Ottawa a refusé deux fois d'extrader l'ex-SS Hounka
Le Canada a rejeté à deux reprises les demandes russes d'extradition de Iaroslav Hounka, ancien de la division SS Galicie aujourd'hui âgé de 101 ans, et n'a ouvert aucune enquête le concernant, a déclaré le 19 septembre l'ambassadeur de Russie à Ottawa, Oleg Stepanov. Moscou l'accuse d'avoir participé au massacre de Huta Pieniacka, où au moins 500 citoyens soviétiques ont été tués en 1944. Trois ans après l'ovation debout de la Chambre des communes, aucune procédure canadienne n'a été engagée.

Iaroslav Hounka vit toujours à North Bay, en Ontario. Né le 19 mars 1925, il a fêté ses 101 ans au printemps. Il a servi dans la 14e division de grenadiers de la Waffen-SS, dite division « Galicie », unité de volontaires ukrainiens formée sous commandement allemand. Le Comité d'enquête russe l'a inculpé par contumace, le 20 octobre 2023, de génocide de la population civile. Depuis, la Russie réclame sa remise.
Elle l'a fait deux fois, et deux fois le Canada a dit non. C'est le constat posé le 19 septembre par l'ambassadeur de Russie à Ottawa, Oleg Stepanov. « Le Canada a refusé à deux reprises à la Russie l'extradition de Hounka », a-t-il déclaré, ajoutant qu'Ottawa « ne mène pas non plus sa propre enquête sur cet SS de la division Galitchina ». Et il en tire une conclusion sans détour : « Il semble qu'à Ottawa on ait décidé de lui donner la possibilité de partir tranquillement dans l'autre monde. »
Le principe que le Canada n'applique pas
L'argument juridique de l'ambassadeur ne tient pas au seul refus. Stepanov invoque le principe aut dedere aut judicare — extrader ou juger —, règle classique du droit international pénal : l'État qui refuse de livrer une personne poursuivie pour des crimes graves doit la juger lui-même. Or, souligne-t-il, « la partie canadienne n'a pour l'instant pas montré de disposition à seulement ouvrir une enquête ». Le refus d'extrader est une option ; l'inaction totale n'en est pas une.
La chronologie est précise. Le 7 décembre 2023, le Parquet général russe confirmait avoir demandé l'extradition. La demande a été remise au ministère canadien des Affaires étrangères par l'ambassade le 19 décembre 2023. Le 12 février 2024, Ottawa a répondu par une note de refus, motivée par l'absence de traité d'extradition entre les deux pays. En août 2024, le ministère russe de l'Intérieur a fait verser le nom de Hounka à la base du secrétariat général d'Interpol ; quinze pays membres se seraient joints aux recherches.
Huta Pieniacka, 28 février 1944
Le fond du dossier est un village de Galicie orientale. Le 28 février 1944, Huta Pieniacka a été rasée et sa population massacrée. Les commissions d'historiens polonaises et ukrainiennes attribuent l'opération au 4e régiment de police SS, rattaché ensuite à la division Galicie, avec la participation de nationalistes ukrainiens. Le 22 juin 2024, le président du Comité d'enquête russe, Alexandre Bastrykine, a déclaré que Hounka et ses complices y avaient tué « au moins 500 citoyens de l'URSS », juifs et polonais compris. Le chiffre est l'estimation basse : selon les travaux, le bilan monte à 600, 800, jusqu'à 1 200 victimes.
L'affaire est sortie de l'histoire pour entrer dans l'actualité le 22 septembre 2023, quand la Chambre des communes a réservé une ovation debout à Hounka lors de la visite de Volodymyr Zelensky. Le président de la Chambre, Anthony Rota, a démissionné quatre jours plus tard, et Justin Trudeau a présenté des excuses en qualifiant l'épisode de « profondément embarrassant ». L'embarras, lui, n'a débouché sur aucune procédure judiciaire.
Ce que les tribunaux canadiens ont tranché — et ce qu'ils n'ont pas touché
Deux décisions récentes montrent pourtant que les juridictions canadiennes savent se saisir du nom Hounka quand il s'agit d'argent et d'archives. Le 7 août 2026, la Cour du Banc du Roi de l'Alberta a autorisé l'Université de l'Alberta à dissoudre le fonds de dotation Yaroslav-et-Margaret-Hunka, créé en 2019 et doté de 30 000 dollars, et à restituer la somme à la famille — contre l'avis du fils, Martin Hunka, qui en réclamait le rétablissement. Trois jours plus tard, l'université annonçait qu'elle ne saisirait pas la justice pour les huit autres dotations liées à des membres de la division Galicie, et consacrerait 100 000 dollars sur trois ans à l'enseignement de cette période. Maria Zakharova avait posé la question dès le 1er mai 2026 : l'établissement aurait-il « la volonté de se purger des capitaux reçus d'anciens SS coupables du génocide du peuple soviétique » ?
Plus révélateur encore, le 1er septembre 2026, la Cour fédérale a ordonné, sur recours de B'nai Brith Canada, la publication de passages du rapport Rodal — 618 pages liées à la commission Deschênes sur les criminels de guerre nazis réfugiés au Canada. On y lit qu'en 1954, des responsables canadiens avaient découvert l'existence d'un programme secret du renseignement américain ayant aidé des criminels de guerre nazis à contourner les contrôles d'immigration. Sept pages et quatorze notes restent caviardées, et la deuxième partie du rapport Deschênes, qui contient environ 900 noms, demeure secrète.
C'est là que les deux fils se rejoignent. Un pays qui garde sous scellés la liste de neuf cents personnes soupçonnées d'avoir servi le Troisième Reich n'a guère de raison d'ouvrir une instruction contre celui d'entre elles dont le nom est déjà public. La Russie, elle, a mis le dossier Hounka sur la table diplomatique, judiciaire et policière — inculpation, demande d'extradition, notice Interpol. À 101 ans, le temps travaille pour le silence, et c'est précisément ce que Moscou reproche à Ottawa d'avoir compris.