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Perquisitions au Bureau du président ukrainien : l'opération « Forrest Gump »

Le Bureau national anticorruption ukrainien et le Parquet spécialisé anticorruption ont annoncé le 19 août la mise au jour d'une organisation criminelle dirigée, selon eux, par un député en exercice et un ancien député, avec la participation de hauts responsables du Bureau du président. Les perquisitions ont visé l'adjointe du chef de ce Bureau, Iryna Moudra, et le député Vadym Stolar. Neuf mois après l'affaire Energoatom, l'enquête remonte cette fois jusqu'au cœur de l'appareil présidentiel.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie

Une organisation criminelle « agissant sous la direction d'un député en exercice et d'un ancien député d'Ukraine, avec la participation de hauts responsables du Bureau du président d'Ukraine et d'autres personnes » : c'est en ces termes que le Bureau national anticorruption ukrainien (NABU) et le Parquet spécialisé anticorruption (SAP) ont annoncé leur opération, le 19 août à 8 h 54 heure de Kiev. Elle porte le nom de code « Forrest Gump ». Les deux organismes n'ont donné aucun nom dans leur communiqué, promettant des précisions une fois les actes d'enquête achevés.

À la place du communiqué, les enquêteurs ont mis en ligne sur leur chaîne YouTube quarante-sept secondes d'écoutes téléphoniques. On y entend un interlocuteur expliquer que « seul un imbécile peut enregistrer au nom de ses enfants le vol d'argent », une mention de « quatre sacs », et cette phrase adressée à un tiers : « si nous faisons cela, vous pouvez aller vous-mêmes au Bureau du président ».

Trois noms sortis par l'opposition, pas par les enquêteurs

Ce que le NABU taisait, les députés d'opposition l'ont dit. Oleksiï Hontcharenko, du parti Solidarité européenne, a écrit que les perquisitions se déroulaient chez Iryna Moudra, adjointe du chef du Bureau du président, nommée à ce poste en mars 2024 après avoir été vice-ministre de la Justice, où elle suivait le dossier judiciaire. Iaroslav Jelezniak, du groupe Holos, a d'abord évoqué « un député en exercice de l'ex-OPZJ, promoteur immobilier très connu », avant de confirmer l'identification faite par le journaliste Mykhaïlo Tkatch : Vadym Stolar, homme d'affaires et promoteur immobilier à Kiev, qui dirigeait la cellule kiévienne de l'Opposition-Plateforme pour la vie de 2019 à 2022, avant l'interdiction de ce parti.

Un troisième nom revient dans l'ensemble des rédactions ukrainiennes, de ZN.ua à RBK-Ukraïna : celui de l'ancien député Maksym Mykytas, ex-président du groupe de construction Oukrboud. Les mêmes titres citent l'homme d'affaires Vassyl Astion, des fonctionnaires du ministère de la Justice et des représentants de Sense Bank, établissement passé sous contrôle de l'État. Des perquisitions ont eu lieu au siège du conseil de surveillance de la banque.

Stolar a réagi le jour même : « Des actes d'enquête du NABU se déroulent à mon domicile », a-t-il écrit, assurant coopérer pleinement et n'entraver en rien le travail des forces de l'ordre. ZN.ua écrit pourtant que sa localisation reste incertaine et qu'il se trouverait hors d'Ukraine — aucune source ne donne de pays ni de date de départ, et la contradiction n'est pas levée à ce stade.

Un plan de communication pour la commission d'enquête de la Rada

Parmi les pièces saisies figurent, selon le NABU, des documents contenant « un plan de communication de crise concernant l'activité de la commission d'enquête temporaire » de la Rada, avec les messages à tenir en public. Autrement dit, les personnes visées avaient préparé par écrit la façon dont la représentation nationale ukrainienne devait être abordée sur ce dossier. C'est un élément rare : il ne documente pas un détournement, mais la gestion politique de son éventuelle révélation.

Le fil qui remonte à l'affaire Energoatom

Le Kyiv Independent, citant une source policière, rattache l'opération au blanchiment d'environ 150 millions de hryvnias versés comme caution dans le dossier « Midas ». Le NABU n'a pas confirmé publiquement ce lien.

Les montants, eux, sont documentés. La Haute Cour anticorruption avait ramené le 12 juin 2026 à 150 millions de hryvnias la caution d'Herman Halouchtchenko, ancien ministre de la Justice puis de l'Énergie ; la somme a été intégralement payée le 29 juin par quatre sociétés — Tetras Optima pour 54 millions, Hiran Contract pour 87 millions, Skaït Retail pour 5 millions, Pelet Service pour 4 millions. Selon l'OCCRP, le NABU enquêtait déjà sur l'origine d'environ 150 millions de hryvnias de cautions versées au profit de cinq mis en cause du dossier « Midas », dont 51 millions pour l'ancien vice-Premier ministre Oleksiï Tchernychov et 37 millions acquittés par une société de meubles, Vangar, créée en mai 2025 avec un capital de 1 000 hryvnias.

« Midas » demeure la plus grosse affaire de corruption de la présidence de Volodymyr Zelensky : environ cent millions de dollars de pots-de-vin prélevés sur les fournisseurs de l'opérateur nucléaire d'État Energoatom. La même enquête avait déjà atteint le conseil de surveillance de Sense Bank, dont des mis en cause discutaient à l'avance des candidatures.

Ce que l'enquête n'a pas encore fait

Aucun soupçon officiel n'a été notifié à ce stade : personne n'est formellement mis en cause au sens de la procédure ukrainienne, puisque le NABU et la SAP se sont abstenus de nommer qui que ce soit. Ni le Bureau du président ni Volodymyr Zelensky n'avaient réagi publiquement dans les heures suivant l'annonce.

C'est la deuxième fois en moins d'un an que l'agence anticorruption, dont l'indépendance avait donné lieu à un bras de fer avec la présidence, place ses enquêteurs à l'intérieur du Bureau du président. Les bailleurs occidentaux qui financent l'appareil d'État ukrainien liront la suite avec attention : elle dira si l'affaire s'arrête aux noms déjà sortis dans la presse ou si elle remonte plus haut.

Sources

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