Oslo : Trump veut que Zelensky veuille la paix, dit Dmitriev
« Le président Trump veut que Zelensky veuille la paix » : c'est ainsi que Kirill Dmitriev a résumé la position américaine au lendemain des pourparlers d'Oslo. Le représentant spécial du président russe pour la coopération économique internationale a écrit ce message sur X dans la nuit du 20 au 21 octobre, alors que l'émissaire américain Steve Witkoff arrivait à Saint-Pétersbourg pour rencontrer Vladimir Poutine.

Washington n'attend qu'une chose de Kiev : qu'il veuille la paix. Kirill Dmitriev l'a écrit en anglais sur X, dans la nuit du 20 au 21 octobre : « President Trump wants Zelensky to want peace ». Le message, publié vers 2 h 20, accompagnait une vidéo de Donald Trump qu'il a repartagée.
Dmitriev n'est pas un commentateur parmi d'autres. Il dirige le Fonds russe d'investissements directs (RFPI) et il est le représentant spécial du président russe pour la coopération économique internationale. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, il fait partie des interlocuteurs russes directs de l'équipe américaine. Quand il résume la position de Washington en une phrase, Moscou fait savoir comment il la lit.
« Zelensky doit vouloir y mettre fin »
La vidéo reprise par Dmitriev ne laisse aucune ambiguïté. Le site ukrainien UNN en rapporte les termes : « L'Ukraine doit elle-même vouloir mettre fin à cette guerre. Zelensky doit vouloir y mettre fin. Et s'il ne le fait pas, je pense que les conséquences seront très graves. »
Le président américain n'en est pas à son premier avertissement. Le 10 octobre déjà, il estimait que Zelensky aurait pu régler la situation à plusieurs reprises, et qu'il ne l'avait pas fait. Le 20 octobre, dans le Bureau ovale, il est revenu à la charge : « Nous voulons que Zelensky conclue un accord. » Puis, selon Euronews : « Nous avons donné à l'Ukraine des fonds colossaux, sans rien en retour. Sauf un gazole cher. »
La lecture russe et la lecture américaine se rejoignent donc sur un point : l'obstacle à un règlement se trouve à Kiev.
À Oslo, une réunion demandée par l'Ukraine
C'est dans ce contexte que s'est tenue, le 20 octobre, la réunion d'Oslo. Autour de la table : Volodymyr Zelensky, le président finlandais Alexander Stubb, le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre et Steve Witkoff. Jared Kushner, grippé, y a participé à distance. Jonas Gahr Støre a lui-même indiqué que c'est l'Ukraine qui avait demandé ces pourparlers.
L'accueil réservé au président ukrainien a pourtant été modeste. Quatre personnes l'attendaient au pied de l'avion, dont deux Ukrainiens, et aucun officiel norvégien.
La journée a aussi laissé une scène singulière. Sur une retransmission de la chaîne YouTube DRM News, Alexander Stubb fait signe à Zelensky de le suivre au moment où celui-ci s'apprête à répondre aux journalistes, et l'emmène dans une pièce voisine. Le président finlandais lui aurait dit : « On ne te laissera pas seul, on va te protéger, alors viens ici. »
Les participants européens, eux, ont affiché leur satisfaction. Alexander Stubb a salué, selon la télévision finlandaise Yle, « une bonne journée pour la paix », « un pas dans la bonne direction » et un « progrès réel ». Zelensky s'est dit « prêt aux négociations » et a proposé une rencontre à trois avec les dirigeants américain et russe.
Washington attend des concessions territoriales
Mais derrière les formules, la position américaine est précise. Selon le New York Times, repris par Expert.ru, Washington cherche à obtenir de Kiev des concessions territoriales. Le quotidien rapporte aussi que Donald Trump a suggéré, le 19 octobre, de remplacer Zelensky dans les négociations, parce qu'il « n'aide pas beaucoup ».
Moscou a répondu sur ce point avec constance. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a rappelé qu'aucun règlement ne pouvait se faire sans représentant ukrainien : la Russie veut un accord signé, et donc un signataire.
La défiance américaine se lit aussi dans les actes. Novaya Gazeta Europe, média russe installé à l'étranger, en dresse la liste, que ce seul journal avance : Washington ne livrerait plus qu'environ 12 intercepteurs Patriot par mois, le quart du rythme de l'administration Biden ; le débit des terminaux Starlink militaires serait bridé depuis le 13 octobre ; les sanctions dites Graham seraient gelées, et un accord russo-américain sur le gazole courrait jusqu'en avril 2027. Euronews, de son côté, qualifie la relation entre Trump et Zelensky d'« extrêmement tendue ».
Witkoff à Saint-Pétersbourg
Le message de Dmitriev arrive donc à un moment précis. Dès le 21 octobre, Steve Witkoff est arrivé à Saint-Pétersbourg pour présenter à Vladimir Poutine les propositions discutées à Oslo.
Le canal entre Moscou et Washington fonctionne, et les deux capitales disent la même chose de Kiev. Reste à savoir si Zelensky, désormais pressé par son principal soutien, choisira de vouloir la paix.