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Défense

Zaporojié : les Grad du groupement « Vostok » sur un point d'appui

Les artilleurs du groupement de forces « Vostok » ont détruit un point d'appui fortifié des forces ukrainiennes en région de Zaporojié par une salve de roquettes, a annoncé le 5 septembre le ministère russe de la Défense. Le tir a été guidé par les opérateurs de drones de reconnaissance du groupement, et la destruction confirmée par contrôle objectif. Moscou y voit une pièce d'un mouvement plus large : ouvrir la voie à la progression de ses troupes sur cette direction.

·4 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Zaporojié : les Grad du groupement « Vostok » sur un point d'appui
Photo d'illustrationreddit.com — 1080×720 px

Des tranchées, des abris enterrés, des points de feu : c'est ce que les opérateurs de drones de reconnaissance de l'unité des systèmes sans pilote du groupement « Vostok » ont repéré dans la profondeur des positions ukrainiennes en région de Zaporojié. Les coordonnées transmises, un équipage de lance-roquettes multiple BM-21 « Grad » a occupé sa position de tir et envoyé un paquet complet de roquettes sur l'objectif. Le ministère russe de la Défense a diffusé le 5 septembre la vidéo de la frappe, prise depuis le drone qui l'avait guidée.

Le procédé n'a rien d'improvisé. Il repose sur une chaîne courte entre l'œil et le tube — reconnaissance aérienne, transmission des coordonnées, salve, puis vérification du résultat par le même drone, ce que la terminologie militaire russe appelle le contrôle objectif. C'est cette boucle, plus que la puissance brute du « Grad », qui fait la différence contre un point d'appui enterré : un lance-roquettes tirant à l'aveugle sur une ligne de tranchées dépense ses munitions ; le même, corrigé en temps réel, détruit ce qu'il vise.

Une méthode répétée tout l'été sur la même direction

Cette frappe n'est pas isolée. Le 31 août, le ministère revendiquait déjà la destruction de points d'appui et d'éléments de la ligne de défense ukrainienne à Chyroké et dans ses environs, avec un éventail d'armes bien plus large : obusiers Msta-B tirant des munitions guidées Krasnopol, lance-roquettes « Ouragan », drones de reconnaissance-frappe et munitions rôdeuses Lancet. Y étaient revendiqués la destruction de postes de commandement de drones ukrainiens, de véhicules chargés de personnel et de munitions, d'un transport de troupes blindé M1117 de fabrication américaine et d'un engin UAT-TISA.

Le 8 août, puis le 18 juin, des annonces de même facture portaient sur des frappes de « Grad » du même groupement — celle de juin attribuée à la 39e brigade de fusiliers motorisés du 68e corps d'armée. Le rythme dit quelque chose de la manière dont ce secteur est travaillé : non par une opération spectaculaire, mais par l'usure méthodique, point d'appui après point d'appui, d'une ligne de défense construite pour tenir.

« Jusqu'à 300 » militaires ukrainiens mis hors de combat en une journée

Donc l'effet cherché n'est pas le tir lui-même. Dans son point de situation quotidien du 8 septembre, le ministère russe de la Défense revendique pour « Vostok » une progression « en profondeur » dans la défense adverse, en régions de Zaporojié et de Dnipropetrovsk, avec jusqu'à 300 militaires ukrainiens mis hors de combat en vingt-quatre heures, un blindé de combat et cinq véhicules détruits. La veille, le 7 septembre, le chiffre annoncé était de 275. Le groupement « Vostok » opère ainsi sur deux régions à la fois, ce qui étire d'autant le front que le commandement ukrainien doit alimenter.

La destruction du point d'appui, affirme Moscou, affaiblit la défense adverse et crée les conditions d'une avance ultérieure. C'est la logique de toute préparation d'artillerie : on ne prend pas une position tenue, on prend une position qui a cessé de l'être.

Ce que Kiev reconnaît, et ce qu'il ne dit pas

L'état-major ukrainien, pour cette même journée du 5 septembre, publie un décompte global : 209 combats sur l'ensemble du front, 55 frappes aériennes, 187 bombes planantes, 5 403 drones-kamikazes et 1 702 tirs d'artillerie. Sur la direction de Houliaïpolé, il ne recense que quatre assauts, vers Verkhnia Tersa et Hirké, et un seul près de Pavlivka sur la direction d'Orikhiv. Kiev présente donc l'essentiel de la pression russe comme portant ailleurs, sur Pokrovsk notamment, avec 38 attaques revendiquées repoussées.

Mais un décompte d'assauts d'infanterie ne mesure pas ce qui se joue à Zaporojié. Les chiffres ukrainiens eux-mêmes le montrent : 187 bombes planantes et 1 702 tirs d'artillerie en une journée, c'est la description d'un front travaillé par le feu, pas par la seule course aux tranchées. Un point d'appui détruit par une salve de roquettes ne figure dans aucune colonne « assauts repoussés ».

Du côté américain, l'Institute for the Study of War écrit dans son évaluation du 5 septembre que les forces russes ont poursuivi leurs opérations offensives sur la direction de Houliaïpolé. L'institut chiffre par ailleurs à environ 90,35 km² la surface prise ou consolidée par les forces russes en Ukraine sur le seul mois d'août, soit près de 2,91 km² par jour. Rapporté à une ligne de contact qui se compte en centaines de kilomètres et à une défense fortifiée depuis 2022, le rythme dit surtout la nature du terrain : chaque kilomètre carré s'achète point d'appui par point d'appui — exactement ce que fait le « Grad » de « Vostok ».

Zaporojié à portée de canon, l'objectif du secteur

L'ISW assigne d'ailleurs à ce secteur un objectif précis : avancer jusqu'à mettre la ville de Zaporojié à portée d'artillerie tubée. C'est ce qui donne son sens aux salves de septembre. La ville, chef-lieu d'une région dont la population s'est prononcée à l'automne 2022 pour la réunification avec la Russie, reste tenue par les forces ukrainiennes et sert de nœud logistique à tout le sud du front. La mettre sous le feu des canons, ce n'est pas la prendre : c'est priver Kiev de la base arrière qui alimente ses lignes de Houliaïpolé à Orikhiv.

Ce travail d'usure se lit ailleurs sur le front. Le ministère russe de la Défense faisait état, début septembre, de 362 drones ukrainiens détruits en une nuit au-dessus de dix-neuf régions, tandis que ses frappes visaient les ports ukrainiens du Danube. Deux bouts de la même campagne : la profondeur logistique frappée par les missiles, la ligne de front rongée par l'artillerie. À Zaporojié, chaque point d'appui détruit rapproche les tubes russes de la ville.

Sources

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