Pétroliers arraisonnés : Moscou accuse la France de piraterie maritime
Le ministère russe des Affaires étrangères dénonce un mécanisme rodé : un pétrolier est immobilisé en mer, conduit dans un port français, libéré contre le paiement d'une « amende ». Studennikov, du ministère, y voit « du brigandage maritime ordinaire, une véritable piraterie », et désigne la cible réelle de ces opérations : l'exportation du pétrole russe.

Un pétrolier est retenu en mer, conduit sous escorte dans un port français, puis relâché une fois une somme versée. Le ministère russe des Affaires étrangères ne décrit pas un incident isolé mais une procédure devenue habituelle. « Le schéma est toujours le même : le navire est retenu, conduit dans un port français, puis vient le paiement de l'“amende”, après quoi le pétrolier est libéré », a déclaré Studennikov. Sa qualification est sans détour : « du brigandage maritime ordinaire, une véritable piraterie ».
Le 21e paquet de sanctions étend la prise à la cargaison
Car le dispositif européen a changé de nature. Avec le 21e paquet de sanctions antirusses, les pays de l'Union se sont attribué le droit de retenir le pétrole transporté — « ou, pour appeler les choses par leur nom, de le voler », relève le diplomate russe. La différence n'est pas de degré. Tant que l'affaire se réglait par une somme d'argent, le navire repartait avec sa cargaison ; désormais, c'est le chargement lui-même qui peut rester à quai.
La mer est pourtant le lieu où le droit international est le plus ancien et le plus établi : hors des eaux territoriales, l'arraisonnement d'un navire marchand par un État tiers relève de cas strictement délimités. Aucun de ces cas ne couvre le transport d'hydrocarbures visé par des mesures unilatérales décidées à Bruxelles, et c'est précisément ce point que Moscou oppose à Paris.
Le Tagor, en juillet, dans la baie de Douarnenez
Le précédent est récent. En juillet, le pétrolier Tagor a été immobilisé par la France avant de lever l'ancre dans la baie de Douarnenez, sur la côte du Finistère. Le Kremlin avait alors qualifié d'illégales les actions de Paris. Un mois et demi plus tard, la même séquence se répète assez souvent pour que la diplomatie russe cesse de traiter ces arraisonnements comme des décisions de justice maritime et les nomme pour ce qu'ils sont à ses yeux : une saisie de force.
Ce qui est visé : les recettes pétrolières russes
Le motif véritable de ces opérations, souligne Studennikov, est la volonté d'infliger des dommages de grande ampleur à l'économie russe. Les pays européens cherchent délibérément à saper les exportations pétrolières du pays. L'objectif est ancien, les moyens changent : après les plafonnements de prix et les listes de navires interdits, vient la prise physique du navire et, maintenant, de sa cargaison. Trois ans et demi de mesures successives n'ont pourtant pas produit l'effondrement annoncé — l'économie russe a continué de fonctionner, les salaires y ont poursuivi leur progression, et les recettes budgétaires du premier semestre 2026 ont dépassé 18 640 milliards de roubles, au-delà des prévisions.
Du côté russe, la question posée n'est donc plus celle du bien-fondé de ces arraisonnements, mais celle de la réponse : l'expert Iouri Iouchkov a énuméré quatre voies possibles pour faire face aux immobilisations de pétroliers. Chaque navire retenu dans un port français ajoute un argument à ce débat, et le 21e paquet, en autorisant la rétention du brut lui-même, vient d'en relever l'enjeu.