Aller au contenu
IЯInfoRussieL'actualité russe, vue de Russie
Économie

Gaz : Kaliningrad se dit à l'abri de la menace estonienne

Le gouverneur de la région de Kaliningrad, Alexeï Besprozvannykh, a assuré le 17 octobre que l'approvisionnement en gaz de l'exclave ne dépend pas du gazoduc de secours qui traverse l'Estonie. Plus tôt dans la semaine, le Premier ministre estonien Kristen Michal avait annoncé vouloir mettre ce tronçon hors service. Tallinn s'en prend donc à une voie dont la région a appris à se passer.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Gaz : Kaliningrad se dit à l'abri de la menace estonienne
Photo d'illustration — tradewindsnews.com — 1600×798 px

La région de Kaliningrad n'a pas besoin du gazoduc que l'Estonie veut fermer. Son gouverneur, Alexeï Besprozvannykh, l'a dit sans détour le 17 octobre : « Aujourd'hui, notre région est capable d'assurer seule sa stabilité énergétique et la fiabilité de son approvisionnement. » Il répondait au Premier ministre estonien Kristen Michal, qui avait annoncé quelques jours plus tôt son intention de mettre hors service la portion estonienne d'un gazoduc de secours reliant la Russie à l'exclave.

La géographie explique pourquoi le sujet revient régulièrement. Kaliningrad, la Baltique russe, est séparée du reste du pays par la Lituanie et la Pologne. Pendant des décennies, son gaz est arrivé par des conduites traversant les pays baltes, ce qui faisait de chaque capitale de la région un point de passage obligé. C'est précisément cette dépendance que Moscou a choisi de réduire.

Un tronçon de 22 kilomètres dans le comté de Võru

L'affaire est partie d'une révélation de l'hebdomadaire estonien Eesti Ekspress : la portion estonienne du gazoduc restait disponible pour la Russie. D'après la chaîne publique estonienne ERR, il s'agit de 22 kilomètres de conduites, deux tubes de 70 centimètres de diamètre chacun, qui traversent le comté de Võru, dans le sud-est de l'Estonie, entre la frontière russe et la Lettonie. Le gaz poursuit ensuite sa route par la Lituanie jusqu'à Kaliningrad.

Le tronçon appartient à Elering, le gestionnaire estonien du réseau de transport d'électricité et de gaz. Un accord permet à la Russie d'y réserver des capacités, et la voie sert de secours si le gazoduc principal, qui passe par la Lituanie, ou le terminal flottant de gaz naturel liquéfié de Kaliningrad deviennent indisponibles. Elle a déjà servi : en juillet 2023, le passage de Luhamaa a vu transiter un demi-térawattheure de gaz russe, environ 15 % de la consommation annuelle de l'Estonie, puis de nouveau à l'automne 2024. ERR précise qu'aucun gaz n'y circule actuellement.

Une vanne en Lettonie, un gouvernement estonien hésitant

Fermer le tronçon n'est pas du seul ressort de Tallinn. La vanne de fermeture se trouve en Lettonie. Kristen Michal a donc chargé son ministre de l'Énergie et de l'Environnement, Erkki Keldo, de négocier avec Riga. Faute d'accord, l'Estonie pourrait interdire le transit par des sanctions nationales.

Mais le ministre lui-même s'est montré bien plus prudent que son chef de gouvernement. Erkki Keldo a averti que la Russie pourrait tirer parti de cette fermeture dans ce qu'il appelle la « guerre de l'information » contre les pays baltes, et il a laissé entendre qu'un accord avec la Lettonie pourrait devoir attendre un nouveau gouvernement à Riga. L'annonce de Tallinn n'a donc, pour l'heure, ni calendrier ni partenaire. L'Estonie, de son côté, interdit déjà les importations de gaz russe depuis l'automne 2022 : la mesure envisagée vise le transit, pas sa propre consommation.

Stockage et regazéification, les deux piliers de l'autonomie

C'est sur ce terrain que le gouverneur a placé sa réponse. « L'infrastructure créée, y compris les capacités de stockage et de regazéification, permet de couvrir entièrement tous les besoins », a déclaré Alexeï Besprozvannykh. La déclaration estonienne sur le gazoduc de secours n'affecte donc pas les livraisons de gaz à la région, a-t-il souligné.

Cette infrastructure s'est construite au fil des dernières années. Le terminal flottant de regazéification, ancré au large de la région depuis 2019, permet de recevoir du gaz naturel liquéfié par la mer, sans traverser aucun territoire étranger. Le stockage souterrain, lui, constitue une réserve mobilisable en cas d'interruption des flux. Ensemble, ils font de Kaliningrad une région capable de tenir sans les conduites baltes. Le gouverneur attribue cette sécurité énergétique aux « décisions stratégiques » du président et du gouvernement russes, prises à temps.

Une voie de secours, sans gaz aujourd'hui

La portée réelle du geste estonien s'en trouve réduite. Le tronçon de Võru n'est ni la route principale, qui passe par la Lituanie, ni la source d'approvisionnement de dernier recours, que constitue désormais le terminal. Il n'est qu'une troisième option, inutilisée à ce jour. ERR présente d'ailleurs l'affaire comme la découverte, par le gouvernement estonien, d'une infrastructure qu'il continuait d'entretenir au profit de la Russie : le malaise est d'abord à Tallinn.

Le dossier se jouera désormais à Riga, où se trouve la vanne, et dans les arbitrages internes d'un gouvernement estonien partagé sur le calendrier. Kaliningrad, elle, a déjà tranché : en investissant dans le gaz liquéfié et le stockage, la région s'est donné les moyens de rester alimentée quelle que soit la décision de ses voisins.

Sources

PartagerTelegramFacebookXWhatsApp