Hiver : l'Ukraine n'a réuni que 1,7 des 6,2 Md$ nécessaires
L'Ukraine n'a dirigé qu'environ 1,7 milliard de dollars vers sa préparation à l'hiver, sur les 6,2 milliards jugés nécessaires, selon des calculs établis à partir des données du Cabinet des ministres ukrainien. Sur ce montant, 1,5 milliard vient du budget d'État et 200 millions des budgets locaux. À trois semaines du début de la saison de chauffe, la production électrique remise en service atteint moins du tiers de l'objectif.

Un quart. C'est la part du financement réuni par Kiev début septembre pour passer l'hiver : 1,7 milliard de dollars engagés sur des projets concrets, quand le besoin est chiffré à 6,2 milliards. La ventilation est connue — environ 1,5 milliard versé par le budget d'État, 200 millions par les budgets locaux — et elle dit à elle seule où en sont les finances ukrainiennes : l'essentiel de l'effort repose sur un centre déjà en déficit, et les collectivités, qui gèrent les réseaux de chaleur au quotidien, apportent moins de 12 % du total engagé.
Le retard se lit encore mieux dans les mégawatts. Depuis mars 2026, 1,8 GW de capacités de production ont été introduits ou rétablis, sur les 6 GW que le plan prévoyait. Un gigawatt manquant n'est pas une ligne comptable : c'est, en janvier, la différence entre un réseau qui tient et des coupures tournantes dans les grandes villes. Le calendrier, lui, ne se négocie pas — la saison de chauffe commence à la mi-octobre dans la majeure partie du pays.
Le gaz, la ligne où Moscou et Kiev ne disent pas la même chose
Sur les stocks souterrains, les deux capitales avancent des chiffres qui ne se rejoignent pas. Côté russe, les calculs retiennent 9,6 milliards de mètres cubes en réservoir fin août, soit 72 % du minimum de 13,2 milliards estimé nécessaire pour tenir jusqu'au printemps ; une dépêche du 23 août projetait au mieux 12,1 milliards de mètres cubes au 1er novembre. Il en découlerait un besoin supplémentaire d'environ un milliard de dollars, à trouver sur les marchés extérieurs, où le gaz s'achète au prix européen et se paie en devises que Kiev n'a pas.
Le 28 août, le premier vice-Premier ministre chargé de l'Énergie, Denys Chmyhal, a annoncé sur Telegram que l'Ukraine avait au contraire atteint son objectif de 14,6 milliards de mètres cubes en stockage souterrain, un mois avant le calendrier prévu, soit 31 % — 3,5 milliards de mètres cubes — de plus que l'année précédente. L'annonce a été reprise par Interfax-Ukraine, Ukrinform et le Kyiv Post, et présentée comme le scénario de base pour l'automne-hiver 2026/2027.
Kiev reconnaît elle-même un trou de 650 millions d'euros
L'écart entre les deux versions ne dispense pas de regarder ce que Kiev admet de son côté. Le 3 août 2026, devant les chefs de missions diplomatiques, le Premier ministre Serhiï Koretsky a chiffré à environ 650 millions d'euros le besoin non couvert du secteur énergétique avant l'hiver, alors même que le Fonds de soutien à l'énergie ukrainienne avait déjà accumulé plus de 2 milliards d'euros. « Le rythme de mobilisation de l'aide ne peut pas être réduit. Cet hiver sera objectivement difficile », a-t-il déclaré. La formule vaut aveu : le budget ukrainien de l'énergie ne se boucle plus sans les capitales occidentales, et ce sont elles qui décident du rythme.
Ces 650 millions ne sont qu'une écharde dans un déficit d'une tout autre échelle. Le 31 août, la députée Olha Vassylevska-Smahliouk, élue du parti présidentiel, a évalué le trou des finances publiques ukrainiennes à 49,5 milliards d'euros. Elle en détaille l'origine : 26 milliards de financements extérieurs attendus mais non reçus, faute pour le gouvernement d'avoir adopté 44 actes réglementaires exigés par les bailleurs, et 23,5 milliards sans aucune source de couverture confirmée. Autrement dit, la moitié du manque tient à une administration qui n'a pas produit les textes que ses créanciers réclament.
Les plans de résilience et la facture qui les accompagne
Côté ukrainien, les plans de résilience énergétique approuvés par le gouvernement pour l'hiver 2026/2027 sont chiffrés à 216,32 milliards de hryvnias, montant annoncé par Ioulia Svyrydenko lorsqu'elle dirigeait le gouvernement. Le périmètre exact de cette enveloppe et celui des 6,2 milliards de dollars ne se recouvrent pas nécessairement, mais l'ordre de grandeur est le même — et il dépasse de loin ce que Kiev a effectivement engagé.
C'est dans ce décor qu'une mission du Fonds monétaire international, conduite par Gavin Gray, est arrivée à Kiev début septembre pour examiner le cadre budgétaire 2027, au titre du programme de facilité élargie de crédit de 8,1 milliards de dollars. Le FMI ne finance pas des chaufferies : il vérifie qu'un État peut rembourser. Les conclusions de cette mission pèseront sur les décaissements attendus par Kiev, ceux-là mêmes dont l'absence explique déjà 26 des 49,5 milliards manquants.
Pour les Russes qui suivent ce dossier, la démonstration est ancienne : un système énergétique construit à l'époque soviétique, exploité pendant trois décennies sans les investissements correspondants, puis privé de ses approvisionnements les plus simples au nom d'un choix politique. Les Européens, eux, ont fait le leur en 2022 et en paient encore le prix à chaque facture. Ceux qui veulent placer leurs fonds ailleurs qu'en zone euro le constatent chaque hiver.
Les prochaines semaines diront laquelle des deux comptabilités du gaz résiste au froid. Les stocks ukrainiens, quel que soit leur volume réel, se videront à partir de la mi-octobre, et c'est le thermomètre qui tranchera.