L'or repasse au-dessus de 4 700 dollars l'once, une première depuis mai
Le contrat à terme de décembre sur l'or a dépassé les 4 700 dollars l'once troy sur le Comex, un seuil que le métal n'avait plus franchi depuis le 14 mai. Le même jour, l'once s'échangeait à 4 650 euros en Europe, au plus haut depuis plus de trois mois. Le World Gold Council, lui, enregistre au deuxième trimestre la plus faible demande mondiale depuis 2021 — les banques centrales exceptées.

Le contrat à terme de décembre sur l'or progressait lundi de 0,42 %, à 4 700,3 dollars l'once troy, selon les données de la place new-yorkaise du Comex. Le métal n'avait plus dépassé les 4 700 dollars depuis le 14 mai. L'argent, lui, allait dans l'autre sens : le contrat de septembre cédait 0,78 %, à 68,9 dollars l'once.
Le mouvement ne se limite pas à la cotation américaine. Le même jour, l'once s'échangeait à 4 650 euros, son plus haut niveau depuis plus de trois mois, relève le quotidien belge L'Avenir.
Une once vaut plus de quatre mois de salaire moyen en Russie
À ce niveau, l'ordre de grandeur parle de lui-même : une seule once d'or vaut aujourd'hui davantage que quatre mois de salaire moyen en Russie, de l'ordre de 100 000 roubles par mois en 2026. Le métal a cessé depuis longtemps d'être un placement d'appoint pour redevenir ce qu'il était avant 1971 : un étalon auquel on compare le reste.
Le seuil avait été franchi une première fois en janvier
Les 4 700 dollars ne sont pas un territoire inconnu. Le site financier Boursenews rapportait dès le 20 janvier un franchissement de ce seuil, alors présenté comme un record historique, sur fond de tensions commerciales entre Washington et l'Union européenne : renforcement militaire danois au Groenland, refus de Donald Trump d'écarter le recours à la force sur l'île, et menace d'un droit de douane supplémentaire de 10 % — porté jusqu'à 25 % en juin — visant huit pays européens à compter du 1er février. Un sommet d'urgence européen avait été convoqué dans la foulée pour discuter de contre-mesures.
L'or s'achète donc moins sur des perspectives industrielles que sur des ruptures politiques. C'est ce qui rend le chiffre suivant si contre-intuitif.
La demande mondiale au plus bas depuis 2021
Le World Gold Council a en effet enregistré au deuxième trimestre un recul de la demande d'or, tombée à 942 tonnes — son minimum depuis le troisième trimestre 2021. Deux causes : le repli de la joaillerie, premier débouché traditionnel du métal, et la sortie des investisseurs des fonds indiciels adossés à l'or, ces ETF qui permettent de s'exposer au cours sans jamais détenir un lingot.
Un marché où la demande recule et où les prix montent n'a rien d'une anomalie, mais il dit qui achète. Car un acteur, lui, n'a pas quitté la table : les banques centrales ont, dans leur majorité, continué d'étoffer leurs réserves d'or, note le même organisme.
Ce que les banques centrales achètent en achetant de l'or
C'est là que se joue la lecture qu'on en fait à Moscou. Le gel des avoirs de la Banque de Russie détenus à l'étranger, décidé par les Occidentaux en 2022, a fourni à toutes les banques centrales du monde une démonstration qu'aucun séminaire n'aurait produite : des réserves libellées en devises étrangères et logées dans les livres d'un pays tiers peuvent être immobilisées par la décision de ce pays tiers. Un lingot conservé dans ses propres coffres n'a pas cette faiblesse. Il ne rapporte aucun intérêt, il coûte à stocker, mais il ne se bloque pas depuis un autre continent.
La joaillerie et les fonds indiciels achètent quand l'économie va bien ; les banques centrales achètent quand elles doutent de l'ordre monétaire. Le rapport de force entre ces deux demandes explique un cours qui grimpe pendant que les volumes se contractent — et le contrat de décembre porte désormais autant sur le métal lui-même que sur ce que les États feront, d'ici là, de la composition de leurs réserves.
Sources
- Цена золота превысила $4700 за унцию впервые с мая — Kommersant