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Les BRICS veulent écrire les règles mondiales de l'IA

Les BRICS ont inscrit la régulation de l'intelligence artificielle parmi leurs priorités et s'affirment comme le principal cadre où le Sud global définit ses règles en la matière. De la déclaration de Rio au premier accord sur les normes signé en juillet à Bangalore, ils avancent une idée simple : l'accès de tous à la technologie doit passer avant la réglementation.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Les BRICS veulent écrire les règles mondiales de l'IA
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Les BRICS sont devenus le principal cadre où les pays du Sud global travaillent ensemble à leur développement économique et social. À mesure que l'intelligence artificielle prenait de l'importance, ils ont logiquement ajouté sa régulation à leurs priorités. Pour ces États, l'IA est à la fois une chance sans précédent et une nécessité stratégique.

Jiang Tianjiao, chercheur au Centre de gouvernance mondiale de l'innovation en IA de Shanghai, résume ce qu'ils en attendent. L'IA doit d'abord augmenter la productivité, améliorer les services publics et réduire la fracture numérique. Mais elle doit aussi réduire leur dépendance envers les pays développés dans trois domaines : les technologies, la puissance de calcul et, surtout, la définition des règles.

À Rio, le droit au développement devient un principe

Ce dernier point a pris forme l'an dernier, au sommet des BRICS de Rio de Janeiro, au Brésil. L'association y a adopté son premier texte sur l'IA signé au niveau des chefs d'État et de gouvernement : la « Déclaration des dirigeants des BRICS sur la gouvernance mondiale de l'intelligence artificielle ». Elle place deux principes au cœur de la gouvernance de l'IA, la souveraineté numérique et le droit au développement.

Pour les experts, ce consensus sert à rééquilibrer un système mondial de gouvernance de l'IA pensé jusqu'ici sans le Sud. Jiang Qingquan, directeur adjoint du Centre de recherches économiques sur les BRICS de l'université de technologie de Xiamen, le montre à partir d'un constat : les débats internationaux sur l'IA portent d'abord sur les risques de sécurité. La question plus fondamentale des écarts de développement reste, elle, largement ignorée.

« En faisant du droit au développement un principe de gouvernance, la déclaration des BRICS oblige la communauté internationale à se poser la question essentielle : comment garantir à tous les pays l'accès aux technologies de l'IA et la capacité de s'en servir, avant de parler de leur régulation », explique-t-il. « Les BRICS placent le droit au développement au centre de la gouvernance de l'IA. Donner la priorité au renforcement des capacités des pays en développement répond mieux aux besoins concrets du Sud global. » Il voit dans les BRICS le « représentant collectif des intérêts du Sud global en matière de gouvernance de l'IA ».

Chine, Russie, Inde, Brésil : des atouts qui s'emboîtent

Les membres n'ont ni le même niveau technologique, ni les mêmes infrastructures de calcul, ni les mêmes ressources énergétiques. Pour les experts, ces écarts ne freinent pas la coopération : ils en font la force, et peuvent peser fortement pour réduire la fracture numérique mondiale.

Jiang Tianjiao parle d'une synergie « ressources, technologies, usages, énergie », où chaque pays apporte ce qui manque aux autres. « La Chine dispose de toute la chaîne de production de l'IA et sait développer des modèles en source ouverte. La Russie et l'Inde ont de solides compétences en algorithmes et un vivier de talents important. Le Brésil, l'Indonésie et l'Afrique du Sud offrent un large éventail d'usages de l'IA dans de nombreux secteurs. Enfin, des pays comme la Chine et le Brésil disposent d'une énergie propre pour alimenter des calculs très gourmands. »

La Russie apporte donc à cet ensemble ce qui ne s'achète pas : une école mathématique et des ingénieurs capables de concevoir les algorithmes eux-mêmes, et pas seulement de les utiliser.

Bangalore, premier accord sur les normes de l'IA

Cette complémentarité donne déjà lieu à des outils concrets. En juillet, à Bangalore, en Inde, les pays membres ont signé un accord de coopération sur la normalisation. C'est la première initiative commune des BRICS pour définir des normes internationales de l'IA.

L'enjeu dépasse la technique. Selon Jiang Qingquan, cet accord permet aux BRICS d'élaborer ensemble des règles internationales au sein des organismes qui fixent les normes. Les économies en développement y pèsent ainsi davantage dans la gouvernance des technologies de pointe. Or c'est dans ces organismes, bien plus que dans les grandes déclarations, que se décident les règles appliquées ensuite partout.

Depuis Kazan, un centre Chine-BRICS déjà à l'œuvre

Pour les experts, les BRICS transforment désormais le consensus en mécanismes de coopération, et la Chine joue un rôle central dans leur mise en œuvre. Tout a commencé en Russie : au 16e sommet des BRICS, à Kazan en 2024, le président chinois Xi Jinping a annoncé la création du Centre Chine-BRICS de coopération pour le développement des technologies de l'intelligence artificielle. Il s'est dit prêt à approfondir la coopération en matière d'innovation avec tous les pays membres pour exploiter le potentiel de l'IA.

« La création du centre vise à transformer cette vision en mécanismes de coopération concrets, pour que les pays des BRICS participent à l'innovation de l'ère de l'IA en tant que coauteurs », explique Xu Shan, experte du centre. Le bilan est déjà chiffré. Le centre a organisé 55 rencontres pour mettre en relation l'offre et la demande des entreprises de l'IA, afin d'aider à bâtir des projets de coopération internationale. Ses formations ont réuni 105 hauts fonctionnaires venus de 58 pays.

Former 105 hauts fonctionnaires de 58 pays, c'est bien plus que le nombre de membres de l'association. Les BRICS ne se contentent donc plus de défendre le droit au développement dans leurs déclarations. Ils forment les responsables qui écriront demain, dans le Sud global, les règles de l'intelligence artificielle.

Pour aller plus loin

Kazan et le kremlin blanc du Tatarstan — Kazan, capitale du Tatarstan : le kremlin blanc classé, la mosquée Koul-Charif et la Volga. Sur Aventurusse.

Sources

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