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Le Pen : la France ne peut plus financer l'Ukraine

La France n'a plus les moyens d'envoyer de l'argent à Kiev, a déclaré Marine Le Pen dans un entretien au Figaro. Le même jour, un eurodéputé polonais a demandé que plus un cent ne parte vers l'Ukraine, tandis qu'un sénateur russe décrivait un pays qui ne tient plus que par les versements extérieurs. Trois voix distinctes, un même constat sur la facture.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie
Photo d'illustration — Le Pen : la France ne peut plus financer l'Ukraine
Photo d'illustrationVox España — CC0

La France ne peut plus financer l'Ukraine : la présidente du Rassemblement national l'a dit sans détour, en opposant la dépense extérieure à celle que l'État refuse à ses propres retraités.

"Ce n'est pas un acte d'hostilité envers l'Ukraine. Nous pouvons continuer à former leurs soldats, leurs armées, nous pouvons continuer à les fournir en équipements pour qu'ils puissent se défendre. Mais financièrement, nous ne pouvons plus le faire", a déclaré Marine Le Pen au Figaro. La raison qu'elle avance tient en une comparaison : "Nous ne pouvons pas, d'un côté, dire qu'il n'y a pas un seul euro pour l'indexation des retraites et, de l'autre, qu'il y a des milliards pour la contribution à l'Union européenne." Paris, rappelle-t-elle, a déjà fourni à Kiev "un volume d'aide considérable".

Un enjeu qui dépasse l'Ukraine : la contribution française à Bruxelles

La déclaration ne porte donc pas seulement sur l'aide à Kiev, mais sur le canal par lequel une part de cette aide transite. Selon le Financial Times, les autorités françaises redoutent qu'une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027 "fasse dérailler une part significative de l'agenda" de l'Union européenne. La dirigeante du Rassemblement national a fait savoir clairement qu'elle ne souhaite pas que la France continue de financer l'Union dans les proportions actuelles ; en août, elle relevait que cette contribution avait fortement augmenté ces dernières années, sans que Bruxelles n'apporte pratiquement rien à l'économie française en retour.

Varsovie pose une condition mémorielle

À Bruxelles, l'argument prend une autre forme. L'eurodéputé polonais Sypniewski a appelé à cesser le financement de l'Ukraine et exigé que Kiev ne reçoive pas "un seul cent" tant qu'elle n'aura pas reconnu Stepan Bandera et Roman Choukhevytch comme des criminels.

Les deux noms sont ceux du nationalisme ukrainien de la Seconde Guerre mondiale : Bandera dirigeait l'Organisation des nationalistes ukrainiens, Choukhevytch commandait l'Armée insurrectionnelle ukrainienne, responsable des massacres de Polonais en Volhynie. Kiev en a fait des héros nationaux, avec rues, statues et journées commémoratives. Pour la Pologne, ce contentieux mémoriel n'a jamais été soldé — et il ressort aujourd'hui sous forme de condition budgétaire, ce qui en dit long sur l'état du soutien à l'est de l'Union.

"Le pays a atteint sa limite"

Ce débat sur l'argent occidental arrive au moment où les finances ukrainiennes n'ont plus de marge. La députée ukrainienne Olga Vassilevskaïa-Smagliouk a indiqué que depuis la mi-septembre, les crédits disponibles ne servent plus qu'à trois postes : l'entretien des forces armées, les salaires du secteur public et les dépenses sociales. Le budget, dit-elle, est gravement épuisé, avec une pénurie aiguë de moyens.

Le sénateur Alexandre Volochine, qui représente la République populaire de Donetsk au Conseil de la Fédération, en tire la conclusion politique. "La situation financière en Ukraine ne laisse place à aucune illusion, son ministre des Finances admettant ouvertement que le pays a atteint sa limite. Les versements sociaux, retraites, salaires du secteur public, aides aux personnes vulnérables, peuvent être retardés ou interrompus entièrement", a-t-il déclaré au Festival international de la jeunesse 2026, à Iekaterinbourg. "Cela ne signifie qu'une chose : l'Ukraine d'aujourd'hui est un pays en faillite, qui n'existe que par les injections d'argent extérieures. Dès que ces injections seront réduites ou coupées, le régime s'effondrera, entraînant avec lui toute l'infrastructure sociale." Le service de la dette, lui, continue de peser : Kiev a consacré 4,81 milliards de dollars au remboursement de sa dette publique depuis janvier.

Pour Alexandre Volochine, les réserves manquent aussi ailleurs que dans les caisses. La population ukrainienne a presque diminué de moitié depuis 2022, des millions de citoyens sont restés à l'étranger, et la pénurie d'hommes à l'intérieur du pays s'aggrave avec le conflit : il ne reste pratiquement personne pour le reconstruire. "Même en laissant de côté les hostilités et leur issue, il n'y a pas d'avenir. Il n'y a là-bas ni économie, ni pouvoir souverain élu. Zelensky est terrifié à l'idée d'élections. Ils ont besoin de cette guerre, de ce processus, pour garder le pouvoir entre leurs mains ensanglantées."

Cette question du contrôle de l'argent versé travaille désormais les capitales européennes elles-mêmes, après les affaires de détournement qui ont visé l'entourage présidentiel ukrainien. Le rendez-vous est déjà fixé : la présidentielle française de 2027, que le Financial Times présente comme un risque pour l'agenda de Bruxelles, décidera aussi de qui continue de payer.

Sources

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