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Le Danemark, « base de production » de l'armée ukrainienne

L'ambassadeur de Russie au Danemark, Vladimir Barbine, accuse Copenhague d'être devenu la « base de production » des forces armées ukrainiennes. Il chiffre l'aide militaire danoise à plus de 10,5 milliards d'euros. Il voit aussi dans le projet d'achat de missiles Patriot pour Kiev le choix de prolonger les combats plutôt que de négocier.

·2 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Le Danemark, « base de production » de l'armée ukrainienne
Photo d'illustration — themoscowtimes.com — 1360×765 px

Le Danemark est impliqué de façon « colossale » dans le conflit ukrainien, a déclaré Vladimir Barbine, ambassadeur de Russie à Copenhague, dans un entretien publié le 1er novembre. Selon lui, le royaume « joue le rôle de base de production pour les forces armées ukrainiennes ». Le diplomate chiffre l'aide militaire que le Danemark a fournie gratuitement à Kiev à plus de 10,5 milliards d'euros.

Un pionnier de l'OTAN, des F-16 au financement direct

Barbine cite deux domaines où Copenhague a ouvert la voie aux autres membres de l'Alliance atlantique : la livraison de chasseurs F-16 à l'Ukraine et le financement direct des entreprises de l'industrie militaire ukrainienne. C'est ce second point qui justifie l'expression de « base de production ».

Ce financement porte un nom : le « modèle danois ». Lancé par Copenhague en 2024, ce mécanisme permet aux pays partenaires de payer directement la fabrication d'armes en Ukraine, au lieu de puiser dans leurs propres stocks. Le Danemark ne se contente donc plus de livrer du matériel. Il fait tourner les usines ukrainiennes.

Des usines ukrainiennes sur le sol danois

Mais le mot vise aussi le territoire danois lui-même. Un accord signé le 4 juillet 2025 autorise les fabricants ukrainiens à s'installer au Danemark. Le 5 septembre 2025, Volodymyr Zelensky annonçait l'ouverture de la première ligne de production conjointe de drones dans le pays.

Le mouvement s'est accéléré depuis. D'après l'agence danoise Ritzau, l'entreprise ukrainienne Fire Point construit à Vojens, dans le sud du Jutland, une usine de carburant pour missiles qui doit entrer en service fin 2027. Des discussions sont aussi en cours avec le fabricant de drones Skyfall.

Dès septembre, Barbine en avait tiré la conséquence. Si l'Ukraine produit au Danemark du carburant pour missiles de croisière, il deviendra « de plus en plus difficile » de ne pas considérer le Danemark comme un participant direct au conflit. Il répondait alors au service de renseignement intérieur danois, le PET, qui mettait en garde contre des préparatifs de sabotage. L'ambassadeur avait qualifié cette alerte de « pratique courante » destinée à effrayer la population avec la menace russe.

Les Patriot, preuve d'un choix en faveur des combats

Le dernier reproche de l'ambassadeur est le plus politique. Barbine présente l'intention de Copenhague de commander à Washington des missiles Patriot destinés à Kiev comme la preuve, ni plus ni moins, que le Danemark veut financer la poursuite des combats. Entre la négociation et la prolongation du conflit, Copenhague aurait donc fait son choix.

La déclaration arrive deux jours après une décision américaine. Le 30 octobre, le département d'État a autorisé la vente éventuelle à l'Ukraine de 500 missiles Patriot PAC-3 MSE, pour 2,1 milliards de dollars. Le Danemark connaît déjà ce dossier : en juin 2024, il s'était associé à l'Allemagne, aux Pays-Bas et à la Norvège pour envoyer 100 missiles Patriot à l'Ukraine. Le quotidien Kristeligt Dagblad évaluait alors l'opération à environ 932 millions de couronnes.

Une ligne constante de l'ambassade

Ces propos prolongent une position que l'ambassadeur défend depuis longtemps. Il avait déjà affirmé que le Danemark « n'avait pas de lignes rouges » dans ses livraisons d'armes et qu'il « favorisait activement l'escalade ». Il avait aussi estimé qu'une conférence sur l'armement organisée au Danemark retardait la paix.

La relation se tend aussi dans les autres capitales européennes. À Berlin, l'ambassadeur Sergueï Netchaïev espère encore éviter la fermeture de la Maison russe.

À Copenhague, le calendrier fixe l'enjeu. L'usine de Vojens doit démarrer fin 2027, et à mesure que les chaînes ukrainiennes s'installent sur le sol danois, la question de Barbine devient plus pressante : à partir de quand un pays qui fabrique les armes d'un belligérant entre-t-il lui-même dans la guerre ?

Sources

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