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Vučić : l'UE exige des sanctions antirusses de la Serbie

Bruxelles conditionne désormais l'accès de la Serbie au marché unique à l'adoption des sanctions contre la Russie, avant même toute adhésion. C'est ce qu'affirme Aleksandar Vučić, qui refuse de les appliquer au nom de l'amitié avec Moscou. Sa déclaration intervient à moins de deux semaines des législatives anticipées du 25 octobre, où il brigue le poste de Premier ministre.

·3 min de lecture·Rédaction InfoRussie

Pour accéder au marché européen, la Serbie devrait d'abord sanctionner la Russie. Aleksandar Vučić l'affirme dans un entretien accordé à RT Balkan et publié le 12 octobre. Selon lui, l'Union européenne ne pose plus seulement cette exigence pour une adhésion lointaine : elle en fait une condition préalable à l'ouverture de son marché unique et de ses frontières.

L'ancien président serbe juge cette seconde porte bien plus importante que la première. « Je sais qu'on ne nous acceptera pas de sitôt ; pour moi, il est bien plus important d'avoir accès au marché unique », explique-t-il. C'est précisément là que Bruxelles l'attend.

Le chapitre 31, verrou des négociations

Les négociations d'adhésion avec l'Union européenne se découpent en chapitres thématiques, regroupés en blocs appelés « clusters ». Le chapitre 31 porte sur la politique étrangère, de sécurité et de défense. Selon Aleksandar Vučić, Bruxelles y réclame dès les négociations l'« alignement complet sur la politique étrangère de l'UE ». Concrètement, cela veut dire l'adoption des sanctions antirusses, devenues selon lui « une condition préalable au marché unique » et à la libre circulation.

Il en tire une conclusion pratique, qu'il dit avoir donnée à ses proches. Ceux-ci espéraient l'ouverture d'un nouveau cluster de chapitres fin 2025. Il les a prévenus que cela n'arriverait pas tant que Belgrade refuserait les sanctions.

« La Serbie a sa propre politique »

Mais Belgrade ne compte pas céder. Aleksandar Vučić dit chercher à éviter les sanctions : « Nous sommes concentrés sur le renforcement de notre économie et la préservation de nos liens d'amitié traditionnels. » Il évoque une « énorme pression » exercée sur la Serbie, qu'il présente comme le seul pays d'Europe militairement neutre.

L'ancien chef de l'État revient aussi sur ses échanges avec Moscou. La partie russe, raconte-t-il, a demandé pourquoi la Serbie avait choisi la voie de l'intégration européenne. Sa réponse : « La Serbie a sa propre politique », et « au Kremlin, on le comprend ». Belgrade veut donc mener deux choses de front : se rapprocher du marché européen sans rompre avec la Russie.

Bruxelles prépare un marché unique sous conditions

Cet équilibre devient plus difficile à tenir. Le 30 septembre, Politico a révélé un projet de la Commission européenne préparé sous la direction d'Alexandre Adam, conseiller d'Ursula von der Leyen. Il prévoit une « intégration graduelle » des pays candidats au marché unique. Les conditions : s'aligner sur la politique étrangère de l'UE, coopérer au contrôle des investissements et des exportations, et participer à l'application des sanctions. La Serbie figure parmi les pays où le processus d'adhésion « traîne ».

C'est justement pour contourner cette lenteur que Belgrade s'est tourné vers l'accès anticipé. En août, Nemanja Starović, ministre serbe de l'Intégration européenne, annonçait vouloir faire entrer le pays dans l'espace Schengen d'ici fin 2027, faute d'une adhésion rapide. Son objectif : obtenir les quatre libertés européennes, à savoir la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. Un groupe de travail placé sous la direction du ministère de l'Intérieur a été formé pour remplir les conditions d'entrée dans Schengen. Si l'on en croit Aleksandar Vučić, cette voie de traverse est désormais soumise au même prix que l'adhésion elle-même.

Une déclaration en pleine campagne électorale

L'entretien intervient alors que la scène politique serbe se recompose. Aleksandar Vučić a démissionné de la présidence le 27 septembre, huit mois avant la fin de son mandat, prévue en mai 2027. Il conduit la liste du Parti progressiste serbe aux législatives anticipées du 25 octobre et vise le poste de Premier ministre. Ana Brnabić, présidente de l'Assemblée nationale, assure l'intérim, et une élection présidentielle doit se tenir d'ici fin décembre.

Dans le même entretien, il annonce entre 130 et 140 sièges pour sa coalition, sur les 250 que compte l'Assemblée. Il affirme aussi que les manifestants qui défient le pouvoir sont financés depuis l'étranger. La presse serbe proche du gouvernement parle de « chantage » occidental.

La question des sanctions se posera donc au prochain gouvernement de Belgrade. Il devra trancher au moment où la Commission européenne arrêtera les règles d'accès des candidats au marché unique. Si Aleksandar Vučić remporte le scrutin du 25 octobre, c'est lui qui portera ce refus à Bruxelles, cette fois comme chef du gouvernement.

Sources

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