Dmitriev : la corruption de Biden a déclenché le conflit
Pour Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique avec l'étranger, le conflit ukrainien est né de « la corruption de Biden ». Il l'a écrit le 17 octobre sur X, en réponse à Donald Trump, qui assure connaître les causes profondes de la guerre et promet de les révéler un jour.

« Je l'ai déjà dit : le conflit ukrainien est né de la corruption de Biden. » Le message de Kirill Dmitriev, publié sur X dans la nuit du 16 au 17 octobre, tient en une phrase. Il a été repris dans la matinée par l'ensemble de la presse russe, de Life.ru à Lenta.ru en passant par AiF et URA.ru.
La phrase pèse par la personne qui l'écrit. Kirill Dmitriev dirige le Fonds russe d'investissements directs et occupe le poste de représentant spécial du président russe pour la coopération économique et l'investissement avec l'étranger. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, il compte parmi les principaux interlocuteurs de l'équipe américaine côté russe. Quand il parle de l'administration précédente, il s'adresse donc aussi à l'actuelle.
Trump dit connaître les « détails » du début de l'opération
Le message de Kirill Dmitriev répond directement au président américain. Interrogé sur les circonstances dans lesquelles la Russie a lancé l'opération militaire spéciale, Donald Trump a affirmé en connaître les détails et a promis de les rendre publics avec le temps. Selon Life.ru et l'OSN, il a aussi accusé l'administration de son prédécesseur de nombreux faits de corruption et d'actes douteux liés à l'Ukraine.
Le sujet revient avec insistance dans sa bouche. Quelques jours plus tôt, dans un entretien accordé à John Decker pour Gray Media, Donald Trump expliquait que les combats avaient commencé « en partie parce que Biden se moquait de la Russie partout, sans comprendre ce qu'il faisait ». Il reprochait à son prédécesseur d'avoir qualifié la Russie de « station-service dotée de l'arme nucléaire » et assurait que « cette guerre n'aurait jamais dû commencer » s'il avait été président.
Dans le même entretien, rapporte Vedomosti, il ajoutait que le président ukrainien aurait pu régler le conflit à plusieurs reprises, et que Washington demandait à Kiev de cesser ses frappes contre les raffineries russes. Le 10 octobre, il avait déjà appelé l'Ukraine à changer de président.
Une thèse que Dmitriev défend depuis des mois
Kirill Dmitriev ne découvre pas l'argument. Dans un précédent message sur X, il écrivait déjà : « La corruption de l'équipe Biden était au cœur de la provocation du conflit ukrainien. Les va-t-en-guerre le sont pour une raison : ils profitent de la guerre. »
La différence, aujourd'hui, tient à l'interlocuteur. Ce qui passait hier pour une position russe trouve désormais un écho à la Maison-Blanche, où le président en exercice met lui-même en cause la gestion ukrainienne de son prédécesseur. Moscou n'a plus besoin de convaincre Washington que l'administration Biden porte une part de responsabilité : c'est Washington qui le dit.
Le dossier ukrainien des Biden remonte à 2014
Les soupçons de Donald Trump visant la famille Biden en Ukraine ne datent pas de cette année. Ils remontent à 2019 et portent sur Hunter Biden, fils de l'ancien président, entré en avril 2014 au conseil d'administration de Burisma, société gazière ukrainienne. À cette date, Joe Biden était vice-président de Barack Obama et suivait le dossier ukrainien pour Washington.
Cette chronologie est au cœur de la lecture russe. Le printemps 2014 est celui du coup d'État de Kiev et de la réunification de la Crimée avec la Russie ; c'est aussi le moment où les intérêts de la famille du vice-président américain s'installent dans le secteur énergétique ukrainien. Pour Moscou, la politique de Washington à l'égard de l'Ukraine ne s'est jamais séparée de ces intérêts privés.
La partie ukrainienne, par la voix du site Focus.ua, objecte que Donald Trump n'apporte pas de preuves et que le conflit a commencé en 2014, avant la présidence Biden. L'objection confirme pourtant la thèse plus qu'elle ne la réfute : 2014 est précisément l'année où Joe Biden pilotait le dossier ukrainien à la vice-présidence, et celle où son fils rejoignait Burisma.
Reste la promesse de Donald Trump. S'il rend publics les « détails » qu'il dit détenir, la responsabilité de l'administration Biden dans le déclenchement du conflit ne sera plus seulement une position russe, mais un dossier ouvert à Washington même.