Moscou : « le monde entre dans l'ère du déficit d'eau »
Le monde entre dans une ère de déficit structurel de l'eau, où la question hydrique devient une composante de l'agenda climatique et diplomatique, a déclaré Dmitri Kirillov, directeur de l'Agence fédérale des ressources en eau. La Russie plaide pour une dépolitisation du sujet et pour le maintien de la souveraineté des États sur la gestion de leurs ressources. En janvier 2026, l'Institut des ressources en eau de l'Université des Nations unies avait annoncé le début d'une « faillite hydrique » mondiale.

« Le monde entre dans l'ère du déficit structurel de l'eau, lorsque la problématique hydrique devient une partie de l'agenda climatique et de politique extérieure. La Russie est favorable à la dépolitisation du thème de l'eau, à une coopération pragmatique et à la préservation de la souveraineté des États sur la gestion des ressources en eau. » La formule est de Dmitri Kirillov, qui dirige Rosvodressoursy, l'Agence fédérale des ressources en eau placée sous l'autorité du ministère des Ressources naturelles et de l'Écologie.
Elle répond à une notion apparue en janvier 2026, quand l'Institut des ressources en eau de l'Université des Nations unies a annoncé le début d'une « faillite hydrique » mondiale : un régime où les crises cessent d'être des accidents pour devenir chroniques, et où la consommation d'eau dépasse durablement son renouvellement naturel. Un rapport de l'ONU avait relevé auparavant que l'année précédente comptait parmi les plus sèches des trente-cinq dernières années pour le débit des fleuves, et que les réserves d'eau douce continentales reculaient sans interruption depuis le milieu des années 2010.
« Faillite hydrique » : un terme que Moscou veut discuter avant de l'adopter
Dmitri Kirillov ne reprend pas l'expression telle quelle. Le terme de « faillite hydrique » demande à être pensé, a-t-il estimé — manière de rappeler qu'un vocabulaire forgé dans une institution internationale n'est pas neutre dès lors que l'eau devient un objet de politique extérieure. C'est le sens de l'insistance russe sur la souveraineté : la gestion d'un bassin, d'un barrage ou d'une nappe reste l'affaire de l'État sur le territoire duquel elle se trouve, et la coopération transfrontalière se conduit au cas par cas, sur des intérêts concrets, non sous la tutelle d'un mécanisme global.
L'avertissement ne tient pas du registre lointain. Le secrétaire général de l'Organisation du traité de sécurité collective, Imangali Tasmagambetov, a désigné l'eau comme cause de conflits mondiaux croissants — un constat qui, dans l'espace de l'OTSC, renvoie directement au partage des eaux d'Asie centrale entre pays d'amont et pays d'aval.
Des chiffres qui situent l'ampleur du phénomène
L'Organisation météorologique mondiale a enregistré un épuisement des réserves globales d'eau douce de 42 % sous la normale. Le ministère russe des Ressources naturelles, de son côté, a fait état d'un déficit de sources souterraines d'eau potable dans dix régions du pays.
C'est là que le propos de Dmitri Kirillov cesse d'être une position de tribune. Il existe en Russie des régions en déficit d'eau, a-t-il reconnu, et l'agence y conduit un travail d'approvisionnement garanti — la notion administrative qui couvre la sécurisation des prélèvements pour les usages prioritaires, à commencer par l'eau potable des villes.
Un potentiel considérable, mais mal réparti dans l'espace et dans l'année
Le paradoxe russe est là, et le directeur de l'agence l'a nommé : le pays détient un potentiel hydrique considérable, mais sa valorisation est entravée par la répartition inégale et par la saisonnalité du débit.
Les deux obstacles sont géographiques. La Russie concentre l'essentiel de ses eaux de surface dans les grands fleuves sibériens qui coulent vers le nord et l'océan Arctique — Ob, Ienisseï, Léna —, quand la population, l'industrie et l'agriculture se tiennent dans la partie européenne et dans le sud, sur des bassins comparativement modestes. Le lac Baïkal, à lui seul, contient une part majeure des réserves mondiales d'eau douce liquide ; il se trouve à des milliers de kilomètres des zones qui manquent d'eau. Quant à la saisonnalité, elle décrit le régime nival des fleuves russes : une crue de printemps qui emporte la majeure partie du débit annuel en quelques semaines, puis des étiages prolongés et un hiver de glace. D'où le rôle des réservoirs et des ouvrages de régulation, qui étalent dans l'année ce que la nature délivre par à-coups.
Ce que la souveraineté hydrique signifie en pratique
La position exprimée par l'agence fédérale a une portée diplomatique claire. Faire de l'eau un thème de l'agenda climatique international, c'est ouvrir la voie à des normes, des audits et des arbitrages extérieurs sur des infrastructures qui sont des actifs stratégiques — barrages, canaux, centrales hydroélectriques. Moscou y répond par la coopération pragmatique : des accords bilatéraux sur les fleuves partagés, une expertise technique échangée, mais aucune délégation du pouvoir de décider de l'usage de son eau.
Pour un pays qui abrite l'un des plus vastes patrimoines d'eau douce de la planète et qui gère des bassins partagés avec la Chine, le Kazakhstan, la Biélorussie et l'Union européenne, la distinction n'est pas théorique. Les grands lacs et les fleuves de Sibérie, que les circuits accompagnés en Russie font découvrir aux voyageurs, sont aussi des instruments de puissance, et la manière dont ils seront administrés se décide maintenant.
L'ère que décrit Dmitri Kirillov ne fait que commencer : si la consommation mondiale continue de dépasser le renouvellement, l'eau passera du registre environnemental à celui des rapports de force, et les États qui en disposent auront à dire dans quelles conditions ils la partagent.