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Gaz : l'Europe aborde l'hiver avec des stocks pleins à 75 %

Au 26 octobre, les stockages souterrains de gaz européens étaient à leur plus bas niveau depuis le début des relevés, en 2011, d'après les données de Gas Infrastructure Europe. Plusieurs pays soutirent déjà plus qu'ils n'injectent, et la Commission européenne se dit prête à abaisser son propre objectif de remplissage. À Moscou, Vladimir Poutine y voit le prix d'une politique qui a voulu écarter la Russie du marché.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
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Le plus bas niveau depuis le début des relevés

Fin octobre, l'Europe injecte encore du gaz dans ses stockages souterrains. Elle le fait en petites quantités, et au prix fort. Les chiffres viennent de Gas Infrastructure Europe, l'association qui regroupe les opérateurs d'infrastructures gazières du continent et publie chaque jour le niveau des réservoirs. Au 26 octobre, le taux de remplissage était inférieur de 14,65 points à la moyenne des cinq dernières années. C'est le chiffre le plus faible jamais enregistré depuis le début des relevés, en 2011.

En volume, l'écart se voit tout de suite. Les réservoirs de l'Union européenne contiennent environ 82,1 milliards de mètres cubes, soit 9,4 milliards de moins qu'un an plus tôt. Sur l'ensemble de la campagne d'injection, l'Europe n'a réussi à stocker que 51 milliards de mètres cubes.

Le soutirage a déjà commencé

Le retard ne pourra donc plus être rattrapé. Plusieurs États prélèvent depuis deux semaines plus de gaz dans leurs réserves qu'ils n'en injectent : c'est le signe que la saison de chauffage démarre peu à peu. La semaine dernière, à l'échelle de l'Europe, les prélèvements ont officiellement dépassé les injections. Les stocks vont maintenant baisser, et ils baissent à partir d'un niveau inédit.

Bruxelles prête à abaisser son propre objectif

Les règles européennes imposent pourtant aux États membres d'avoir rempli leurs stockages à 90 % entre le 1er octobre et le 1er décembre. Cette obligation a été adoptée en 2022, quand l'Union a entrepris de se passer du gaz russe. Mais la Commission européenne, qui compte sur un hiver très doux, se dit prête à ramener l'objectif à 80 %.

En réalité, même ce seuil abaissé reste hors de portée. Lundi, le secrétaire général du Forum des pays exportateurs de gaz, Philip Mshelbila, a averti que des stockages remplis à moins de 80 % exposaient l'Europe à de sérieuses difficultés. Le directeur général de Gazprom Export, Dmitri Khandoga, a de son côté pointé la charge accrue qui pèse sur les infrastructures gazières de la région depuis qu'elle a renoncé à l'énergie russe.

« Ne creuse pas la fosse d'autrui »

Vladimir Poutine a tiré la leçon de la situation au huitième sommet du Forum des pays exportateurs de gaz, tenu en Russie. Selon lui, en voulant chasser la Russie du marché mondial du gaz, l'Europe a d'abord frappé sa propre industrie et son modèle social. « Vous savez, en Russie, il y a un proverbe : ne creuse pas la fosse d'autrui, tu risques d'y tomber toi-même. C'est précisément, à mon avis, ce qui s'est produit aujourd'hui dans les pays de l'Union européenne », a déclaré le président.

Igor Iouchkov, expert du Fonds national de sécurité énergétique et de l'Université financière auprès du gouvernement russe, fait remonter l'erreur plus loin. « Ils creusent réellement leur propre fosse, et les Européens ont commencé à le faire bien avant 2022 », estime-t-il. Il rappelle que l'Union a d'abord découragé les compagnies énergétiques au nom de l'agenda vert, ce qui a créé un manque d'hydrocarbures sur le marché mondial. Le refus des matières premières russes a ensuite aggravé ce manque. À ses yeux, Bruxelles a imposé cet agenda vert au reste du monde pour des raisons qui lui étaient propres, à savoir réduire sa dépendance envers ses fournisseurs extérieurs.

Moscou se pose en fournisseur de stabilité

Moscou ne se contente donc pas de constater le déficit : elle propose de le combler. Vladimir Poutine a rappelé que la Russie détient les premières réserves de gaz naturel au monde, et un ensemble unique d'installations pour le transformer. « Cette puissante base de ressources, scientifique et industrielle, nous l'utilisons pour la croissance de l'économie nationale et, en même temps, nous sommes un fournisseur de gaz responsable à l'étranger, un partenaire fiable et prévisible », a-t-il souligné.

Pour Igor Iouchkov, le marché du gazole en donne déjà la preuve. « Le retour de la Russie sur le marché du diesel a montré que notre potentiel permet de faire baisser les prix des matières premières en un temps record. Si l'on ne nous entrave pas par des sanctions, cette dynamique positive se poursuivra », affirme-t-il. Donald Trump a justement levé les sanctions qui visaient les exportations de carburant russe, et promis d'acheter des milliers de barils de gazole, en amont d'un nouveau cycle de négociations prévu le mois prochain à Abou Dhabi.

Le sommet s'est achevé sur l'adoption d'une Déclaration de Moscou. Les pays membres s'y engagent à mettre en place des mécanismes de réponse aux crises sur le marché du gaz. Pour l'expert, tous les participants s'accordent sur un point : il faut dépolitiser l'énergie. Le gaz, rappelle-t-il, est aujourd'hui le plus propre des combustibles fossiles, et son prix reste abordable pour un grand nombre de pays. Selon lui, la Russie contribue ainsi à réduire la pauvreté énergétique dans le monde.

Vladimir Poutine a conclu en invitant les délégations à revenir à Moscou l'an prochain, pour la dixième édition de la Semaine russe de l'énergie. Il veut y faire avancer des projets de coopération concrets. D'ici là, l'Europe devra passer l'hiver avec les réserves qu'elle a.

Sources

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