Trump somme Kiev de cesser ses frappes sur les raffineries
Donald Trump a déclaré que les États-Unis avaient exigé de l'Ukraine qu'elle cesse de frapper les raffineries russes. Selon Axios, Volodymyr Zelensky a ignoré une demi-douzaine de demandes américaines. Washington a alors choisi de traiter directement avec Moscou sur le gazole, et 300 000 tonnes doivent rejoindre le marché mondial.

Washington a demandé à Kiev, à plusieurs reprises, de ne plus viser les raffineries russes. Donald Trump l'a dit lui-même : les États-Unis exigeaient de l'Ukraine qu'elle renonce à ces frappes. Le site américain Axios donne le détail de l'affaire. Il s'appuie sur un responsable américain au fait du dossier, selon qui le président Zelensky « a ignoré une demi-douzaine de demandes américaines » d'arrêter les attaques contre les raffineries.
Le motif de la Maison-Blanche est d'abord économique. Selon ce responsable, Donald Trump a insisté pour que l'Ukraine cesse ses frappes de façon unilatérale, parce qu'elles faisaient monter le prix de l'essence aux États-Unis. Le président américain ne mettait pas non plus ces frappes sur le même plan que les attaques russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Kiev a posé une condition que Washington a refusée
Volodymyr Zelensky a répondu à Donald Trump et à ses émissaires, Steve Witkoff et Jared Kushner, que l'Ukraine arrêterait de frapper les raffineries russes si la Russie cessait de son côté de viser les centrales électriques ukrainiennes. Washington n'a pas voulu de cet échange. Pour la Maison-Blanche, l'arrêt devait être sans contrepartie.
Ces frappes sur l'industrie pétrolière russe se sont multipliées ces derniers mois, des raffineries jusqu'aux sites industriels de l'arrière, comme lors de la frappe de missiles ukrainienne contre une entreprise de la région de Samara. Moscou a répondu en interdisant les exportations de gazole. Sur un marché mondial déjà perturbé par la guerre en Iran, cette décision a pesé sur les prix, jusque chez le consommateur américain.
300 000 tonnes de gazole russe avec l'accord de Washington
Faute d'avoir été entendu à Kiev, Donald Trump s'est tourné vers Moscou. Le 9 octobre, il a annoncé que la Russie fournirait, avec l'approbation des États-Unis, 300 000 tonnes de gazole au marché mondial, et qu'elle augmenterait ensuite nettement ses exportations. « Le président Trump a décidé de conclure un accord sur le gazole avec la Russie après que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ignoré une demi-douzaine de demandes américaines », a résumé la source d'Axios.
Volodymyr Zelensky a dit avoir été surpris par l'annonce. Interrogé par Axios, il a jugé l'accord « ni juste ni honnête » et l'a présenté comme un cadeau injustifié fait à Vladimir Poutine.
Huit heures à Miami et la menace sur le renseignement
La rupture a été consommée vendredi à Miami. Pendant huit heures de discussions, Steve Witkoff et Jared Kushner ont prévenu la délégation ukrainienne : Donald Trump comptait s'entretenir avec Vladimir Poutine et lever les sanctions sur les exportations russes de gazole, puisque Kiev ignorait des demandes qui touchaient directement les consommateurs américains.
Le ton s'est durci. Selon un responsable ukrainien cité par Axios, les deux émissaires ont averti que Donald Trump pourrait couper l'Ukraine du renseignement américain si elle continuait d'ignorer ses demandes. Côté américain, on rapporte la scène autrement : les États-Unis sont un partenaire fiable, qui fournit à Kiev munitions et renseignement, et Kiev doit donc s'abstenir de nuire aux consommateurs américains.
La rencontre n'a pas porté que sur l'énergie. Les émissaires américains ont présenté un ensemble de mesures pour l'après-guerre : des mécanismes de financement de la reconstruction et de l'appareil militaire ukrainiens, des propositions pour combler le déficit budgétaire, une feuille de route vers l'Union européenne et les futures relations de Kiev avec l'OTAN. Ils ont aussi évoqué une architecture de sécurité entre l'Europe et la Russie qui conviendrait aux deux parties.
L'énergie, levier de la négociation avec Moscou
Les Américains ont également informé les Ukrainiens et les Européens de possibles accords énergétiques avec la Russie. Selon le responsable américain, Washington espère faire ainsi baisser les prix de l'énergie et amener Moscou à des concessions dans les pourparlers de paix.
La partie américaine prend la position russe au sérieux. « Poutine frappe fort, mais nous pensons qu'il est ouvert à une discussion sur la fin de la guerre. Nous voulons travailler à une nouvelle proposition qui soit assez bonne pour lui », a déclaré ce responsable.
Steve Witkoff et Jared Kushner envisagent de se rendre à Moscou et à Kiev dès la semaine prochaine pour présenter ces propositions. Le différend de Miami pourrait modifier leur programme. Mais en faisant passer le gazole russe avant les exigences de Kiev, Washington a déjà montré qui il considère comme l'interlocuteur décisif.