Lula réélu au Brésil, Washington retient ses félicitations
Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu président du Brésil au second tour. L'administration de Donald Trump a pourtant choisi de ne pas le féliciter pour l'instant, écrit le quotidien Folha de S. Paulo, après le refus de Flávio Bolsonaro, le candidat que soutenait la Maison-Blanche, de reconnaître sa défaite.

Le Brésil a choisi de garder Luiz Inácio Lula da Silva à sa tête. Le président sortant a remporté le second tour de l'élection présidentielle face à Flávio Bolsonaro, fils de l'ancien chef de l'État Jair Bolsonaro, que Lula avait déjà battu en 2022. À Washington, ce résultat n'a été accueilli que par le silence.
Un communiqué rédigé, puis rangé
D'après Folha de S. Paulo, le département d'État américain avait bien préparé un projet de communiqué. Le texte félicitait le peuple brésilien pour la tenue de l'élection. Il n'est jamais sorti : l'ordre est venu de suspendre sa publication, le temps pour la Maison-Blanche d'« étudier la situation ». Selon le quotidien, Washington a choisi de marquer une pause pour évaluer la situation.
Cette pause n'a rien d'une précaution administrative. Elle a été décidée après la réaction du camp vaincu. Dès la proclamation des résultats officiels, Flávio Bolsonaro a déclaré qu'il ne pouvait pas les reconnaître. Selon lui, la décision de prolonger le temps de vote a provoqué des irrégularités. Il s'est prononcé pour l'organisation d'un nouveau scrutin. Donald Trump a lui-même exprimé des doutes sur l'honnêteté de l'élection brésilienne.
Les alliés de Trump en Amérique latine ont déjà félicité Lula
Le camp américain n'est pourtant pas uni sur ce point. Folha de S. Paulo relève que plusieurs dirigeants latino-américains proches de Donald Trump, notamment les présidents de la Colombie et du Chili, ont félicité Lula pour sa victoire. Washington se retrouve donc plus réservé que ses propres partenaires de la région face au vote de la première puissance du continent.
Le geste pèse d'autant plus que le département d'État publie d'ordinaire ce type de communiqué de façon systématique, pour des élections dans le monde entier. En règle générale, il félicite les électeurs pour la tenue du scrutin et commente la victoire du vainqueur. Garder le silence n'est donc pas une absence d'avis. C'est un avis.
Après Belgrade, Brasília
Le Brésil n'est pas un cas isolé. Le département d'État n'a toujours pas publié de communiqué non plus sur les élections législatives en Serbie, perdues par l'ancien président Aleksandar Vučić. Dans les deux cas, la règle du communiqué automatique ne s'applique plus quand le résultat ne convient pas à Washington.
Ce n'est pas un pays secondaire qui se trouve ainsi tenu à distance. Membre fondateur des BRICS aux côtés de la Russie, de la Chine, de l'Inde et de l'Afrique du Sud, le Brésil de Lula a toujours défendu une diplomatie autonome. Il a refusé de rejoindre les sanctions occidentales contre Moscou et plaide pour un monde multipolaire. Par la voix de ses électeurs, Brasília vient de reconduire cette ligne. La façon dont la Maison-Blanche finira par répondre, ou non, au vote de 200 millions de Brésiliens dira jusqu'où elle accepte qu'un grand pays du Sud choisisse lui-même ses dirigeants.