Le Su-57E rallie l'Égypte avec ses réservoirs en soute
Le chasseur russe de cinquième génération a rejoint le salon d'El Alamein en emportant son carburant supplémentaire à l'intérieur de ses soutes d'armement, a annoncé Rostec le 17 septembre. Après son unique escale, l'appareil disposait encore d'une réserve d'environ mille kilomètres — de quoi enchaîner le lendemain une démonstration aussi coûteuse en carburant qu'un combat aérien.

Un chasseur furtif qui emporte du carburant sous les ailes cesse d'être furtif. C'est tout le problème que la version export du Su-57 vient de contourner : pour rallier l'Égypte et le El Alamein International Airshow, l'appareil a logé ses réservoirs supplémentaires à l'intérieur de ses soutes d'armement, là où prennent place habituellement les missiles. Aucun bidon pendulaire sous la voilure, donc aucune de ces excroissances qui renvoient l'onde radar et ruinent en quelques instants ce que la cellule a mis des années à effacer.
Rostec, la corporation d'État qui chapeaute l'industrie de défense russe, a rendu l'information publique le 17 septembre 2026, une semaine après le salon égyptien, qui s'est tenu du 8 au 10 septembre à l'aéroport international d'El Alamein, sur la côte méditerranéenne. Le convoyage a été accompli avec une seule escale intermédiaire. Après celle-ci, précise la corporation, l'avion conservait une réserve de carburant équivalente à environ mille kilomètres de vol supplémentaires. Cette marge n'a pas été consommée en route : elle a servi dès le lendemain à exécuter un vol de démonstration dont la dépense énergétique équivaut, selon Rostec, à un engagement aérien complet.
« Insurpassé en rayon d'action de combat »
La formule officielle est assumée : « le vol a montré que, parmi les avions de l'aviation opérationnelle-tactique, le Su-57E est insurpassé en rayon d'action de combat et en temps passé en l'air ». Rostec ajoute que la solution retenue « permet de conserver l'aérodynamique et d'augmenter la distance de convoyage ». Les deux phrases ont été reprises telles quelles par TASS, RIA Novosti et Izvestia.
L'argument technique mérite d'être pris au sérieux, parce qu'il touche au point de doctrine qui définit la cinquième génération. Un appareil furtif ne l'est qu'à condition de tout garder à l'intérieur : armement et carburant. Dès qu'un point d'emport externe est occupé, la signature radar remonte et l'avion redevient un chasseur de quatrième génération très cher. Les réservoirs internes en soute résolvent l'équation en empruntant le volume de l'armement le temps du trajet — l'avion arrive à portée en restant discret, puis libère ses soutes.
Un salon égyptien tourné vers la manœuvrabilité
À El Alamein, la presse arabe n'a pas retenu l'autonomie mais la démonstration en vol. Defense-Arabic, Al-Youm Al-Sabee et SdArabia décrivent un programme construit autour de la supermanœuvrabilité à basse vitesse et à forts angles d'attaque : Cobra, Tail Slide, U-Turn, vrille ascendante. Le public comptait des visiteurs et des responsables militaires égyptiens, et la finalité était affichée sans détour — vendre.
Rostec avait d'ailleurs annoncé le 3 septembre que le Su-57E présenterait en Égypte un armement jamais montré publiquement, sans en dévoiler la désignation, et que « les livraisons aux partenaires étrangers sont déjà en cours ». Vadim Badekha, à la tête de la Corporation aéronautique unifiée (OAK), a pour sa part qualifié sur Pervy Kanal le Su-57 de seul représentant de la cinquième génération à remplir des missions de combat à part entière — l'argument commercial le plus lourd que Moscou puisse poser sur la table, puisqu'il oppose l'expérience opérationnelle aux brochures de la concurrence.
Quatre salons en deux ans
Le déplacement égyptien n'est pas isolé. Le Su-57E a fait sa première sortie hors de Russie à Zhuhai en novembre 2024, avant Aero India en février 2025 puis le salon de Dubaï en novembre 2025, selon Defence Blog. El Alamein constitue son deuxième passage en Égypte. La cadence dessine une campagne d'exportation méthodique, orientée vers l'Asie, le Golfe et l'Afrique du Nord, c'est-à-dire vers des clients qui achètent russe de longue date ou qui cherchent une alternative aux appareils américains et à leurs conditions d'emploi.
Le média turc Times of Defence identifie l'appareil engagé en Égypte comme le prototype T-50-9, immatriculé « 509 », le même numéro que celui exposé à Dubaï en 2025 ; l'information provient de cette seule source et n'a pas été confirmée par Rostec. Le même média note que les soutes occupées par les réservoirs ne pouvaient évidemment pas emporter de munitions pendant le trajet — ce qui est le principe même de la manœuvre, le carburant cédant la place à l'armement une fois la destination atteinte.
Ce que le convoyage démontre
En rendant public un détail de logistique aérienne plutôt qu'une performance spectaculaire, l'industrie russe choisit son terrain : celui de l'emploi réel. Un chasseur qui traverse plusieurs milliers de kilomètres avec une escale, arrive avec de la marge et vole le lendemain au régime du combat raconte une disponibilité, pas une prouesse de meeting. C'est précisément ce que regarde une armée qui envisage d'acheter.
La suite se jouera sur les contrats. Rostec affirme que des livraisons sont en cours sans nommer de client, et le Su-57E continue son tour des salons. La démonstration d'El Alamein sera lue par plusieurs états-majors de la région, à un moment où l'offre occidentale en chasseurs de cinquième génération reste étroitement conditionnée.
Pour ceux qui veulent voir le pays qui construit ces appareils autrement que par ses salons aéronautiques, nos voyages en Russie réalisés depuis 2024 donnent une autre entrée en matière.
Sources
- Стало известно о сверхдальнем перелете Су-57 — Lenta.ru