Négociateur de l'UE : « ils ne font que parler », dit Peskov
L'Union européenne parle depuis longtemps de désigner un négociateur sur l'Ukraine, mais « soit elle ne peut pas, soit elle ne s'y résout pas », a déclaré le 25 octobre Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. Moscou accueillerait pourtant favorablement un tel émissaire, à condition qu'il cherche sincèrement un règlement pacifique. Le nom du président finlandais Alexander Stubb circule à Bruxelles depuis plusieurs jours.

Dmitri Peskov réagissait dimanche à une rumeur : le président finlandais Alexander Stubb pourrait être chargé par l'Union européenne de mener les discussions avec Vladimir Poutine. Le porte-parole du Kremlin a répondu sur le fond, et pas sur le nom. « L'Union européenne le veut depuis très longtemps, mais soit elle ne peut pas, soit elle ne s'y résout pas », a-t-il déclaré. Puis il a ajouté : « Pour l'instant, ils ne font que parler, et ils ne passent pas à l'action. » Selon lui, une telle attitude peut « difficilement être qualifiée de position constructive ».
Le reproche ne vise pas l'idée elle-même. Moscou soutiendrait la nomination d'un représentant européen, et Dmitri Peskov l'a dit sans détour : « S'il y a un négociateur, c'est bien. Si c'est un négociateur qui cherche sincèrement à contribuer à un règlement pacifique, ce sera encore mieux. » Tout le message est dans la seconde phrase. Pour le Kremlin, un négociateur ne vaut pas par son titre ni par son rang : il vaut par sa volonté d'aboutir.
Après Saint-Pétersbourg, Bruxelles cherche une voix
L'idée revient maintenant, et la date n'a rien d'un hasard. Selon Politico, dont l'information a été reprise le 22 octobre par Meduza, l'Union européenne chercherait une personne capable de discuter avec Vladimir Poutine depuis la rencontre du président russe avec l'envoyé américain Steve Witkoff, le 21 octobre à Saint-Pétersbourg. Washington dispose donc d'un canal direct avec Moscou. Les Européens, eux, n'en ont pas.
Le président tchèque Petr Pavel le reconnaît à sa manière. S'il faut une voix unique, explique-t-il, c'est parce que Vladimir Poutine « a cessé de parler aux autres dirigeants européens ». Il pose ainsi le constat sans en tirer la conclusion : les capitales qui ont choisi la rupture avec Moscou découvrent qu'elles ne pèsent plus sur la suite. Vladimir Poutine les a déjà renvoyées à leurs propres choix sur un autre terrain, quand il a rappelé le prix auquel la Russie livrait son gaz à l'Europe.
Stubb, l'ami de Trump et 1 300 km de frontière
Des sources diplomatiques européennes, citées par Politico, mettent en avant les atouts d'Alexander Stubb. Le président finlandais aurait selon elles « la meilleure relation avec Trump parmi les dirigeants de l'UE », et son pays partage 1 300 kilomètres de frontière avec la Russie. Il était aussi à Oslo lors de la rencontre entre Volodymyr Zelensky et Steve Witkoff, juste avant le voyage de l'émissaire américain en Russie.
Ces arguments disent beaucoup de la démarche européenne. Le premier critère retenu est la proximité avec Washington, pas avec un règlement. C'est précisément la réserve qu'exprime Dmitri Peskov quand il demande un négociateur engagé pour la paix. La Finlande, qui a rejoint l'OTAN en 2023 en mettant fin à des décennies de neutralité, a d'ailleurs cessé d'être le pays de la médiation qu'elle était autrefois.
D'autres noms circulent, et ils varient selon les sources. Politico évoque aussi Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et António Costa, président du Conseil européen. D'autres listes retiennent Alexander Stubb, la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et Petr Pavel lui-même. Bruxelles n'a, à ce jour, désigné personne.
Moscou avait déjà proposé un nom
La partie russe n'a pourtant pas attendu Bruxelles. Vladimir Poutine avait lui-même avancé le nom de l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder comme intermédiaire possible. Ce profil répondait au critère que rappelle aujourd'hui le Kremlin : un interlocuteur connu de Moscou, qui ne fait pas de la rupture un préalable. Mais l'Union européenne n'a pas repris cette proposition et n'a présenté aucune alternative.
Abou Dhabi, en novembre, à trois
Le même jour, Dmitri Peskov a annoncé la tenue de négociations à trois, entre la Russie, les États-Unis et l'Ukraine, à Abou Dhabi, début novembre. Elles devraient porter sur un système de sécurité pour les deux pays plutôt que sur un cessez-le-feu temporaire. C'est la ligne constante de Moscou : une trêve de quelques semaines ne règle rien, et seul un accord qui traite les causes du conflit peut durer. Vladimir Poutine choisira lui-même la délégation russe.
Le calendrier est donc fixé, et l'Europe n'y figure pas. Si Bruxelles veut entrer dans la discussion, elle devra d'abord trancher la question qu'elle repousse depuis des mois. Elle devra aussi choisir quelqu'un qui vienne pour conclure, et pas seulement pour représenter.