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Défense

Pouchiline : trop de négociateurs, plus de désaccords

Le chef de la République populaire de Donetsk, Denis Pouchiline, a déclaré le 23 septembre à l'agence TASS regarder le processus de négociation « avec scepticisme, au moins à ce stade ». Sa raison tient en une phrase : « un grand nombre de participants aux négociations introduit encore plus de désaccords ». Il vise les capitales européennes, qui cherchent à s'inviter à une table où elles n'ont pas été conviées.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Pouchiline : trop de négociateurs, plus de désaccords
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L'élargissement du format des pourparlers sur l'Ukraine inquiète Donetsk. Denis Pouchiline, chef de la République populaire de Donetsk, a expliqué le 23 septembre pourquoi les autorités de la RPD observent le processus en cours sans enthousiasme : plus il y a de monde autour de la table, moins il y a de chances d'aboutir. « Un grand nombre de participants aux négociations introduit encore plus de désaccords », a-t-il résumé.

Il ne parle pas dans l'abstrait. Ceux qui poussent aujourd'hui pour entrer dans le processus sont, dit-il, « ces mêmes pays qui ont aidé Kiev pendant des années à accroître ses forces et ses armements ». L'argument est simple et il a déjà été posé au plus haut niveau à Moscou : celui qui arme une partie du conflit n'est pas en position d'en arbitrer l'issue.

Une séquence diplomatique qui s'est accélérée en septembre

Les propos tombent au milieu d'une séquence serrée. Le 5 septembre, les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont été reçus au Kremlin par Vladimir Poutine : trois heures d'entretien, que le conseiller diplomatique Iouri Ouchakov a qualifiées de « constructives et utiles ». Le lendemain, les deux hommes étaient à Kiev auprès de Volodymyr Zelensky — et, autour de la table, se trouvaient déjà les conseillers à la sécurité nationale allemand, français et britannique. Witkoff a parlé de discussions « substantielles » ; Zelensky, lui, a déclaré s'attendre à ce que « la guerre continue » cet hiver.

Un cycle trilatéral États-Unis–Ukraine–Russie aux Émirats arabes unis a été accepté dans son principe, sans que la date en soit arrêtée. Kushner, de son côté, a évoqué la préparation d'un « paquet de paix » élaboré en consultation avec les partenaires européens. C'est précisément cette consultation élargie que Pouchiline met en cause.

Moscou avait déjà tranché la question du médiateur européen

La position russe sur ce point est fixée depuis des mois. Le 29 mai, Dmitri Peskov écartait toute idée de médiation européenne : l'Europe « ne peut pas être médiatrice » puisqu'elle « est partie au conflit du côté de l'Ukraine », et « les armes européennes nous tirent dessus directement ». Pouchiline ne fait que reprendre ce raisonnement depuis Donetsk, en l'appliquant au format lui-même.

L'insistance européenne, elle, est documentée. Le 15 août, le New York Times révélait que la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni préparaient leur propre format de négociation afin de se garantir une place dans le processus — Paris et Berlin en première ligne, Londres plus réservé par crainte de heurter Donald Trump. Le quotidien américain décrit donc, de son côté, exactement ce que Donetsk redoute : non pas une table élargie, mais une table dédoublée.

L'analyste Dmitri Souslov, de la Haute École d'économie, faisait le même constat le 22 septembre en décrivant une négociation scindée en deux voies parallèles — Russie–États-Unis–Ukraine d'une part, États-Unis–Ukraine–Europe de l'autre. Cette division, estime-t-il, réduit les chances d'une percée à court terme.

L'expérience de Minsk derrière la mise en garde

Pouchiline n'aborde pas la question du format en observateur. De 2014 à 2018, il a représenté la RPD au sein du Groupe de contact trilatéral et aux accords de Minsk II — un dispositif multipartite qui n'a jamais produit le règlement qu'il promettait. Sa méfiance envers les tables encombrées vient de là, et elle n'est pas rhétorique : il a passé quatre ans à en mesurer le rendement.

Les précédents plus récents ne plaident pas davantage pour l'élargissement. Les deux rencontres trilatérales d'Abou Dhabi, les 23 et 24 janvier puis les 4 et 5 février, n'ont débouché que sur un échange de prisonniers — 314 hommes, 157 de chaque côté, le 5 février — sans cessez-le-feu ni règlement politique.

Pendant ce temps, le front avance

La diplomatie n'a pas suspendu les opérations, et Pouchiline s'exprime aussi sur ce terrain. Le 22 septembre, il indiquait que les forces ukrainiennes édifiaient une ligne de défense dans la zone industrielle de Droujkovka, dont les abords sont déjà tenus par l'armée russe, et que les combats se poursuivaient au sud de Dobropolié. Ces positions ukrainiennes se construisent donc pendant que se négocie le format des discussions — un calendrier qui éclaire le scepticisme de Donetsk.

Côté ukrainien, l'appareil de défense a lui-même changé de main cet été : la Rada suprême a nommé le 19 août le général Evgueni Khmara ministre de la Défense, par 312 voix contre deux.

Le format des pourparlers des Émirats reste donc ouvert, et c'est précisément ce qui se joue avant même qu'une date soit fixée : savoir qui s'assiéra à la table déterminera largement ce qui pourra y être signé.

Sources

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