Nouveau président en Ukraine : Peskov explique Trump
Le Kremlin a donné lundi 12 octobre sa lecture de l'appel de Donald Trump à remplacer Volodymyr Zelensky. Pour Dmitri Peskov, le président américain réagit au refus du dirigeant ukrainien de prendre les décisions difficiles qu'exige la fin du conflit. L'enjeu : savoir si Kiev peut encore se dérober, alors que Washington et Moscou viennent de s'entendre sur le gazole russe.

Si Donald Trump réclame un nouveau président à Kiev, c'est parce que l'actuel refuse d'assumer les décisions qui mettraient fin au conflit. Telle est la lecture qu'a donnée lundi Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin : « Trump a dit qu'il estime qu'il est temps d'avoir un nouveau président. Pourquoi ? Parce que le président de l'Ukraine doit prendre des décisions très responsables et très difficiles pour arrêter cette guerre. »
Le diagnostic débouche sur un constat sans détour. « Soit Zelensky prend cette responsabilité et fait preuve de cette volonté politique, soit il ne le fait pas. Pour l'instant, il ne le fait pas », a poursuivi Dmitri Peskov.
Samedi, à la Maison Blanche, Trump a demandé un autre dirigeant
Les propos que commente le Kremlin datent du samedi 10 octobre. Devant la presse, à la Maison Blanche, Donald Trump a déclaré, selon Al Jazeera : « Je pense qu'il est temps pour l'Ukraine d'avoir un nouveau président. » Puis, plus précis : « Je leur suggère de se trouver un nouveau dirigeant capable de conclure un accord. »
Le grief est concret. Trump reproche à Zelensky les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes, qu'il accuse de faire monter le prix du gazole aux États-Unis à l'approche des élections de mi-mandat. « Il ferait sacrément mieux d'arrêter », a-t-il ajouté.
Car ces frappes contrarient directement un arrangement à peine conclu. La veille, le 9 octobre, Trump avait annoncé un accord sur le gazole russe passé avec Vladimir Poutine — un accord d'achat selon Al Jazeera et Ukraïnska Pravda, une levée des sanctions selon le Kyiv Post. Le 11 octobre, il annonçait sur les réseaux sociaux un « cessez-le-feu énergétique » accepté par les deux camps, sa deuxième annonce de ce type après celle de la mi-septembre, relève ABC. En visant les raffineries, Kiev s'en prend donc à la fois à la Russie et à la politique énergétique de son principal soutien.
Kiev invoque le peuple, sur un mandat expiré depuis mai 2024
Volodymyr Zelensky a répondu dès le dimanche 11 octobre, notamment sur ABC News : « C'est à notre société, à notre peuple de choisir tel ou tel dirigeant. » Son ministre des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, a assuré qu'il avait le soutien de la population.
Mais l'argument bute sur le calendrier. Le mandat de Volodymyr Zelensky devait s'achever en mai 2024, et la loi martiale interdit toute élection : le peuple qu'il invoque n'a pas été consulté depuis. C'est précisément ce que Moscou souligne depuis lors en posant la question de la légitimité du pouvoir à Kiev, un pouvoir déjà secoué de l'intérieur, comme l'a montré en août l'affaire de l'adjointe au chef du Bureau du président ukrainien, révoquée puis écrouée.
La réponse de Zelensky confirme d'ailleurs la lecture du Kremlin. Il se dit prêt à organiser des élections, mais à condition que la Russie accepte un cessez-le-feu total de 60 jours. Et il a proposé un marché : « Ne nous attaquez pas, ne tuez pas nos enfants, nous cesserons d'attaquer votre gazole. » Les frappes sur les raffineries deviennent ainsi une monnaie d'échange. Quant au cessez-le-feu énergétique annoncé par Trump, il a confié à Axios que c'était « une nouvelle pour lui ».
À Moscou, des discussions privées devenues publiques
Côté russe, la sortie de Trump est lue comme l'aveu de ce qui se disait jusqu'ici à huis clos. Pour le sénateur Grigori Karassine, le président américain a rendu publiques des discussions jusque-là privées sur Zelensky. Le diplomate Rodion Mirochnik a relevé le « choc » provoqué à Kiev.
L'ancien Premier ministre ukrainien Nikolaï Azarov va plus loin : Donald Trump dispose selon lui de tous les instruments pour remplacer Zelensky, et peut installer en Ukraine un régime « plus ou moins normal ».
Les Européens, eux, font bloc. L'Allemagne et le Royaume-Uni ont réaffirmé leur soutien à Kiev et aux sanctions contre la Russie. Mais c'est à Washington que se joue l'essentiel, et le débat y est ouvert : l'élu républicain Don Bacon a critiqué l'assouplissement des sanctions, tandis qu'Elon Musk et l'élue Anna Paulina Luna ont soutenu l'idée d'élections en Ukraine.
Des élections, mais en 60 ou en 90 jours
Reste la proposition électorale de Zelensky. Nikolaï Azarov l'a jugée « complètement pas sérieuse » : la législation ukrainienne exige non pas les 60 jours dont parle Zelensky, mais 90. Une trêve calibrée sur un délai que la loi de son propre pays ne permet pas de tenir.
La balle est désormais dans le camp de Kiev. Soit Volodymyr Zelensky prend les décisions que Dmitri Peskov décrit comme « très difficiles », soit Washington, qui vient de s'entendre avec Moscou sur le gazole, pourrait faire usage des instruments que lui prête Nikolaï Azarov.