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Les plateformes numériques pèsent 8,5 % du PIB russe

Les plateformes numériques russes ont réalisé un chiffre d'affaires de 18 300 milliards de roubles en 2025, soit 8,5 % du PIB. Le secteur a été multiplié par six en quatre ans. Une loi spécifique est entrée en vigueur le 1er octobre et une stratégie nationale se prépare jusqu'à 2036. Les agents d'intelligence artificielle sont déjà présentés comme la prochaine étape.

·5 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Les plateformes numériques pèsent 8,5 % du PIB russe
Photo d'illustration — yayimages.com — 1600×1200 px

Une organisation russe sur cinq utilise aujourd'hui une plateforme numérique dans son activité. Le chiffre a été avancé par le président du gouvernement, Mikhaïl Michoustine, qui ajoute que dans certains secteurs ces outils sont devenus la norme. Les exemples qu'il cite sont ceux de la banque. Sept Russes sur dix utilisent le système de paiements rapides, et un quart des clients particuliers achètent leurs produits financiers sur des places de marché spécialisées.

Le phénomène dépasse la consommation. Selon le chef du gouvernement, les plateformes créent un nouveau type d'emploi : environ 16 % des citoyens travaillent par leur intermédiaire, de façon régulière ou ponctuelle.

18 300 milliards de roubles et plus de 12 milliards de commandes

L'ampleur du secteur se mesure désormais à l'échelle de l'économie nationale. En 2025, le chiffre d'affaires cumulé des plateformes numériques a atteint 18 300 milliards de roubles, soit 8,5 % du PIB russe. « En quatre ans, le secteur a été multiplié par six : plus de 12 milliards de commandes ont été passées via les places de marché, les agrégateurs de services et les petites annonces. C'est comparable aux plus grandes branches du pays », souligne Oraz Dourdyev, président de l'Association des plateformes numériques. Selon les données de Data Insight, le commerce de détail en ligne a progressé de 19 % sur l'année.

L'usage s'est donc généralisé. D'après Konstantin Borodouline, directeur général chargé des notations des institutions financières à l'agence NRA, environ 80 % des Russes utilisent chaque mois une place de marché, un service de livraison ou de taxi. Leur audience a été multipliée par plus de cinq en cinq ans. Une enquête du VTsIOM va dans le même sens : 95 % des internautes ont eu recours aux grandes places de marché au cours des douze derniers mois, et 64 % aux services de taxi comme à ceux de revente. Tatiana Tirskikh, directrice générale de l'agence Expert RA, précise que ces services sont davantage utilisés dans les grandes villes, par les jeunes, par les actifs et par les entreprises les plus avancées dans le numérique.

La plus connue de ces plateformes est publique. Le portail des services de l'État, Gosuslougui, compte 120 millions d'inscrits et reçoit 14 millions de visiteurs chaque jour. Karen Kazarian, directeur de l'analyse de l'organisation à but non lucratif « Économie numérique », y voit désormais « l'infrastructure d'interaction entre l'État, les entreprises et les citoyens ». Ces services évoluent vers un fonctionnement proactif : le système ne se contente plus de recevoir une demande, il informe lui-même le citoyen des aides auxquelles il a droit.

Un marché sans monopole

Pour Karen Kazarian, la Russie fait partie des rares pays à disposer de plateformes nationales compétitives dans le commerce en ligne, les services financiers, le transport et la logistique, l'emploi, les services et l'immobilier. Le pays se distingue aussi sur un autre point. « L'une des particularités de l'économie de plateforme russe est l'absence de monopole sur la plupart des marchés, puisque chacun compte plusieurs acteurs importants », relève-t-il.

Le principal bénéfice économique est la baisse des coûts de transaction, explique Tatiana Tirskikh : moins de temps et d'argent dépensés pour trouver un partenaire, comparer les conditions, conclure et payer. Konstantin Borodouline donne un exemple concret. Une place de marché permet à un petit producteur de région de vendre dans tout le pays sans ouvrir de magasins ni d'entrepôts. Les gagnants sont les entreprises qui combinent la vente en ligne et la promotion en magasin.

