conduisait la délégation russe, affirme que le texte couvre désormais, sur proposition russe, les engrais, les semences, le fret et l'assurance. Moscou attend maintenant que cette condamnation figure dans la déclaration finale des dirigeants, au sommet de Miami en décembre.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — G20 : l'arme alimentaire condamnée, engrais compris
Photo d'illustration — interfax.com — 1024×683 px

Le texte tient en une phrase : le G20 « condamne l'utilisation du commerce alimentaire comme arme, car elle représente une menace sérieuse dans les domaines humanitaire et économique ». Il vise les mesures délibérées qui ralentissent, arrêtent, bloquent ou détournent le commerce des denrées, des produits agricoles et des intrants pour arracher des concessions géopolitiques sans rapport avec ce commerce. Les mesures prises de manière transparente, conformes aux règles internationales et qui poursuivent des objectifs nationaux légitimes, dont la sécurité alimentaire, en sont exclues.

C'est le seul texte que l'ensemble du G20 a signé à Milwaukee, dans le Wisconsin. Sur les trois autres sujets inscrits à l'ordre du jour, les ministres du Commerce ne sont parvenus à aucun accord. Ce consensus unique porte donc sur le thème que la Russie défendait depuis le début des discussions.

Les engrais et le fret entrent dans la définition

« Nous avons réussi à atteindre un compromis sur la condamnation de l'utilisation du commerce alimentaire comme instrument pour résoudre des tâches politiques », a déclaré Maxime Rechetnikov, ministre russe du Développement économique. Selon lui, la notion de commerce a été élargie sur proposition russe. Le texte ne vise plus seulement les denrées : il couvre aussi les engrais, les produits chimiques, les semences et les autres biens nécessaires à la production, ainsi que le fret et l'assurance des livraisons.

Cet élargissement change la portée du texte. Le 1er octobre, Maxime Rechetnikov avait expliqué que cette arme était dirigée contre la Russie elle-même, dont on cherche à limiter le commerce agricole. Il avait cité les restrictions qui frappent les semences, les engrais et les produits chimiques. La Russie figure parmi les premiers exportateurs mondiaux de blé et d'engrais. En 2023, Moscou avait d'ailleurs quitté l'accord céréalier de la mer Noire, faute de voir respectés les engagements pris en faveur de ses propres exportations agricoles et d'engrais. Une condamnation qui inclut les intrants, le transport et l'assurance vise précisément ces mécanismes.

Washington revendique le texte, Moscou partage le constat

Les États-Unis présentent la déclaration comme la leur. « Les ministres du Commerce du G20 ont convenu de condamner l'utilisation de l'alimentation comme arme, car elle constitue une menace humanitaire et économique importante », a déclaré le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, pour qui ce commerce sert d'arme depuis des décennies. Le thème figurait parmi les quatre priorités américaines de la réunion.

Sur ce point, la partie russe ne s'y opposait pas, bien au contraire. Le 30 septembre, dans un entretien accordé à Newsweek, Maxime Rechetnikov se disait « entièrement d'accord avec [ses] collègues américains : c'est un problème mondial particulièrement aigu ». Ce sont, ajoutait-il, « les plus pauvres et les plus vulnérables » qui en supportent le poids.

Il contestait en revanche que les trois autres priorités américaines soient les plus urgentes. La suite lui a donné raison : le travail forcé dans les chaînes d'approvisionnement, les surcapacités industrielles et la réforme de la clause de la nation la plus favorisée n'ont réuni aucun consensus. Sur le travail forcé, seuls les États-Unis, le Mexique et l'Argentine ont signé une déclaration commune.

Les Européens tentent de retourner le texte

Les délégations européennes ont voulu en faire une autre lecture. Le 1er octobre, le ministre délégué français au Commerce extérieur, Nicolas Forissier, a jugé qu'« il n'est pas acceptable d'utiliser l'alimentation et l'agriculture comme une arme » dans les conflits. Les représentants français, allemand et britannique ont visé les frappes russes contre les ports ukrainiens de la mer Noire.

Maxime Rechetnikov leur a reproché des « slogans politiques ». Le texte adopté porte en effet sur des mesures commerciales coercitives, c'est-à-dire des restrictions imposées aux échanges, et non sur des opérations militaires. Le même jour, le ministre russe a accusé l'Occident de vouloir briser le système commercial multilatéral, au profit d'arrangements bilatéraux et du « droit du plus fort ».

De Milwaukee à Miami

La réunion de Milwaukee était ministérielle. Elle préparait le sommet des chefs d'État et de gouvernement du G20, prévu en décembre à Miami. Moscou attend que la condamnation de l'usage du commerce alimentaire à des fins politiques y soit portée au niveau de la déclaration finale des dirigeants, a déclaré Maxime Rechetnikov.

Si c'est le cas, une définition qui couvre les engrais, les semences, le fret et l'assurance entrera dans un texte signé au plus haut niveau, y compris par les capitales qui restreignent aujourd'hui ces mêmes flux en provenance de Russie.

Sources

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