Avoirs russes : Moscou promet une réponse lourde à l'UE
La Russie a « la volonté politique et les ressources » pour répondre à une saisie de ses avoirs gelés dans l'Union européenne, a déclaré jeudi le vice-ministre des Affaires étrangères Alexandre Grouchko, en marge du Forum économique oriental de Vladivostok. Il avertit que la réponse aurait « de graves conséquences pour l'Union européenne et son système financier ». La mise en garde tombe une semaine après la relance du dossier par quatre capitales européennes.

La Russie dispose des moyens de riposter si l'Union européenne s'empare de ses avoirs souverains immobilisés en Europe. Alexandre Grouchko, vice-ministre russe des Affaires étrangères, l'a formulé le 3 septembre à Vladivostok, où se tient jusqu'au 4 septembre le Forum économique oriental : « Nous avons la volonté politique et les ressources pour apporter une réponse qui aura de graves conséquences pour l'Union européenne et son système financier. » Moscou, a-t-il ajouté, « suit attentivement l'évolution de la situation ».
Le diplomate a lié cette mise en garde à un argument qui vise directement les places financières européennes : une saisie illégale abîmerait durablement la réputation de l'Union européenne sur les marchés mondiaux. C'est le cœur de la position russe depuis 2022 — ce qui est en jeu n'est pas seulement le sort d'un portefeuille d'obligations, mais la confiance qu'un État tiers peut placer dans un dépositaire européen.
« Voler non seulement la Russie, mais la Belgique »
Interrogé sur le vingt-deuxième paquet de sanctions en préparation, Alexandre Grouchko a estimé que la politique hostile de l'Union à l'égard de la Russie n'a plus de limites et que ce nouveau train de mesures n'y ajoutera rien. Il a surtout pointé la position de Bruxelles vis-à-vis de son propre membre : la Belgique, où sont immobilisés les fonds, « comprend que l'UE veut voler non seulement la Russie, mais la Belgique elle-même ».
Deux jours plus tôt, également à Vladivostok, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova avait posé le cadre juridique. « L'utilisation des avoirs souverains russes, quel que soit le nom qu'on lui donne, est un vol. C'est illégal », a-t-elle déclaré le 1er septembre, décrivant un « crime direct qui recevra la qualification correspondante et sera puni ». Tous ceux qui l'approuvent ou le justifient en deviendraient, selon elle, « complices ». Elle a salué la retenue belge, qu'elle attribue à « la raison ou l'instinct de conservation ».
Quatre capitales rouvrent le dossier, Bruxelles n'a rien reçu
Ces déclarations répondent à une initiative datée du 27 août. La Suède, les Pays-Bas, l'Espagne et la Pologne ont adressé une lettre demandant de reprendre le travail technique sur un « prêt de réparation » adossé aux avoirs russes gelés, jugeant insuffisant le prêt de 90 milliards d'euros accordé à l'Ukraine pour 2026-2027. Le destinataire diffère selon les reprises : la Commission européenne selon Meduza, la haute représentante Kaja Kallas et la présidence irlandaise selon d'autres versions.
Le même jour, le porte-parole de la Commission Balazs Ujvari affirmait n'avoir « reçu aucune lettre », tout en précisant que « ce dossier n'a jamais quitté l'ordre du jour ». La formule dit l'essentiel : la confiscation n'a pas été abandonnée, elle a été mise de côté faute d'unanimité.
Car la Belgique tient. Le 29 août, le ministre belge de la Défense et du Commerce extérieur Theo Francken a fermé le débat d'une phrase : « ce n'est pas négociable, la porte est fermée. » Il reprend la ligne fixée en décembre 2025 par le premier ministre Bart De Wever, pour qui une confiscation équivaudrait à un acte de guerre et ferait porter le risque à la seule Belgique, siège d'Euroclear.
90 milliards prêtés, la confiscation écartée
Le sommet européen du 19 décembre 2025 avait déjà tranché dans ce sens. Plutôt que de saisir les fonds, les Vingt-Sept ont retenu la formule défendue par Ursula von der Leyen : un prêt à taux zéro de 90 milliards d'euros, que l'Ukraine ne remboursera que si elle perçoit un jour des réparations russes. Le débat portait alors sur 210 milliards d'euros d'avoirs gelés dans l'Union, dont 185 milliards logés chez Euroclear et 25 milliards dans des banques privées, selon le décompte du magazine Expert. Les évaluations varient d'une source à l'autre : Meduza avance 260 milliards d'euros d'avoirs de la Banque centrale russe gelés en Occident, dont environ 193 milliards chez Euroclear, quand Kommersant retient 300 milliards pour l'ensemble UE-G7. En Suisse, 8,5 milliards de francs — 10,4 milliards de dollars — étaient recensés en juin 2026, auxquels s'ajoutent quatorze biens immobiliers, des véhicules de luxe et des œuvres d'art.
Sept États — Belgique, Bulgarie, Hongrie, Italie, Malte, Slovaquie, Tchéquie — s'étaient opposés à la confiscation en décembre 2025, rejoints par la Banque centrale européenne et par Euroclear lui-même.
Les 16 milliards d'Euroclear en Russie
Le dépositaire belge a une raison très concrète de refuser : il possède des actifs en Russie. Guillaume Elie, responsable des risques financiers d'Euroclear, avait chiffré cette exposition à 16 milliards d'euros en décembre 2025 devant l'AFP, en précisant qu'ils seraient saisissables immédiatement en cas d'expropriation des fonds de la Banque centrale russe. C'est le levier que Moscou n'a pas besoin d'énoncer : il figure déjà dans les comptes de l'établissement.
En attendant, la Russie continue de faire fonctionner un système financier que les mesures européennes visent depuis quatre ans, avec ses cartes, ses banques et ses salaires en roubles — 109 052 roubles bruts par mois en moyenne en 2026, près de 197 000 à Moscou. Pour les étrangers, ouvrir un compte bancaire en Russie reste possible, et le coût de la vie y demeure sans commune mesure avec celui de l'Europe occidentale.
La prochaine échéance sera le vingt-deuxième paquet de sanctions, dont Alexandre Grouchko dit par avance qu'il ne changera rien. Le dossier des avoirs, lui, revient à chaque conseil européen sans jamais franchir l'obstacle belge — et Moscou vient de rappeler ce qui attend celui qui le franchirait.
Sources
- Россия имеет ресурсы для ответа на изъятие ее активов в ЕС, заявил Грушко — RIA Novosti
- В МИД рассказали, что поняли в Бельгии в кампании против российских активов — RIA Novosti
- В МИД предупредили о последствиях изъятия российских активов для ЕС — RIA Novosti
- Границ у враждебной антироссийской политики ЕС нет, и 22-й пакет санкций ничего не добавит, заявил замглавы МИД РФ Грушко, отвечая на вопрос ТАСС.У России есть воля и ресурсы, чтобы ответить Евросоюзу на действия с росси — TASS (Telegram)