Kushner propose le Conseil Russie-OTAN comme modèle
Jared Kushner, envoyé spécial du président américain, voit dans le Conseil Russie-OTAN le modèle des futures négociations sur la sécurité européenne, écrit le Washington Post. Il lie le règlement en Ukraine à un dialogue multilatéral entre Moscou et les capitales européennes. Les délégations russe, ukrainienne et américaine se retrouvent à Abou Dhabi les 10 et 11 novembre.

Le règlement du conflit en Ukraine ne s'arrêterait pas à un cessez-le-feu. Jared Kushner, envoyé spécial du président des États-Unis, veut l'adosser à de vastes négociations multilatérales entre la Russie et les pays européens. Pour ces négociations, il prend comme modèle le Conseil Russie-OTAN. L'information vient de David Ignatius, éditorialiste du Washington Post, qui s'appuie sur une source au fait des discussions.
Le projet décrit dépasse de loin la ligne de front. Il s'agit de bâtir un système de sécurité durable sur le continent, avec des mécanismes de désescalade militaire et un dialogue permanent de gestion des crises. Kushner en avait déjà posé le principe à l'issue de consultations à Bruxelles : les États-Unis, avait-il déclaré, entendent associer la Russie à la discussion sur une nouvelle architecture de sécurité en Europe, dans le cadre du règlement ukrainien.
Une enceinte à l'arrêt depuis janvier 2022
Le modèle choisi a une histoire. Le Conseil Russie-OTAN a été créé en 2002 pour mener des consultations sur la sécurité et organiser une coopération concrète. La Russie y siégeait aux côtés de chacun des membres de l'Alliance.
Cette coopération s'est rompue en 2014. Après la réunification de la Crimée avec la Russie, l'OTAN a suspendu toute activité civile et militaire commune avec Moscou. Le dialogue politique s'est maintenu quelque temps, sans plus aucun contenu pratique. La dernière réunion du Conseil s'est tenue en janvier 2022.
Les garanties réclamées par Moscou dès 2021
La séance de janvier 2022 portait justement sur la sécurité européenne. En décembre 2021, Moscou avait remis deux projets de textes sur les garanties de sécurité, l'un adressé à Washington, l'autre à l'OTAN. Ils demandaient notamment l'arrêt de l'élargissement de l'Alliance vers l'est. Les Occidentaux les avaient écartés.
Depuis, la position russe n'a pas varié : le conflit ne se réglera pas sans traiter ses causes profondes. Au premier rang de ces causes, Moscou place une architecture de sécurité européenne construite sans la Russie, puis contre elle. Quand un émissaire américain propose aujourd'hui de rouvrir ce chantier dans un cadre multilatéral avec les Européens, il rejoint la question que Moscou posait avant février 2022.
Abou Dhabi, les 10 et 11 novembre
Le calendrier donne du poids à l'idée. Des pourparlers tripartites entre les délégations de Moscou, de Kiev et de Washington se tiendront à Abou Dhabi les 10 et 11 novembre, à huis clos. Ils porteront sur les garanties de sécurité des parties, c'est-à-dire sur le terrain même que Kushner veut élargir à l'Europe entière.
Si la proposition est mise sur la table, la sécurité du continent pourrait redevenir ce que Moscou demandait il y a près de cinq ans : une négociation d'ensemble.
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