Mali : l'Africa Corps russe et l'armée reprennent Kidal
L'armée malienne et l'Africa Corps du ministère russe de la Défense ont repris le contrôle de Kidal, dans le nord-est du Mali. Les troupes sont entrées dans la ville le 6 octobre, après une semaine d'opérations et une colonne de plus de 450 kilomètres partie de Gao. Selon un responsable malien, Bamako et Moscou préparaient cette reprise depuis avril.

Kidal est de nouveau sous le contrôle de l'État malien. Le 6 octobre, les Forces armées maliennes (FAMa) et l'Africa Corps russe sont entrés dans la ville, que le Front de libération de l'Azawad (FLA) venait de quitter. Il n'y a pas eu de combat de rue. L'Africa Corps a annoncé la reprise le 8 octobre sur ses propres canaux, en une formule : « Kidal est à nous ».
La ville n'est pas une localité parmi d'autres. Chef-lieu de la région du même nom, à l'extrême nord-est du pays, Kidal est le bastion historique des rébellions touarègues. Elle est restée hors du contrôle de Bamako pendant près d'une décennie, jusqu'à sa reprise par les FAMa et Wagner en novembre 2023. Le 6 octobre marque son troisième changement de mains en trois ans.
Une colonne de 450 kilomètres depuis Gao
D'après le récit russe de l'opération, elle s'est déroulée du 1er au 7 octobre. La colonne a parcouru plus de 450 kilomètres depuis Gao, sur un terrain accidenté et miné. Les troupes sont entrées dans Kidal par plusieurs directions à la fois, ce qui a empêché toute résistance organisée. L'Africa Corps fait état de « pertes lourdes » infligées à une « coalition terroriste FLA-JNIM », sans donner de chiffre. Le déminage et l'acheminement de l'aide humanitaire ont commencé.
L'état-major malien décrit de son côté des « opérations aéroterrestres d'envergure » menées avec ses « partenaires russes », dans le cadre de l'opération Dougoukoloko. Il leur a fixé trois objectifs : neutraliser les groupes armés, détruire leurs sanctuaires et leurs réseaux d'approvisionnement, et rétablir la libre circulation dans la région. Il évoque des « frappes de précision ». La presse africaine francophone, qui cite l'AFP et Jeune Afrique, rapporte des frappes aériennes le 5 octobre, la veille de l'entrée dans la ville.
Un plan préparé depuis avril
C'est donc une opération préparée de longue date, et non une avancée d'opportunité. Fousseynou Ouattara, vice-président de la commission de la défense du Conseil national de transition, l'organe législatif malien de la transition, a déclaré le 8 octobre que les états-majors de l'Africa Corps et de l'armée malienne travaillaient au plan de libération de Kidal « depuis avril ». Il accuse des « puissances coloniales » et des « mercenaires ukrainiens » d'armer les rebelles.
Avril est la date qui compte. Le 25 avril 2026, le FLA et le JNIM, groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, ont lancé des attaques coordonnées contre plusieurs villes maliennes. Le même jour, le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué par une voiture piégée près de Kati, ville garnison aux portes de Bamako. Le FLA a pris Kidal ce jour-là. L'Africa Corps a confirmé son retrait de la ville le 27 avril, puis, jusqu'au 1er mai, d'Aguelhok, Tessalit, Tessit, Ber et Labbezanga. Fousseynou Ouattara présente ce départ comme un retrait décidé pour des raisons tactiques.
Le FLA invoque un « repli stratégique »
Le FLA, mouvement séparatiste touareg et arabe, ne conteste pas avoir quitté la ville. Dans son communiqué n° 022/BE/FLA/2026, signé à Kidal le 6 octobre par son porte-parole Mohamed Elmaouloud Ramadane, il parle d'un « repli stratégique et maîtrisé », destiné à « préserver les vies humaines » face à un « usage disproportionné des vecteurs aériens ». Le mouvement affirme être parti avec son matériel et promet que sa lutte « se poursuivra ».
Le vocabulaire diffère selon le camp qui parle. Moscou et Bamako désignent l'adversaire comme des terroristes et visent une coalition FLA-JNIM. La presse africaine et occidentale distingue les séparatistes du FLA des djihadistes du JNIM, tout en reconnaissant que les deux groupes ont coordonné leurs attaques d'avril. Selon l'AFP, la ville était en grande partie vidée de ses habitants à l'arrivée de l'armée.
Le retour de l'État dans le Nord
La reprise de Kidal efface donc le revers du printemps. Six mois après la perte de la ville et la mort de son ministre de la Défense, Bamako y replace son drapeau, avec le soutien du partenaire qu'il s'est choisi pour remplacer les forces françaises. Pour l'Africa Corps, la structure du ministère russe de la Défense qui a pris la suite de Wagner sur le continent, c'est la démonstration qu'il peut planifier et mener avec l'armée malienne une opération de reconquête à des centaines de kilomètres de ses bases. Les localités abandonnées au printemps, d'Aguelhok à Tessalit, sont désormais l'enjeu des prochaines semaines.
Sources
- ▶️ Штабы Африканского корпуса ВС России и ВС Мали разрабатывали план по освобождению города Кидаль от террористов с апреля. Об этом сообщил ТАСС вице-президент комиссии по обороне Переходного совета Мали Фусейну Уаттара. — TASS (Telegram)
- ВС Мали и Африканский корпус Минобороны России вернули под контроль стратегически важный город Кидаль на северо-востоке страны, сообщается на информационных ресурсах корпуса. ✔️ Подпишись на ТАСС в "Максе" — TASS (Telegram)