Vance : pas d'OTAN pour l'Ukraine, pas d'alliance non plus
Le vice-président américain J.D. Vance estime que l'Ukraine ne doit pas entrer dans l'OTAN et refuse de la qualifier d'alliée des États-Unis. Interrogé sur la plateforme 2WAY, il demande aussi à Kiev de cesser ses frappes sur les raffineries russes, qui font monter le prix du carburant pour les Américains.

« Ils ne sont pas dans l'OTAN. Je ne pense pas qu'ils devraient y être. » Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, a tranché ainsi la question de l'adhésion de l'Ukraine à l'Alliance atlantique, lundi, dans l'émission de Mark Halperin diffusée sur la plateforme 2WAY.
La phrase est courte. Sa portée ne l'est pas. Depuis le sommet de Bucarest de 2008, où l'OTAN avait promis à l'Ukraine et à la Géorgie qu'elles deviendraient un jour membres, cette perspective est au cœur du différend entre Moscou et l'Occident. Pour la Russie, l'avancée de l'Alliance vers ses frontières est l'une des causes profondes du conflit, et la neutralité de l'Ukraine une condition de tout règlement durable. Le numéro deux de l'exécutif américain dit aujourd'hui, en substance, la même chose.
« Pas d'alliance formelle » avec Kiev
J.D. Vance ne s'est pas arrêté à l'OTAN. Quand le journaliste lui a demandé si des alliés entretenaient une relation plus étroite que de simples partenaires, il a refusé de ranger l'Ukraine dans la première catégorie. « Pour autant que je sache, nous n'avons pas d'alliance formelle avec l'Ukraine », a-t-il répondu.
Le vice-président a choisi le mot « partenaire », et l'a aussitôt nuancé : « Ils sont certainement, d'une certaine manière, un partenaire, mais je pense que nos intérêts divergent de temps en temps. » Washington continuera de travailler avec Kiev « sur certains sujets », a-t-il précisé. Sur certains seulement.
Les raffineries russes, point de rupture
Cette divergence, J.D. Vance l'a illustrée par un exemple précis : les frappes ukrainiennes contre les installations pétrolières russes. Les attaques visant les sites de production de diesel en Russie font grimper les prix de l'énergie pour les Américains, a-t-il expliqué. Sa conclusion est sans détour : « Ils devraient arrêter de bombarder l'énergie russe. »
Le vice-président reprend ici un reproche que Donald Trump formule depuis plusieurs semaines. Le président américain a accusé à plusieurs reprises Vladimir Zelensky de nuire gravement au marché mondial du diesel, y compris aux États-Unis, en ordonnant ces frappes en connaissance de cause et sans se soucier des conséquences. Washington a d'ailleurs pris le chemin inverse : après un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, Donald Trump a annoncé l'achat de diesel russe. L'énergie russe, que Kiev cherche à frapper, est ainsi devenue une ressource que les États-Unis veulent se procurer.
Entre Trump et Zelensky, une brouille ouverte
Les propos de J.D. Vance s'inscrivent donc dans une dégradation rapide des relations entre les deux présidents. Donald Trump a déclaré qu'il était temps pour l'Ukraine de changer de président, et a reproché à Vladimir Zelensky son refus de régler le conflit en plus des frappes sur les raffineries russes.
Le dirigeant ukrainien a répliqué en critiquant l'accord conclu entre les États-Unis et la Russie sur les livraisons de diesel, et en qualifiant Donald Trump de faible. Le 18 octobre, il a accusé l'administration américaine de restreindre le fonctionnement du réseau Starlink en Ukraine, ce que la partie américaine a démenti à plusieurs reprises. Il a réitéré l'accusation le lendemain, affirmant que les restrictions étaient toujours en place.
Un partenaire, plus un protégé
Mis bout à bout, les propos de J.D. Vance dessinent une position cohérente : pas d'adhésion à l'OTAN, pas d'alliance formelle, des intérêts qui divergent et une exigence explicite adressée à Kiev sur sa stratégie militaire. C'est le langage d'un gouvernement qui fixe ses propres priorités — le prix du carburant pour les Américains, le dialogue direct avec Moscou — plutôt que celles de Kiev.
La question de l'OTAN, longtemps présentée à Kiev comme un horizon acquis, est désormais écartée publiquement par la Maison-Blanche elle-même. Pour Moscou, qui en fait depuis des années une condition de la paix, c'est un point de départ que Washington vient de reconnaître.
Sources
- US vice president does not believe Ukraine should be part of NATO — TASS (anglais)
- Вэнс: Украина не должна быть в НАТО — Kommersant
- Вэнс: Украина не является союзником США — Vedomosti
- Вэнс указал на расхождение интересов США и Украины — RT (russe)