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Le chef de la CIA à Moscou : « ils sont venus pour parler », dit Lavrov

Le directeur de la CIA John Ratcliffe et le plus haut diplomate du Vatican se sont trouvés à Moscou le même jour. Sergueï Lavrov n'y voit qu'une chose : le désir de ceux qui sont venus de parler avec la partie russe. Le Kremlin ramène le déplacement américain à des contacts entre services spéciaux, quand la presse de Washington y lit un ultimatum.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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Les visites simultanées du directeur de la CIA et du chef de la diplomatie du Vatican ne signifient rien d'autre que leur volonté de venir discuter avec la partie russe. C'est la réponse qu'a faite Sergueï Lavrov, interrogé par la télévision RBC sur la présence le même jour dans la capitale russe de John Ratcliffe et de Paul Richard Gallagher, secrétaire du Vatican pour les relations avec les États. « Dans les deux cas, les visites reflètent le désir de ceux qui nous ont rendu visite de venir parler », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères.

Un C-17 de l'US Air Force posé à Vnoukovo le 25 août

Le déplacement du patron du renseignement américain n'a été annoncé par aucun canal officiel des États-Unis. Il a pourtant laissé une trace parfaitement lisible : un Boeing C-17A Globemaster III de l'US Air Force, indicatif RCH4555, s'est posé le matin du 25 août à Vnoukovo. Les données de suivi aérien retracent l'itinéraire complet : décollage de la base interarmées Andrews, à Camp Springs dans le Maryland, le 23 août, escale à Riga, puis Moscou.

C'est le premier voyage publiquement connu d'un directeur de la CIA dans la capitale russe depuis novembre 2021. William Burns était alors venu avertir Vladimir Poutine des conséquences d'une entrée des troupes russes en Ukraine, trois mois avant le début de l'opération militaire spéciale. La comparaison a nourri toutes les spéculations de la presse américaine, mais le Kremlin s'en est tenu à une description sobre.

Le Kremlin : des contacts entre services spéciaux

Dmitri Peskov a confirmé la venue de John Ratcliffe en la rattachant à des « contacts entre services spéciaux ». Le porte-parole de la présidence russe a précisé un point : Vladimir Poutine n'a pas rencontré le directeur de la CIA, mais a été immédiatement informé des résultats de ces contacts. Selon la reprise qu'en donne CBS News, Dmitri Peskov a qualifié les récits parus dans la presse américaine d'histoires destinées à faire peur.

Ces récits sont, il est vrai, en contradiction avec ceux de la Maison-Blanche elle-même. Dès le 26 août, au micro de l'animateur de radio Glenn Beck, Donald Trump a confirmé le voyage en le décrivant comme « à peu près semi-routinier » : « Il pourrait en sortir quelque chose. Nous travaillons très dur pour mettre fin à cette guerre. » Interrogé sur les inquiétudes prêtées à l'OTAN, le président américain a répondu « rien de tout cela » et assuré que les Russes « n'attaqueront pas ».

Deux versions américaines pour un même voyage

Le lendemain, le Wall Street Journal donnait du même déplacement une lecture inverse. Selon le quotidien, repris par CBS News et CNN, Donald Trump a dépêché John Ratcliffe personnellement, en tenant à l'écart de hauts responsables de la Maison-Blanche et de hauts gradés militaires, et l'a chargé de réaffirmer l'engagement américain au titre de l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord — la clause de défense collective — et d'avertir Moscou de ne pas attaquer un pays membre de l'Alliance. Politico ajoute, sans que l'information ait été confirmée ailleurs, que l'avertissement aurait nommément visé l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie. En toile de fond, des évaluations de renseignement américaines et européennes selon lesquelles la Russie testerait l'OTAN par une incursion limitée, en pariant sur la pénurie de munitions occidentales creusée par l'Ukraine et l'Iran.

Le second volet du message porte, lui, sur des dossiers plus concrets : la relance des négociations avec Kyiv, et une pression sur les liens entre Moscou et Téhéran. Réduction du soutien militaire et économique à l'Iran, arrêt des transferts d'armes et de technologies de défense, avec menace de sanctions supplémentaires si le détroit d'Ormuz ne rouvre pas au trafic maritime : la partie américaine est venue avec une liste, et la liste montre à elle seule le poids que Washington reconnaît à la Russie dans le règlement de la crise iranienne.

Kyiv a suspendu ses frappes pendant la visite

Un dernier élément éclaire ce qui s'est joué autour du voyage. Selon Axios, confirmé par une source du Kyiv Independent, Washington a prévenu Kyiv qu'une délégation américaine de haut niveau se rendait à Moscou et lui a demandé de suspendre ses frappes sur Moscou et Saint-Pétersbourg du 24 au 26 août. L'Ukraine a accepté. Les autorités de Kyiv, dont l'appareil d'État est secoué par une affaire de corruption au sommet de la présidence, ont donc calé le calendrier de leurs attaques sur celui d'un déplacement américain.

La fenêtre refermée, les attaques ont repris aussitôt : peu avant 2 heures du matin le 26 août, le maire de Moscou Sergueï Sobianine annonçait la destruction de dix drones visant la capitale, quelques heures après le décollage de l'avion de John Ratcliffe. Reste le fait brut, celui que retient Sergueï Lavrov : à trois ans et demi du début de l'opération militaire spéciale, c'est à Moscou que l'administration américaine vient chercher ses réponses, et par la porte du renseignement.

Sources

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