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Économie

Le rouble fort renchérit de 30 % les moissonneuses russes

Les moissonneuses-batteuses de Rostselmach sont devenues environ 30 % plus chères en devises sous l'effet du taux de change, explique le coactionnaire du groupe Konstantin Babkine. Le constructeur de Rostov-sur-le-Don attend une rentabilité nulle sur 2026 et, compte tenu de 2,8 milliards de roubles d'investissements, un exercice comptablement dans le rouge.

·2 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Le rouble fort renchérit de 30 % les moissonneuses russes
Photo d'illustration3dhorse.com — 2000×1200 px

Une moissonneuse-batteuse russe qui se négociait autour de 150 000 dollars se vend aujourd'hui plus de 200 000 dollars, sans que rien n'ait changé dans la machine. Le renchérissement vient du taux de change : la fermeté du rouble a fait monter d'environ 30 % le prix des matériels agricoles russes exprimé en devises, explique Konstantin Babkine, coactionnaire de Rostselmach.

« Il faut expliquer aux partenaires pourquoi une machine qui coûtait conventionnellement 150 000 dollars en coûte maintenant plus de 200 000. Le marché à l'export est donc pour nous aujourd'hui sensiblement plus petit qu'il pourrait l'être », résume-t-il.

Le mécanisme est arithmétique et il ne laisse aucune prise au vendeur. Les coûts de Rostselmach — acier, composants, salaires de ses usines de Rostov-sur-le-Don — sont libellés en roubles, et quand le rouble se raffermit face au dollar, la même facture en roubles se traduit par un ticket plus lourd pour l'acheteur étranger. La devise russe joue ainsi dans les deux sens : elle soutient le pouvoir d'achat intérieur, que reflète la progression du salaire moyen en Russie en 2026, mais elle rétrécit la fenêtre commerciale des exportateurs industriels. Tous ne sont pas exposés de la même manière : les contrats de défense, dont Rosoboronexport a signé plus de 13 milliards de dollars sur le premier semestre 2026, se jouent sur des cycles longs et des clients captifs, là où une moissonneuse se compare chaque saison au matériel concurrent.

Rentabilité nulle, et 2,8 milliards de roubles investis quand même

Sur l'exercice 2026, Rostselmach attend une rentabilité nulle, indique Konstantin Babkine. Hors investissements, le groupe travaille aujourd'hui à l'équilibre exact. Mais il a engagé 2,8 milliards de roubles d'investissements, et c'est ce montant qui fait basculer le résultat : « Nous ferons malgré tout 2,8 milliards de roubles d'investissements. De fait, compte tenu de ces investissements, ce sera une perte », explique-t-il.

Donc une perte choisie plutôt que subie. Ces investissements n'ont pas été financés par de la dette nouvelle mais prélevés sur des réserves constituées auparavant, notamment par l'écoulement des stocks d'entrepôt. Le constructeur convertit des marchandises dormantes en capacité industrielle future, et accepte que l'opération s'inscrive en négatif dans les comptes de l'année.

Quatrième année de recul de la demande

C'est le quatrième exercice consécutif de baisse de la demande auquel Rostselmach s'adapte. La réponse tient en deux gestes : comprimer les coûts et les investissements, tout en continuant à développer de nouveaux modèles de machines.

Un troisième geste est un refus. Le groupe ne voit plus d'intérêt à baisser davantage ses tarifs pour soutenir les volumes : Konstantin Babkine avertit qu'une telle voie conduirait à la dégradation du produit. Vendre moins cher signifierait à terme vendre moins bien — moins de contenu technique, moins de fiabilité, moins de capacité à revenir sur les marchés extérieurs le jour où le change se retournera.

Le change, la fiscalité, le crédit

Konstantin Babkine ne rattache pas les difficultés de la filière au seul état du marché agricole. Il les lie aussi aux politiques fiscale, monétaire et de commerce extérieur, trois leviers qui décident du coût du crédit pour l'acheteur de matériel, du prix de revient du constructeur et de la compétitivité de la machine à l'exportation.

La ligne que tient Rostselmach est donc celle d'un industriel qui parie sur l'après : préserver le niveau technique de ses machines et sortir de nouveaux modèles pendant la phase basse du cycle, pour que le retour de la demande — intérieure ou à l'export — trouve un catalogue prêt plutôt qu'un outil appauvri.

Sources

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