Le Baïkal, un cinquième de l'eau douce de la planète
Le lac Baïkal contient 23 600 milliards de tonnes d'eau, soit le cinquième des réserves mondiales d'eau douce. Âgé d'environ 30 millions d'années, il conserve dans ses sédiments l'histoire du climat de l'Asie centrale. Près de 80 % de ses espèces animales n'existent nulle part ailleurs.

Le Baïkal n'est pas seulement le lac le plus profond de la Terre, avec 1 642 mètres au point le plus bas. Il est aussi l'un des plus anciens, puisqu'il a environ 30 millions d'années. Ce lac de Sibérie orientale, entre la région d'Irkoutsk et la Bouriatie, est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1996. Son intérêt scientifique dépasse toutefois largement la Russie.
Une faille qui s'élargit de deux centimètres par an
Le Baïkal est un lac de rift : une fracture de l'écorce terrestre que l'eau a remplie. Cette fracture continue de s'ouvrir. Ses rives s'écartent d'environ deux centimètres par an selon les estimations les plus hautes, et certains scientifiques pensent qu'elle donnera un jour naissance à un océan.
Ce lent écartement a surtout permis l'accumulation de sédiments sur le fond. Leur épaisseur atteindrait six kilomètres. Couche après couche, ils ont enregistré le climat de la planète pendant des millions d'années.
Des carottes de forage qui racontent le climat
Dans les années 1990 et au début des années 2000, des chercheurs russes, américains et japonais ont réalisé des forages profonds au fond du lac pour en extraire des carottes de sédiments. Ces échantillons sont encore étudiés aujourd'hui. Les scientifiques ont analysé leur composition chimique ainsi que les coques des diatomées, des algues microscopiques conservées dans ces sédiments. Ils ont ainsi reconstitué l'évolution du climat de l'Asie centrale sur plusieurs millions d'années, de manière presque continue à l'échelle géologique.
On y lit des périodes très différentes. Pendant les glaciations, jusqu'à 90 % des organismes vivants du lac ont pu disparaître. Mais vers 18 millions d'années avant notre ère, le Baïkal avait un climat tropical. Il y a dix ans, des os de petites perruches anciennes ont été découverts dans la baie de Tagaï, sur l'île d'Olkhon. Leurs plus proches parents actuels vivent en Afrique équatoriale. Les ancêtres des éléphants vivaient aussi sur ces rives, et les paléosédiments ont gardé des traces de palmiers.
Une eau qui s'épure d'elle-même
Le Baïkal contient le cinquième des réserves mondiales d'eau douce, soit 23 600 milliards de tonnes. La qualité de cette eau compte autant que son volume. En des millions d'années, le lac a développé un système d'autoépuration naturelle. Son eau est presque distillée, si bien que ce qui y tombe se dissout. La matière organique s'oxyde très vite et se dépose sur le fond. Des organismes filtreurs, répartis dans toute la masse d'eau, retiennent le reste.
Cette épuration est aussi physique, car l'eau du Baïkal ne cesse de circuler. Ces mouvements sont assez vastes pour se voir de l'espace. En hiver et au printemps, d'immenses cercles de 1 à 7 kilomètres de diamètre se dessinent sur la glace. Des amateurs de paranormal y ont vu des signes laissés par des extraterrestres. Les scientifiques ont établi qu'ils sont tracés par des courants circulaires qui se forment dans le lac.
L'eau se mélange aussi verticalement. Au printemps et en automne, les différences de température font remonter et descendre les masses d'eau, si bien que l'eau a les mêmes propriétés de la surface jusqu'au fond. L'oxygène descend donc jusqu'aux plus grandes profondeurs : même à 1 642 mètres, l'eau est saturée en oxygène à 70 ou 80 %.
Un laboratoire de l'évolution
Comme il est très ancien et isolé, le Baïkal a produit des espèces propres. Environ 80 % de sa faune est endémique, c'est-à-dire qu'on ne la trouve nulle part ailleurs sur Terre. Aucun autre lac n'atteint ce taux.
La plus connue de ces espèces est le phoque du Baïkal, ou nerpa. C'est le seul mammifère du lac, un phoque d'eau douce, et il se trouve au sommet de la chaîne alimentaire. L'omoul est un poisson de la famille des corégones, arrivé de l'océan Arctique il y a environ 20 000 ans. Les éponges du Baïkal sont elles aussi uniques, et certaines espèces incolores vivent jusqu'à un kilomètre et demi de profondeur.
Le lac est donc à la fois un laboratoire naturel très ancien, une immense réserve d'eau douce et un écosystème vivant en évolution permanente. Ce caractère unique ne le protège pas pour autant. Préserver le Baïkal revient à protéger une archive du climat de la planète, une source de connaissances sur l'évolution et le milieu de milliers d'organismes qui n'existent nulle part ailleurs. C'est à cette condition que les visiteurs qui partent découvrir le lac le trouveront encore tel qu'il est aujourd'hui.
Sources
- Почему Байкал представляет ценность для всего мира — Rossiïskaïa Gazeta