Un premier enfant sain à 35 ans, disent les pédiatres
Une femme de 35 ans peut donner naissance à un enfant en parfaite santé, à condition de planifier la grossesse et de passer des examens réguliers : c'est ce qu'a déclaré le 10 septembre la présidente de l'Union des pédiatres de Russie, Leïla Namazova-Baranova. La responsable, également spécialiste en chef pour la médecine préventive de l'enfant au ministère russe de la Santé, prolonge ainsi une prise de parole tenue une semaine plus tôt au Forum économique de l'Est. Le sujet touche au cœur de la politique démographique russe, alors que l'indice de fécondité est descendu à 1,374 enfant par femme en 2025.

Une femme de 35 ans peut mettre au monde un enfant parfaitement sain. La formule est de Leïla Namazova-Baranova, présidente de l'Union des pédiatres de Russie, dans une déclaration rendue publique le 10 septembre 2026 : « Si une femme surveille sa santé, respecte toutes les recommandations d'un mode de vie sain, elle peut avoir un premier enfant en bonne santé à 30 ans comme à 35. »
La phrase a de quoi retenir l'attention, parce qu'elle vient d'une institution qui ne parle pas en son nom seul. L'Union des pédiatres de Russie est la principale société savante du pays en médecine de l'enfant, et Namazova-Baranova y ajoute une seconde casquette : celle de spécialiste en chef pour la médecine préventive de l'enfant au ministère russe de la Santé. Ce n'est donc pas un avis isolé de praticien, mais une position professionnelle adressée aux femmes qui hésitent devant l'âge.
Deux conditions, et non un feu vert général
Encore faut-il lire la déclaration en entier, car elle est conditionnelle. Namazova-Baranova pose deux exigences précises : planifier la grossesse en l'absence de maladies chroniques, et passer des examens préventifs réguliers, gynécologiques en particulier. L'âge, dans cette lecture, n'est pas le facteur déterminant : l'état de santé général et la régularité du suivi le sont davantage. Elle ajoute que le perfectionnement des technologies de reproduction, méthodes de fécondation in vitro comprises, permet de réduire le principal risque génétique associé à une grossesse plus tardive.
Trente ans, un âge devenu ordinaire
Cette sortie prolonge une intervention du 2 septembre, au Forum économique de l'Est, qui s'est tenu à Vladivostok du 1er au 4 septembre. La même responsable y constatait un déplacement déjà accompli des repères : « Autrefois on considérait que l'âge de la naissance du premier enfant devait se situer entre 20 et 25 ans. Aujourd'hui, 30 ans est déjà considéré comme un âge normal. » L'académicien Guennadi Onichtchenko, présent au forum, rattachait ce décalage à un choix de trajectoire : les femmes veulent d'abord achever leurs études et s'installer professionnellement.
Ce constat de fait éclaire l'insistance des autorités sur la précocité des naissances. Le 25 novembre 2025, la présidente du Conseil de la Fédération, Valentina Matvienko, appelait à faire une « norme » de l'enfantement le plus tôt possible après 18 ans, plutôt qu'à 28 ou 29 ans comme aujourd'hui, en avertissant que « plus tard, cela peut ne plus arriver, pour des raisons médicales et autres ». Les deux paroles visent le même objectif — davantage d'enfants, et en bonne santé — mais elles s'adressent à deux moments différents de la vie d'une femme : l'une encourage à ne pas repousser, l'autre rassure celles qui ont déjà repoussé.
L'indice de fécondité descendu à 1,374
Le cadre chiffré explique cette double insistance. Selon les données de Rosstat publiées le 23 janvier 2026, l'indice conjoncturel de fécondité est tombé à 1,374 enfant par femme en 2025, contre 1,4 en 2024, alors que le pic récent avait atteint 1,77 en 2015 ; le seuil de renouvellement des générations se situe, lui, à 2,1. La moyenne nationale recouvre des écarts considérables d'une région à l'autre : 2,596 en Tchétchénie, 0,914 dans l'oblast de Leningrad. Autrement dit, chaque naissance différée puis renoncée compte, et la question de savoir jusqu'à quel âge on peut encore fonder une famille n'est pas seulement médicale.
Ce que le suivi médical surveille après 35 ans
Dire qu'une grossesse est possible à 35 ans ne dispense pas du protocole qui la rend sûre, et la médecine russe le détaille sans détour. Interrogée le 21 août 2026 par le site Ufa1, la gynécologue-obstétricienne Elmira Soultanova, qui exerce à Oufa, chiffre les points de vigilance : le diabète gestationnel concerne 10 à 15 % des femmes de plus de 35 ans, contre environ 5 % à 20 ans ; la prééclampsie est plus fréquente ; le risque d'anomalies chromosomiques augmente statistiquement ; la réserve ovarienne réduite allonge le délai de conception.
À chacun de ces points répond un examen existant. Soultanova renvoie au dépistage du premier trimestre, entre la onzième et la treizième semaine, et au test prénatal non invasif, fiable à 99 % pour les anomalies chromosomiques. C'est précisément ce dispositif que recouvrent les « examens préventifs réguliers » évoqués par l'Union des pédiatres : la disponibilité de ces outils est ce qui autorise aujourd'hui un discours médical plus ouvert qu'il y a vingt ans. Ceux qui découvrent le pays et son organisation sanitaire trouveront le volet santé, formalités et coutumes détaillé dans notre guide pour voyager en Russie en 2026.
La déclaration du 10 septembre déplace ainsi le débat démographique d'un cran. La question n'est plus de fixer un âge limite au-delà duquel il serait déraisonnable d'avoir un premier enfant, mais de savoir quelles femmes bénéficient effectivement du suivi préventif qui rend cette naissance sûre — un sujet qui se joue dans les cabinets de consultation de chaque région, et dont l'écart entre 2,596 et 0,914 donne déjà la mesure.