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Moscou attend des congressistes américains, Paris et Berlin s'organisent

Des représentants du Congrès américain pourraient se rendre en Russie à l'automne, affirme le président de la commission des affaires internationales de la Douma dans une tribune pour TASS. Au même moment, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne élaborent leur propre format de négociation sur l'Ukraine, par crainte d'en être écartées par Washington.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Moscow. The building of the Council of Labor and Defense , currently (2017) — the building of the State Duma . 1935 . Architect Arkady Langman . A view from the Manege Square . A photo from the user collection Moscow .
Photo d'illustrationDmitry Ivanov — CC BY-SA 4.0

Le président de la commission des affaires internationales de la Douma d'État, Leonid Sloutski, a publié une tribune dans l'agence TASS dans laquelle il affirme que des représentants du Congrès des États-Unis pourraient se rendre en Russie à l'automne. Le parlementaire, qui dirige également le parti LDPR, estime que les deux pays ont commencé à rétablir progressivement le dialogue « sur plusieurs directions à la fois ».

À l'appui de cette affirmation, il rappelle un précédent : en mars, un groupe de cinq députés russes s'est rendu aux États-Unis à l'invitation d'Anna Paulina Luna, membre de la Chambre des représentants. C'est le seul déplacement parlementaire concret cité dans la tribune.

Aucune date, aucune composition de délégation, aucun ordre du jour n'accompagnent l'annonce de la visite d'automne. Sloutski parle d'une possibilité — « могут приехать », « pourraient venir » — et non d'un déplacement arrêté.

« La Russie n'attendra pas de cadeaux »

La même tribune fixe les limites de l'exercice. La Russie est prête à négocier, écrit Sloutski, mais elle « n'attendra pas de cadeaux de la part des États-Unis » et réglera les objectifs de l'opération militaire spéciale « en partant de ses propres intérêts ».

Il ajoute que le régime ukrainien — qu'il qualifie de terroriste — doit être neutralisé, y compris en tant que menace pour le système de stabilité stratégique mondiale. C'est la formulation employée par le responsable russe, et elle relève de sa seule appréciation.

La position est cohérente avec celle exprimée par le Kremlin. Le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a indiqué que la Russie restait ouverte à de nouvelles propositions américaines sur le règlement du conflit, à condition qu'elles tiennent compte des intérêts russes. La disponibilité affichée s'accompagne donc, dans les deux cas, d'une condition de fond.

Paris et Berlin travaillent à leur propre format

Pendant que Moscou évoque le canal parlementaire américain, trois capitales européennes s'organisent de leur côté. Le quotidien économique russe Vedomosti rapporte une information du New York Times, appuyée sur cinq responsables européens : la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne élaborent ensemble le format de futures négociations sur le conflit ukrainien.

Le motif de ce rapprochement est explicite dans le récit du New York Times : les trois pays ont uni leurs efforts pour se garantir une place dans le processus, par crainte que l'administration de Donald Trump ne tienne l'Europe à l'écart des discussions.

D'après deux diplomates européens de haut rang et un haut fonctionnaire européen chargé de suivre le dossier, ce sont la France et l'Allemagne qui jouent le rôle moteur dans l'élaboration de la position européenne. Pour un lecteur français, c'est le point saillant de l'information : Paris n'y figure pas comme suiveur, mais comme l'un des deux moteurs d'un dispositif conçu pour ne pas dépendre entièrement de Washington.

Londres plus prudente, Washington en position d'arbitre

La Grande-Bretagne se montre plus circonspecte, selon les mêmes diplomates, en partie par souci de préserver sa relation avec Donald Trump. Le New York Times, tel que cité par Vedomosti, indique qu'elle est dirigée par un nouveau premier ministre, Andy Burnham.

Sur un point, les Européens ne se font apparemment pas d'illusions : ils s'attendent à ce que tout contact avec Moscou sur l'Ukraine passe par une médiation américaine. Leur démarche ne vise donc pas à court-circuiter Washington, mais à ne pas être absents de la table.

Le raisonnement que leur prête le journal est le suivant : le règlement du conflit et l'avenir des relations avec la Russie revêtent pour l'Europe une importance de principe, et ces questions ne peuvent pas être entièrement abandonnées à la politique jugée imprévisible de l'administration américaine.

Un autre élément de calendrier figure dans la dépêche : le 24 juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré être prêt à signer un accord de paix avec la Russie aux États-Unis.

Deux canaux, une même incertitude

Il faut se garder de lire ces informations comme un ensemble cohérent. Elles proviennent de deux sources de nature très différente, et rien n'indique qu'elles décrivent le même processus.

D'un côté, un responsable parlementaire russe annonce, dans une tribune signée de sa main, une visite américaine possible dont il est le seul à parler. De l'autre, un journal américain rapporte, par la voix de cinq responsables anonymes, un travail diplomatique européen encore au stade de l'élaboration.

Ce que ces déclarations disent, et ce qu'elles ne disent pas

Ce qui est établi : Leonid Sloutski a écrit ce qu'il a écrit, et le déplacement de cinq députés russes aux États-Unis en mars est présenté par lui comme un fait acquis.

Ce qui ne l'est pas : aucune confirmation américaine de la visite d'automne ne figure dans les dépêches disponibles. Aucun membre du Congrès n'est cité comme ayant accepté de venir. Le format européen, lui, n'est décrit que par des sources anonymes rapportées par un journal, et Vedomosti le restitue sans le vérifier de son côté.

Reste une observation que les deux récits partagent : ni l'un ni l'autre ne mentionne de négociation en cours. Ils décrivent des préparatifs — un canal parlementaire d'un côté, un format diplomatique de l'autre — c'est-à-dire ce que l'on met en place avant de discuter, et non ce dont on discuterait.

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