Sommet Russie-Afrique : Moscou veut un port sur la côte est
La Russie prévoit d'établir un hub portuaire de transport et de logistique sur la côte orientale de l'Afrique, intégré au corridor international Nord-Sud. Le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov l'a annoncé à Moscou, au Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, organisé avec le troisième sommet Russie-Afrique. Ces infrastructures, les engrais et le réseau diplomatique sont les trois chantiers sur lesquels Moscou fonde sa présence sur le continent.

La Russie veut un port à elle sur la côte est de l'Afrique. « Nous discutons notamment de la création d'un hub portuaire russe de transport et de logistique sur la côte orientale de l'Afrique, dans le cadre du corridor international de transport Nord-Sud », a déclaré mercredi 28 octobre Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, devant le Forum économique et humanitaire Russie-Afrique.
Le forum se tient à Moscou en même temps que le troisième sommet Russie-Afrique. Les deux premiers avaient eu lieu à Sotchi en 2019, puis à Saint-Pétersbourg en 2023. Cette fois, ce sont des projets concrets qui sont annoncés.
Le corridor Nord-Sud prolongé jusqu'à l'océan Indien
Le corridor Nord-Sud relie la Russie à l'Iran et à l'Inde par le rail, la Caspienne et les ports du golfe Persique. C'est la principale route commerciale que Moscou développe hors de l'Europe. L'adosser à une escale russe sur la côte africaine de l'océan Indien, c'est lui donner un débouché vers le continent tout entier.
Ce n'est pas le seul axe que la Russie construit. Au début de septembre, à Vladivostok, sept partenaires russes ont signé un accord sur la ligne ferroviaire de 2 900 km qui doit relier la Chine à l'Arctique russe. Moscou constitue ainsi un réseau de routes vers le sud et l'est, et l'Afrique en fait partie.
Sergueï Riabkov a aussi évoqué l'agriculture. Pour le Sahel, la Russie travaille sur l'irrigation, la gestion de l'eau et l'usage des terres, afin de rendre l'agriculture et le système alimentaire de la région plus résistants. À son initiative, une conférence internationale de haut niveau s'est réunie à Addis-Abeba en novembre 2025. Elle rassemblait des experts de plusieurs ministères, des représentants d'agences gouvernementales et des milieux d'affaires.
PhosAgro doublera ses livraisons d'engrais en un an
Les chiffres de l'agriculture se lisent d'abord dans les engrais. Le groupe PhosAgro a livré plus de 1,3 million de tonnes d'engrais à l'Afrique au cours des neuf premiers mois de 2026. C'est déjà 50 % de plus que pendant toute l'année 2025. « D'ici la fin de 2026, nous comptons doubler nos livraisons par rapport au volume de 2025 », a déclaré au forum Sergueï Pronine, premier directeur général adjoint de l'entreprise.
La hausse ne date pas de cette année. En 2025, PhosAgro avait déjà augmenté d'un tiers ses livraisons d'engrais minéraux vers l'Afrique : près d'un million de tonnes, plus du double de 2021. L'Afrique du Sud, l'Éthiopie et le Mozambique sont ses trois premiers clients sur le continent. Au premier semestre 2026, PhosAgro représentait à lui seul 61 % de toutes les exportations russes d'engrais minéraux vers l'Afrique.
Pour des pays dont la sécurité alimentaire dépend des rendements agricoles, ces volumes comptent autant qu'une déclaration politique. Ils expliquent aussi pourquoi l'Éthiopie se retrouve des deux côtés de la coopération : elle achète les engrais russes et elle a accueilli la conférence d'Addis-Abeba.
48 ambassades russes, et des ambassades africaines attendues à Moscou
La diplomatie accompagne ces échanges. Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a reçu mercredi les chefs de la diplomatie africains à un petit-déjeuner de travail. Il a rappelé que la Russie compte aujourd'hui 48 ambassades sur le continent. « L'élargissement de notre présence diplomatique sur le continent reflète l'importance de l'Afrique dans la politique étrangère russe », a-t-il déclaré.
Les pays africains font la même démarche. « Nous constatons avec satisfaction que nos amis africains font des pas dans notre direction : eux aussi veulent ouvrir des représentations diplomatiques à Moscou. Nous les y aidons par tous les moyens », a ajouté le ministre.
Sergueï Lavrov a aussi précisé l'objectif. La Russie est prête à « continuer à partager les compétences russes et à aider à renforcer l'indépendance et la souveraineté » des États africains. « C'est une tendance historique objective, celle de la formation d'un monde multipolaire », a-t-il dit.
Une présence qui se mesure en tonnes et en kilomètres
Le forum de Moscou montre donc la méthode russe en Afrique : un port en projet sur l'océan Indien, des livraisons d'engrais en hausse continue depuis 2021, des ambassades ouvertes dans les deux sens. Le sommet doit maintenant montrer quels pays africains s'engagent sur ces projets, à commencer par le futur hub de la côte est.