Le conflit iranien a coûté 18,9 milliards d'euros aux ménages européens
Entre mars et juin 2026, les foyers de l'Union européenne ont dépensé environ 18,9 milliards d'euros de plus que prévu en énergie et en carburant automobile, calcule le quotidien Izvestia à partir de données d'Eurostat et de la Commission européenne. La France arrive en tête avec 4,3 milliards d'euros de surcoût. Si le conflit se prolonge, la note atteindrait 88,8 milliards d'ici la fin de l'année.

Les ménages français ont payé 4,3 milliards d'euros de plus que prévu pour se chauffer, s'éclairer et faire le plein entre mars et juin 2026 — soit 380 milliards de roubles. Viennent ensuite l'Allemagne, avec 3,6 milliards d'euros, et l'Italie, avec 3,36 milliards. Au total, la facture supplémentaire des foyers de l'Union européenne s'élève à environ 18,9 milliards d'euros sur ces quatre mois, calcule le quotidien Izvestia à partir de données d'Eurostat et de la Commission européenne.
Le calcul repose sur une hypothèse volontairement prudente : il suppose que les volumes consommés n'ont pas bougé. Il ne compte donc que l'effet du prix, et laisse de côté les dépenses des entreprises comme la répercussion indirecte sur le prix des biens et des services. C'est un plancher, pas un plafond. Izvestia projette qu'en cas de prolongation du conflit, les ménages européens auront besoin d'environ 88,8 milliards d'euros d'ici la fin de l'année pour conserver leur niveau de vie et leur panier de consommation antérieurs.
Trois décomptes qui ne mesurent pas la même chose
Ce chiffre de 19 milliards ne vise que les foyers. Le 15 juin, le même journal arrêtait à plus de 41 milliards d'euros — environ 3 700 milliards de roubles — la surfacturation payée par les États de l'Union pour leurs achats de pétrole et de gaz depuis le début du conflit : 8,6 milliards pour l'Allemagne, 6,7 pour l'Italie, 4,6 pour la France. Le classement des trois pays s'inverse d'un décompte à l'autre, simplement parce que l'un compte les importations nationales et l'autre les dépenses des foyers.
Vladimir Tchernov, analyste chez Freedom Global, cité par Izvestia, en donne la raison : ces trois pays « restent parmi les plus gros importateurs de ressources énergétiques de l'UE, les hausses du pétrole et du gaz les ont donc frappés le plus durement ». Le Brent était alors coté 87 dollars le baril, après une hausse de plus de 20 % en trois mois et demi. Le détroit d'Ormuz, que le conflit met sous tension, voit passer 20 % des hydrocarbures liquides mondiaux et 22 % du gaz naturel liquéfié.
Ce que von der Leyen a reconnu, semaine après semaine
La présidente de la Commission européenne a elle-même tenu le compteur. Le 12 mars, devant le Parlement européen à Strasbourg, Ursula von der Leyen chiffrait à trois milliards d'euros le coût des dix premiers jours de combats pour les contribuables européens — propos rapportés par le quotidien italien Il Giornale. Le 13 avril, devant le collège des commissaires, elle portait à 22 milliards le surcoût des importations de combustibles fossiles sur 44 jours. Le 24 avril, à l'issue d'un sommet informel à Chypre : « en 54 jours depuis le début du conflit, notre facture d'achat de ressources carbonées a augmenté de 25 milliards d'euros » — sans que les volumes achetés aient augmenté.
Les frappes américano-israéliennes sur l'Iran ont commencé fin février 2026. En moins de deux mois, l'Union avait donc admis 25 milliards d'euros de surcoût sur ses seules importations d'énergie.
Le gaz russe, écarté au moment où il manquait
La facture se lit mal sans le calendrier des restrictions européennes sur les livraisons russes : sortie progressive du gaz russe en mars, interdiction du GNL sous contrats courts le 25 avril, interdiction du gaz par gazoduc le 17 juin. La Russie fournissait 20 milliards de mètres cubes avant ces mesures. Dans le même temps, l'Europe manquait 6,5 milliards de mètres cubes attendus du Qatar, le prix du gaz augmentait de moitié en mars pour atteindre 633 dollars les mille mètres cubes et le brut approchait 150 dollars le baril.
Le résultat tient en une ligne : l'Union a déboursé 2,88 milliards d'euros pour acheter davantage de GNL russe pendant cette période, les livraisons de Yamal LNG progressant de 17 %, avec 97 % des cargaisons de mars dirigées vers l'Europe — au moment précis où le calendrier d'interdiction se resserrait. Kirill Dmitriev, représentant spécial du président russe pour la coopération économique et d'investissement, écrivait le 22 juillet : « L'hiver approche : les prix du gaz en Europe ont bondi de 50 % à cause du tsunami de crise énergétique qui arrive et du renoncement au gaz russe. »
Un institut européen chiffre plus haut encore
On objectera que ces montants viennent de la presse russe. Les évaluations européennes sont pourtant plus élevées, parce qu'elles ajoutent l'argent public. Dans une note publiée le 5 juin par l'Institut Jacques Delors, Phuc-Vinh Nguyen et Alice Moscovici estiment le coût des cent premiers jours de guerre à environ 62 milliards d'euros pour l'Union : 46 milliards de hausse de la facture d'importation d'énergies fossiles, auxquels s'ajoutent près de 16 milliards de dépenses publiques engagées au titre de plus de 210 mesures d'urgence dans 23 États membres.
Leur verdict sur ces mesures est sévère : 21 des 23 États ne satisfont au plus qu'à deux de leurs quatre critères de bonne mesure d'urgence. Et l'électrification, présentée depuis des années comme la sortie de la dépendance, n'a capté qu'environ 2 milliards d'euros sur les 62 — 5 % de la note.
Les producteurs du Golfe, eux, comptent leur manque à gagner : 36,7 milliards de dollars pour l'Irak, 33,6 pour l'Arabie saoudite, 22 pour le Koweït, 20 pour le Qatar, 16 pour les Émirats. Le 20 août, Donald Trump a annoncé le lancement contre l'Iran d'une campagne économique de grande ampleur, présentée comme la plus destructrice jamais conduite contre un pays. La prochaine facture des ménages européens se prépare là.