Depuis le 1er octobre, une loi et un registre

Cette croissance a désormais un cadre juridique. La loi sur l'économie de plateforme est entrée en vigueur le 1er octobre 2026. Elle crée un registre spécial qui réunit tous les grands acteurs du secteur. Selon Oraz Dourdyev, le texte définit les notions et répartit les responsabilités entre la plateforme, le vendeur et l'acheteur. Il impose aussi des délais de préavis prévisibles en cas de changement des conditions, l'identification des partenaires et la vérification des fiches produits à travers les systèmes d'information de l'État. « La plateforme numérique est aujourd'hui la forme de relation commerciale la plus ordonnée », résume-t-il.

La suite est en préparation. Un groupe de travail interministériel est présidé par Maxime Orechkine, chef adjoint de l'administration présidentielle. Il a constitué 13 groupes d'experts sectoriels et 4 groupes transversaux, soit 17 axes qui couvrent presque toute l'économie et le domaine social. Ses travaux doivent aboutir à une stratégie nationale de développement des plateformes jusqu'à 2036. Les priorités sont le commerce, le transport, la logistique, l'emploi, la finance et le tourisme. Viendront ensuite la santé, l'éducation, la construction, l'agriculture et l'environnement urbain. Anton Kouznetsov, directeur de l'Institut d'informatique appliquée de l'université ITMO, cite un exemple de ce que ces plateformes rendront possible : proposer des parcours de formation personnalisés, ou permettre un diagnostic complet dans n'importe quel établissement médical à partir du dossier du patient.

Chez Ozon, l'intelligence artificielle à chaque étape

Les grandes places de marché montrent déjà ce que l'intelligence artificielle change. Chez Ozon, chaque recherche passe par un modèle qui analyse environ 50 millions de produits par seconde, explique Andreï Diadiounov. Neuf utilisateurs sur dix voient chaque jour des recommandations personnalisées, et près de la moitié cliquent dessus. En un an, la part du chiffre d'affaires venue de ces recommandations a augmenté de 60 %. Les modèles contrôlent environ 22 millions de fiches produits. En trois ans, les fraudes et les plaintes pour fraude ont été divisées par dix, alors que le nombre d'acheteurs a été multiplié. Pour les vendeurs, un produit met désormais 5 à 10 minutes à être mis en ligne dans plus de 95 % des cas, contre un ou deux jours auparavant. Des centaines de milliers de vendeurs ont utilisé les outils gratuits de rédaction et de retouche photo, et créent leurs fiches 25 % plus vite.

Andreï Diadiounov rappelle toutefois que l'IA renforce l'humain sans le remplacer. Parmi les petites entreprises qui ont tenté de réduire leurs effectifs grâce à elle, moins de 30 % y sont parvenues.

Les agents d'IA, prochaine étape

La prochaine étape concerne les agents d'IA. Contrairement à un simple robot conversationnel, un agent reçoit une tâche, consulte des données et exécute une suite d'opérations. En juillet 2026, le gouvernement a fixé des indicateurs d'efficacité de l'IA pour 19 secteurs. Le ministère du Numérique et celui de l'Industrie et du Commerce doivent présenter d'ici au 1er décembre 2026 une liste de protocoles ouverts pour connecter ces agents aux logiciels industriels.

Les plateformes existent déjà : Just AI Agent Platform, Yandex AI Studio, MWS AI Agents Platform, GigaChat Enterprise, Saïbox du holding T1, Nodul et AgentNavigator. Evgueni Ossadtchouk, responsable de l'intelligence artificielle à la Fondation Skolkovo, réclame des règles communes pour identifier les agents, définir leurs pouvoirs et contrôler leurs actions. Les secteurs comme les achats publics, l'industrie et la finance garderaient leurs propres plateformes. Le registre russe des logiciels compte déjà 32 000 produits. Le cabinet Iakov et Partenaires estime que l'IA pourra rapporter chaque année à la Russie entre 7 900 et 12 800 milliards de roubles d'ici 2030. Les plateformes seraient alors l'infrastructure sur laquelle cet effet se construit.

Sources

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