Le Kremlin écarte Stubb et Støre comme voix de l'Europe
Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique de Vladimir Poutine, a déclaré le 28 octobre que Moscou ne considère ni le président finlandais Alexander Stubb ni le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre comme des négociateurs au nom de l'Europe. Sa mise au point fait suite à leur appel du 27 octobre au président russe. Elle intervient alors que les capitales européennes cherchent depuis l'été qui envoyer parler à Moscou.

« Pour l'instant, il n'en est absolument pas question, et personne n'envisage rien de tel. » Le 28 octobre au soir, Iouri Ouchakov a fermé la porte à toute lecture de l'appel passé la veille à Vladimir Poutine par Alexander Stubb et Jonas Gahr Støre. Pour le Kremlin, cette conversation n'a désigné aucun médiateur européen. La seule chose convenue à ce stade est la reprise des consultations à trois entre la Russie, l'Ukraine et les États-Unis.
Le conseiller du président avait déjà posé ce cadre dès le 27 octobre. Moscou n'examine pas la question de savoir qui représentera l'Europe, avait-il expliqué, et cela se décidera à un stade bien plus tardif de la négociation. Au cours de l'appel, Vladimir Poutine a aussi rappelé une position constante : si Volodymyr Zelensky veut des négociations directes, il doit venir à Moscou.
Un appel de 90 minutes passé à la demande de Kiev
L'initiative est venue des deux dirigeants nordiques. D'après la présidence finlandaise, l'appel a été passé depuis Helsinki et a duré environ 90 minutes. Alexander Stubb en a donné le motif sur la chaîne publique Yle : il a agi avec Jonas Gahr Støre à la demande de Kiev, parce que « les négociations de paix étaient en danger ».
Les deux hommes ont donc surtout transmis à Moscou les messages de la partie ukrainienne avant les pourparlers d'Abou Dhabi. Quatre thèmes ont été abordés : la limitation des frappes, en particulier contre les infrastructures énergétiques, la sécurité alimentaire, des mesures de confiance et des échanges de prisonniers. L'appel faisait suite à une réunion tenue à Oslo une semaine plus tôt, en présence de Volodymyr Zelensky et de l'envoyé américain Steve Witkoff.
Moscou et Helsinki d'accord, pour des raisons opposées
Sur le fond, la présidence finlandaise ne dit pas autre chose que le Kremlin. Elle souligne que les deux dirigeants se sont exprimés « en tant que dirigeants de leurs pays » et qu'ils « ne représentaient pas l'Europe ». La Russie écarte l'idée d'un médiateur européen ; la Finlande assure n'avoir jamais prétendu l'être.
Cette convergence a une conséquence simple. Un intermédiaire qui porte la parole de Kiev sans mandat européen ne peut engager personne, et Moscou n'a aucune raison d'en faire un interlocuteur. La ligne russe reste celle d'une négociation avec les parties qui décident réellement, Washington et Kiev.
L'Europe n'a toujours désigné personne
Car le problème est d'abord européen. Le Guardian, qui ne peut être suspecté de complaisance envers Moscou, décrit les tentatives de l'Union pour se choisir un négociateur comme un « chaos ». Depuis l'été, les dirigeants européens discutent de la nomination d'un représentant chargé de parler directement avec la Russie, sans être parvenus à aucune décision. Un interlocuteur cité par le quotidien britannique le résume : tous s'accordent sur la nécessité de parler à Moscou, mais « trop de dirigeants pensent que c'est précisément eux qui peuvent amener le Kremlin à négocier ».
Personne, en conséquence, n'a reçu de « mandat clair » au nom des vingt-sept États membres. Le journal relève que la tâche pourrait théoriquement revenir à Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l'UE, mais qu'il lui « manque une autorité indépendante » et que les capitales sont mécontentes du service diplomatique qu'elle dirige. Cette confusion, ajoute le Guardian, reflète un désaccord plus profond sur la manière même de traiter avec Vladimir Poutine.
L'appel nordique l'a mis en évidence. Dès le 27 octobre, la Première ministre danoise Mette Frederiksen s'est dite très sceptique, jugeant la démarche « non coordonnée avec les autres pays européens » et appelant l'Europe à parler d'une seule voix. Jonas Gahr Støre lui a répondu, dans des propos rapportés par le média ukrainien Liga : « Nous ne parlons au nom de personne d'autre que nous-mêmes, mais la question a été longuement discutée et tous nos alliés ont été informés à l'avance. »
La voie à trois reprend après le 4 novembre
Pour Moscou, le calendrier utile est ailleurs. Le 29 octobre, Iouri Ouchakov a indiqué que les pourparlers trilatéraux reprendraient après le 4 novembre, sans date arrêtée, et que leur rythme dépendrait de la situation sur le terrain.
Le même jour, à la télévision russe, il a toutefois ouvert une perspective : « Tôt ou tard, il faudra probablement parler aussi avec ces gens qui ne nous sont pas très sympathiques. » La Russie a dit à plusieurs reprises qu'elle était prête à négocier avec les pays européens. Encore faut-il que l'Europe sache qui envoyer, et avec quel mandat. Tant que les vingt-sept n'auront pas tranché, la discussion sérieuse continuera de se tenir à trois.
Sources
- Guardian: Попытки Европы определиться с переговорщиком с РФ привели к хаосу — Rossiïskaïa Gazeta