Dmitriev : « Zelensky continue de faire la leçon à Trump »
Volodymyr Zelensky « continue de faire la leçon au président Trump », a écrit lundi 2 novembre sur X Kirill Dmitriev, représentant spécial de Vladimir Poutine. Le dirigeant ukrainien venait de suggérer à Donald Trump de demander à Moscou une trêve énergétique si les prix du carburant l'inquiètent. Pour l'émissaire russe, Kiev cherche surtout à affaiblir les républicains à la veille des élections de mi-mandat.

Kirill Dmitriev a répondu dans la journée. Le représentant spécial du président russe pour la coopération économique et l'investissement avec l'étranger, qui dirige aussi le Fonds russe d'investissements directs (RDIF), a réagi sur X à une interview que Volodymyr Zelensky venait d'accorder à la chaîne américaine Fox News : « Zelensky continue de faire la leçon au président Trump. Zelensky ne semble pas tirer les leçons de ses erreurs passées et continue d'essayer d'affaiblir les républicains avant les élections de mi-mandat. »
Le moment du message compte. Les Américains votent le lendemain pour renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat, et le bilan de Donald Trump est au cœur de la campagne. Prendre position sur le prix du carburant à la veille du scrutin, c'est entrer dans le débat intérieur américain. C'est ce que Moscou reproche au président ukrainien.
Des Patriot contre une pause dans les frappes sur les raffineries
Dans son entretien, Volodymyr Zelensky a posé deux conditions à l'arrêt des frappes ukrainiennes contre les raffineries russes. La première : « Si vous voulez que nous n'attaquions pas les raffineries russes, ils ne doivent pas attaquer notre système énergétique. » La seconde, plus directe : « Si vous avez besoin que nous n'attaquions pas leurs raffineries pendant un mois, donnez-nous des Patriot pour un mois. » D'après le site ukrainien Apostrophe, Kiev se dit prêt à payer lui-même ces missiles.
Le président ukrainien a aussi suggéré que Donald Trump demande à la Russie une trêve énergétique, si le prix du carburant le préoccupe. Puis il a lancé à la Maison-Blanche : « L'Amérique ne peut pas aider la Russie. Le président ne peut pas aider Poutine. »
Mais Washington n'a jamais demandé ces frappes. Donald Trump a qualifié de scandale les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes, menées malgré les demandes américaines, et il a jugé que Volodymyr Zelensky n'était pas un interlocuteur avec qui travailler. Vladimir Poutine a quant à lui promis de répondre aux frappes des forces ukrainiennes contre les raffineries, ainsi que contre les sites logistiques et énergétiques. Kiev propose donc de cesser des attaques que la Maison-Blanche lui demandait déjà d'arrêter, et il en fixe le prix en missiles.
Depuis la trêve d'octobre, Kiev ne cesse de contester les choix de Trump
La passe d'armes de lundi prolonge un mois de tension. Le week-end précédant le 12 octobre, Donald Trump avait annoncé une trêve énergétique entre Moscou et Kiev : « Les deux parties ont accepté. Ne la rompez pas ! » Dans la foulée, il avait conclu avec Vladimir Poutine un accord sur des livraisons de diesel russe, 300 000 tonnes dans un premier temps, en échange d'un allègement des sanctions. Ce rapprochement est détaillé dans notre article Après l'appel avec Poutine, Trump achète du diesel russe.
Volodymyr Zelensky avait qualifié cet accord de « décision faible » et d'« investissement dans la guerre ». La réponse de Donald Trump est tombée vite : « Je leur suggère de trouver un nouveau dirigeant capable de conclure un accord. » Kirill Dmitriev avait salué cet appel en le qualifiant d'« historique ». Le 12 octobre, de nouveau sur Fox News, le président ukrainien avait répliqué que seul le peuple ukrainien pouvait changer de dirigeant. Selon lui, le prix du diesel dépendait du blocage du détroit d'Ormuz, et non des frappes ukrainiennes.
Le 23 octobre, Dmitriev avait déjà mis en garde contre le mot « doit »
Ce n'est donc pas la première fois que l'émissaire russe recadre le président ukrainien. Le 23 octobre, Volodymyr Zelensky avait suggéré que Donald Trump parle à Vladimir Poutine comme il lui parle à lui. Kirill Dmitriev lui avait rappelé qu'il avait fait campagne pour Kamala Harris, et lui avait conseillé de ne pas employer le mot « doit » à l'égard du président américain.
Entre-temps, le dialogue entre Moscou et Washington a avancé sans Kiev. Le 21 octobre, Vladimir Poutine a reçu à Saint-Pétersbourg des émissaires de Donald Trump, parmi lesquels Jared Kushner. Moscou s'est ensuite dit prêt à reprendre les négociations tripartites début novembre.
Pour Moscou, l'économie l'emportera sur les sanctions de l'ère Biden
Kirill Dmitriev ne s'en tient pas à la critique. Il s'est dit convaincu, lundi, que la coopération économique entre la Russie et les États-Unis finira par l'emporter sur les sanctions décidées sous l'administration Biden. C'est sa fonction : il dirige le fonds par lequel passent les investissements étrangers en Russie, et il est l'un des interlocuteurs de Washington côté russe sur le volet économique.
Le diesel livré aux États-Unis et l'allègement des sanctions qui l'accompagne en sont la première traduction concrète. Au moment où les négociations tripartites doivent reprendre et où les électeurs américains se prononcent sur le bilan de leur président, Moscou rappelle à Washington quel partenaire lui fait la leçon, et lequel lui propose des affaires.