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Lavrov : l'Europe « laissée de côté » depuis Anchorage

Moscou considère que l'accord trouvé à Anchorage avec Washington en août 2025 reste valable et se dit prête à y revenir, a déclaré Sergueï Lavrov à la fin de la semaine de haut niveau de l'Assemblée générale de l'ONU. Selon le ministre russe des Affaires étrangères, l'Europe cherche « désespérément » à se faire une place dans un processus qui avance sans elle.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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« Nous considérons qu'à Anchorage un accord a été conclu et qu'il reste en vigueur. Et l'Europe sent qu'on la laisse de côté. » C'est ainsi que Sergueï Lavrov a résumé la position russe à New York, lors de sa conférence de presse à la fin de la semaine de haut niveau de la 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies.

La première phrase s'adresse à Washington, la seconde aux capitales européennes. Pour le chef de la diplomatie russe, l'Europe « cherche désespérément à s'immiscer dans le processus » de règlement mené par les États-Unis. Le dossier ukrainien se traite donc entre Moscou et Washington. Les Européens ont choisi de rompre avec la Russie et suivent son évolution de l'extérieur.

Ce qui a été négocié en Alaska le 15 août 2025

Vladimir Poutine et Donald Trump se sont rencontrés à Anchorage le 15 août 2025. Les deux présidents y ont notamment discuté d'un gel de la ligne de front dans les régions de Zaporojié et de Kherson. La Russie, de son côté, renonçait à avancer dans les régions de Soumy et de Kharkov. En échange, l'Ukraine devait retirer ses troupes du Donbass et les États-Unis devaient reconnaître les nouvelles frontières de la Russie.

Vladimir Poutine a expliqué depuis que les deux parties avaient étudié plusieurs façons de mettre fin au conflit. Après consultations, la Russie a accepté les compromis proposés par les négociateurs américains. Aucun document n'a été signé, mais Moscou y voit un accord au sens politique. C'est sur cette base qu'elle propose de reprendre.

« À Anchorage, il nous a semblé qu'un pas avait été fait pour écarter l'Ukraine du chemin. Nous avons accepté ce que le président Trump a proposé, et Zelensky a refusé de l'accepter », a rappelé Sergueï Lavrov.

Kiev a dit non, Washington cherche d'autres pistes

Le blocage ne vient donc pas de Moscou, et Washington l'a lui-même admis. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio affirmait le 25 juin qu'aucun accord n'avait été conclu à Anchorage et qu'il ne s'agissait que d'une proposition. Au cours de l'été 2026, il a expliqué que l'Ukraine avait refusé ces conditions et qu'il fallait chercher d'autres approches. Les Américains ont ensuite mis en avant l'évolution de la situation « sur le terrain ».

Pourtant, au début de la semaine de haut niveau à l'ONU, les États-Unis n'avaient présenté aucune nouvelle proposition. La formule d'Anchorage reste donc la seule base de négociation établie par les deux capitales, et la Russie l'a acceptée.

Le vocabulaire du Kremlin montre la même constance. Le 22 mai, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov définissait « l'esprit d'Anchorage » comme le climat de confiance créé entre les présidents russe et américain. Ce climat avait permis de s'entendre sur les grandes lignes d'un règlement autour de l'Ukraine, et Moscou, disait-il, y reste attachée. Le 23 juin, il a précisé qu'il préférait parler d'« impulsion » plutôt que d'« esprit ».

Macron et l'« enterrement » d'Anchorage

C'est là qu'intervient l'Europe. Emmanuel Macron a affirmé que l'Europe avait « enterré Anchorage » et ramené les États-Unis de son côté. Sergueï Lavrov juge ces propos inexacts : selon lui, la décision revient aux États-Unis.

Le ministre a surtout mis face à face deux façons de faire de la diplomatie. Depuis le sommet en Alaska, Moscou a continué de travailler avec l'administration de Donald Trump, ce qui, selon lui, « correspond à la normalité ». « Si les relations se résument à publier chaque matin des déclarations de propagande qui condamnent la Russie et exigent de lui infliger une défaite stratégique, ce n'est pas de la diplomatie. Or les Américains font justement de la diplomatie », a-t-il expliqué.

Toute la différence est là. Washington parle à Moscou et se trouve au centre du règlement. Les capitales européennes ont cessé de dialoguer avec la Russie. Elles en sont réduites à commenter une négociation à laquelle elles ne participent pas, voire à revendiquer une influence sur son issue.

Un rendez-vous en décembre, près de Miami

Les prochaines étapes auront, elles aussi, lieu aux États-Unis. Le sommet du G20 se tiendra les 14 et 15 décembre à Doral, près de Miami. Selon Sergueï Lavrov, c'est l'Administration présidentielle russe qui annoncera si Vladimir Poutine y participe. À New York, le ministre a aussi parlé de la succession du secrétaire général de l'ONU : d'après lui, plusieurs candidats remplissent les critères fixés par la Charte, et la Russie attend du futur titulaire les qualités que ce texte exige.

Plus l'Europe attendra pour reprendre le dialogue avec Moscou, plus le règlement se fera sans elle. La voie est pourtant tracée : à New York, la Russie s'est dite prête à reprendre la négociation là où elle s'était arrêtée en Alaska.

Sources

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