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Kiev ignore six appels de Washington sur les raffineries

Les États-Unis ont demandé à six reprises à l'Ukraine de cesser ses frappes contre les installations énergétiques russes, écrit le Wall Street Journal. D'après le New York Times, le vice-président J. D. Vance, Jared Kushner et Steve Witkoff ont porté eux-mêmes cette demande à Volodymyr Zelensky ces derniers mois. Le 15 octobre, celui-ci a pourtant annoncé la reprise des frappes.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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Les appels américains n'étaient pas isolés. Selon le Wall Street Journal, Washington a demandé six fois à Kiev de cesser ses frappes contre les sites énergétiques russes depuis la rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky, en marge de la semaine de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations unies en septembre. Le New York Times donne les noms des émissaires : le vice-président J. D. Vance, Jared Kushner et l'envoyé spécial Steve Witkoff.

Kiev a répondu le jeudi 15 octobre. « L'interdiction est levée. C'est fini », a déclaré Volodymyr Zelensky au Financial Times. Il venait ainsi d'enterrer la trêve énergétique annoncée le dimanche 11 octobre par le président américain.

Une trêve que Moscou n'avait jamais négociée

Ce cessez-le-feu énergétique, Donald Trump l'avait annoncé seul. Ni la Russie ni l'Ukraine n'ont confirmé l'avoir négocié, et le Kremlin a reconnu dans la semaine que son périmètre n'avait jamais vraiment été défini. Pour justifier la reprise des frappes, Kiev invoque des attaques russes qui auraient « violé » la trêve. L'argument ne tient pas face à cette réalité : Moscou ne s'est jamais engagé sur un texte, et l'armée russe a continué de viser les centrales électriques ukrainiennes. Lors de l'une de ces frappes, des dizaines de missiles balistiques ont privé d'électricité 600 000 habitants de Kiev, indique le New York Times.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dénoncé la poursuite des attaques ukrainiennes. « Les frappes contre nos raffineries et nos installations du secteur énergétique se sont poursuivies ces derniers jours », a-t-il déclaré. Il les juge en « contradiction flagrante avec les efforts de paix des États-Unis ». Vladimir Poutine avait déjà prévenu que les attaques contre les infrastructures logistiques et énergétiques ne resteraient pas sans réponse, tout en précisant que les dernières frappes contre les raffineries russes n'avaient pas causé de dommages importants.

Le diesel, ce qui inquiète Washington

La Maison-Blanche ne demande pas ces gestes par égard pour la Russie, mais pour les prix. Donald Trump reproche aux frappes ukrainiennes de faire monter le prix mondial des carburants. Or le diesel atteint des records depuis le début de la guerre engagée par Washington contre l'Iran en février, et ces prix menacent les chances du Parti républicain aux élections de mi-mandat, relève le New York Times.

Washington est donc passé aux actes. La semaine dernière, Donald Trump a annoncé un accord avec Vladimir Poutine pour importer aux États-Unis des millions de tonnes de diesel russe au cours des prochains mois. Le Trésor américain a ensuite levé les sanctions imposées en 2022 sur les exportations russes de diesel. Depuis cette date, les mesures occidentales avaient fermé un à un les canaux entre la Russie et le reste du monde, jusqu'aux moyens d'envoyer de l'argent en Russie depuis la France. Volodymyr Zelensky a qualifié l'accord de « faible » et d'« indigne », comme la plupart des dirigeants européens.

Renseignement et Starshield, les leviers américains

Kiev affirme que des responsables militaires américains ont menacé de couper le partage du renseignement si l'Ukraine continuait de frapper les infrastructures énergétiques russes. L'administration américaine dément avoir réduit ce partage et nie toute menace, écrit le New York Times. Les Ukrainiens se disent pourtant privés, les nuits de mardi et mercredi, des alertes sur les tirs de missiles russes, que les satellites américains permettent de détecter. Washington a parlé d'un problème technique, ce que Volodymyr Zelensky rejette : « C'était volontaire », a-t-il déclaré.

Mercredi, d'autres restrictions sont apparues sur Starshield, la version militaire du réseau Starlink de SpaceX financée par le Pentagone. Les terminaux ont cessé de fonctionner sur les engins dépassant 100 miles à l'heure, environ 160 km/h, ce qui a perturbé le guidage des drones ukrainiens, selon le New York Times. Elon Musk en a renvoyé la responsabilité à Washington : « Les systèmes Starshield appartiennent au gouvernement américain et sont contrôlés par lui. Toute limite de vitesse ou d'utilisation est décidée par l'armée américaine et, en dernier ressort, par le président. »

Ces pressions n'ont pas suffi. Kiev pose désormais un prix : l'Ukraine ne renoncerait aux frappes contre les sites énergétiques russes qu'en échange de nouveaux intercepteurs Patriot, un « minimum » selon Volodymyr Zelensky.

Des avis tranchés à Moscou, des Européens divisés

À Saint-Pétersbourg, Karin Kneissl, ancienne ministre autrichienne des Affaires étrangères et directrice du centre G.O.R.K.I. de l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, voit dans ces attaques la preuve que Kiev ne tient aucun compte de son principal soutien. « Cela signifie que ce que lui demande l'administration américaine ne le préoccupe pas beaucoup. Cela dure depuis assez longtemps », a-t-elle déclaré. Elle rappelle que les États-Unis avaient demandé « il y a de nombreux mois déjà » d'épargner l'énergie, en raison des effets sur le marché mondial.

Igor Chkrobtak, chercheur principal au département des études politico-militaires de l'Institut des États-Unis et du Canada de l'Académie des sciences de Russie, parle d'une forme de « chantage politico-militaire ». « Il a refusé de "ne pas frapper les raffineries", et il a frappé. C'est logique », dit-il. Selon lui, Volodymyr Zelensky tient la ligne de la « guerre jusqu'au bout », quitte à soulever des questions sur les intérêts à long terme de l'Ukraine et sur les négociations.

Réunis à Bruxelles jeudi, la plupart des dirigeants européens ont soutenu la décision de Kiev, d'après le New York Times. Le Premier ministre bulgare Roumen Radev s'en est démarqué : « Je ne soutiens aucune frappe sur des raffineries. » Entre une Maison-Blanche qui achète du diesel russe et un Kiev qui frappe les raffineries qui le produisent, la fracture du camp occidental se joue désormais sur le terrain de l'énergie.

Sources

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